Francis Renaud, la rage au coeur !

Thionvillois d’origine, Francis Renaud est devenu un admirateur de cinéma grâce aux films de Sergio Leone et aux interprétations de Patrick Dewaere. En 1989, il apparaît pour la première fois au cinéma avec un petit rôle sous la houlette de Georges Lautner. Sa carrière décollera avec le film « Pigalle » de Karim Dridi qui lui vaudra deux récompenses individuelles. Après des années d’épreuves de la vie, de rencontres, de tournages, de films et de réalisations. Il est également le parrain de deux associations. Aujourd’hui, il sort un livre dans lequel il étale tout l’autre côté du septième art. Rencontre avec Francis Renaud, la rage au cœur.

« Vous n'avez pas eu un parcours scolaire exceptionnel. L'école et vous ce n'était pas une histoire d'amour ?

L'école et moi, ça aurait pu être une belle histoire d'amour. J'avais trop de problèmes à la maison avec ma mère et mon beau-père donc je ne pouvais pas forcément me concentrer sur mes devoirs ou avoir des bonnes notes. Mais j'ai eu de bons résultats quand j'étais en internat avec une très bonne moyenne et après ça s'est cassé la gueule (rires).


Vous saviez depuis tout petit que vous feriez acteur ?

Depuis l'âge de huit ans, ma mère était ouvreuse et m'emmenait de temps en temps dans la salle et j'ai eu un choc en voyant des films assez poignants comme ceux de Sergio Leone. James Dean m'a donné envie de faire ce métier et en France c'est Patrick Dewaere.

Votre première apparition sur le grand écran remonte à 1989 avec une figuration dans le film « L'invité Surprise » de Georges Lautner. Vous vous souvenez de cette première expérience ?

Oui, je faisais du porte-à-porte. Je frappais chez toutes les boites de productions pour trouver du boulot. Et là, j'ai rencontré Georges qui était au fond à une table, il m'invite et me dit que c'est trop tard, il ne restait plus qu'un petit rôle de journaliste que j'ai accepté. J'avais trois belles tirades à sortir et au moment de l'interprétation rien n'est sorti. Je suis étouffé par le trac. Et j'entends Georges me dire que c'était à moi. J'avais vingt-ans, je ne savais pas comment il fallait jouer. Je n'avais pas d'argent pour des cours ni de mode d'emploi. Je voulais être acteur, mais j'étais surtout très timide.


Après un passage au conservatoire du 10ème arrondissement de Paris et quelques cours de comédie, vous commencez votre carrière à la télévision avec un rôle dans le film « Un pull par-dessus l'autre » de Caroline Huppert. Elle est venue vers vous ou vous avez passé un casting ?

Elle est venue vers moi. C'était un petit rôle. Pendant huit ans, j'ai fait beaucoup de figuration avec des petits rôles parfois. Ce n'est pas ce qui vous amène à devenir acteur même si c'est une bonne école sur l'humilité.


En 1994, vous décrochez le rôle d'un pickpocket nommé Fifi dans le film Pigalle de Karim Dridi. Ce rôle va vous faire décrocher deux récompenses individuelles : prix Michel Simon et prix spécial du jury au festival de Genève. Ce fut le lancement de votre carrière ?

J'étais conscient de ce qu'il se passait avec la chance que Karim Dridi m'avait offert en me proposant ce rôle. Il y a eu une semaine d'essai, c'était assez rude avec un rôle plutôt glauque. Ce n'est pas le genre de personnage dans lequel le public va s'identifier. Mais c'était un passage pour accéder à d'autres films, le tournage fut intense.

Deux ans après ce succès, vous jouez dans « Parfait Amour » de Catherine Breillat et « Chacun cherche son chat » de Cédric Klapish. Deux réalisateurs très reconnus dans le métier, vous avez beaucoup appris à leurs côtés ?

Avec Catherine Breillat, pas du tout. Après son film, j'ai voulu passer à la réalisation. C'est une personne manipulatrice et castratrice. Ce n'est pas forcément très agréable de tourner avec elle. Elle vous met plus bas que terre, une humiliation. J'en parle beaucoup dans mon livre. Ce genre de réalisatrice ne m'intéresse pas. En revanche, Cédric Klapish était très sympathique. J'ai eu une petite apparition dans son film et c'était très cool.


En 2001, sur le plateau de la série « Police District », vous allez faire la rencontre du réalisateur Olivier Marchal. Une rencontre déterminante pour la suite de votre carrière ?

Oui même si je connaissais un petit peu déjà Olivier depuis 1996. On s'était vu sur le tournage de « Quai numéro 1 ». Avec Olivier, on est tout de suite devenu très fraternel.

Francis Renaud avec Olivier Marchal dans la série « Police District »


Vous avez joué avec Vincent Cassel (Les Rivières Pourpres 2), Daniel Auteuil (36, quai des Orfèvres), Clovis Cornillac (Scorpions) et pleins d'autres acteurs. Avez-vous gardé contact avec quelques-uns ? Certains sont-ils devenus des amis ?

Le plus proche, c'est Olivier. De temps en temps, j'échange avec Guillaume Canet. Daniel Auteuil me répond quand je lui envoie un SMS. Moussa Maaskri aussi. Je suis également très ami avec Manu Payet depuis que l'on a fait le film « RTT » avec Kad Merad. Il y en a qui disparaissent et d'autres qui restent. C'est la vie.

Vous avez été François Villon, Jean-Marie Villemin ou encore Gilles Martineri. Est-ce qu'il y a un personnage qui a été plus dur à travailler que d'autres ?

Oui, « L'affaire Villemin » réalisé par Raoul Peck sur France 3. C'était le plus compliqué. Il fallait que je trouve une douleur et que je puisse incarner Jean-Marie Villemin qui va perdre son fils à un âge où l'on ne doit pas perdre son enfant dans des circonstances aussi dramatiques. Je m'étais juré qu'en rencontrant Jean-Marie, je donnerai et apporterai plus d'authenticité dans mon travail d'acteur. L'objectif était de sensibiliser le téléspectateur à regarder cette série pour comprendre les faits qui se sont déroulés en 1984.

Francis Renaud dans le rôle de Jean-Marie Villemin

Acteur et réalisateur, vous réalisez en 1999 le film « Marie, Nonna, la vierge et moi ». Vous avez été satisfait des entrées de votre premier film ?

J'attendais ça depuis cinq ans. J'avais écrit le scénario pour Samy Naceri et Guillaume Canet. Personne n'en voulait à l'époque. On m'a donc proposé Guillaume Depardieu et Emma de Caunes. Et le jour où Guillaume (Canet) faisait « The Beach » et Samy tourné dans « Taxi », j'ai eu une attitude stupide en ne les prenant pas pour le film. J'ai donc pris des inconnus. On fait le téléfilm en vingt-trois jours et à l'époque, ça marche plutôt bien avec 870 000 en audience. À partir de ce moment-là, j'entre dans une machine qui essaie de vous broyer. On essaie de vous évincer. Faire un film demande beaucoup d'argent. Il y a des personnes malsaines, la concurrence existe également. Moi, je suis en autodidacte, je n'ai pas fait les cours Florent. J'ai appris tout seul.

Quelques images du film « Marie, Nonna, la vierge et moi »


60 films, 28 séries. Vous préférez tourner pour la TV ou le cinéma ?

Je ne fais aucune différence. Pour moi, j'y mets la même énergie. Le plus important est de toucher le public. Un terme que je déteste dans ce métier, c'est la ménagère. Ce mot est péjoratif. Et nous, notre devoir d'artiste, c'est de donner le meilleur pour le public.

Un film en particulier à retenir plus que les autres ?

Il y a eu « 36, quai des Orfèvres » avec Depardieu, Auteuil. C’est quand même un film qui a touché pas mal de gens. On m’arrête souvent dans la rue par rapport au film « La Mentale » de Manuel Boursinhac. Beaucoup de jeunes m’appellent « Niglo, Niglo, Niglo ». Ce film a eu un effet sur les jeunes de cité assez remarquables.

Francis Renaud dans « 36, quai des Orfèvres » et « La Mentale »


Quel regard portez-vous sur l'évolution du cinéma français ?

Je ne le vois pas très bien évolué. C'est-à-dire que ça ressert de plus en plus dans une certaine médiocrité. Ce sont toujours les mêmes qui en profitent alors qu'il y a des histoires et des scénarios très bien que l'on ne peut malheureusement pas monter.

Francis Renaud dans les séries « Julie Lescaut » et « Section Zéro »


Le 20 septembre, vous sortez un livre intitulée « La rage au cœur », c'est trente ans de carrière racontés à travers des rencontres, des films, des tournages, des épreuves. Pourquoi avoir décidé de conter l'autre côté du cinéma ?

J'ai écrit ce que j'ai vécu. On m'a toujours dit de me taire sinon ma carrière en prendrait un coup. Ce qui fut le cas. Je n'ai pas pu faire les films que j'avais envie de faire. En tant qu'acteur, je me dois de parler, d'avertir. J'ai commencé à m'exprimer dans le VSD sur l'abus de pouvoir et les castings avec des détracteurs. Quand vous venez de la province, vous êtes une proie facile. On est un peu dans l'affaire Weinstein. Il y en a de partout même à Paris. Le monde est rempli de Weinstein. Ce que je dénonce, c'est le comportement de certaines personnes qui n'ont pas de morales. Je ne supporte pas l'injustice.

Ça vous a porté préjudice ?

Oui, bien sûr. Quand je suis parti à Tokyo pour parler du film Pigalle, je devais y rester cinq jours et j'y suis resté trois semaines au final. J'ai commencé à parler, la presse c'est intéressé à mon discours et il y a eu une fuite. Une personne de Tokyo a appelé à Paris en prévenant qu'un acteur balançais tout.


Il y a tout de même eu des belles rencontres ?

Oui comme Olivier Marchal, David Morlet, Raoul Peck, Christophe Lamotte ou encore Caroline Bottaro. Il y a des gens bien. Mais moi, je mets en garde par rapport à des comportements qui sont exécrables. André Téchiné n'a pas le droit de faire ce qu'il a fait, j'en parle dans mon livre. C'est une personne sous la protection de Catherine Deneuve dans le système. À un moment donné, il faut dire stop.

Francis avec Olivier Marchal, Michaël Youn, Christophe Lamotte et David Morlet


Quels conseils donneriez-vous à un jeune acteur qui veut faire du cinéma, mais qui aurait peur de se lancer ?

De croire en lui, d'oser et de rester debout. Plein de fois, on m'a dit que je n'y arriverais pas, que j'étais un blond aux yeux bleus qui ne savait pas s'exprimer. Par exemple, Mehdi Senoussi a réalisé le film « Vaurien ». Il a mis dix ans pour le sortir, personne ne croyait en ce projet.


C'est aussi une histoire de rencontres ?

Oui, il y a un facteur chance. Il faut aussi avoir énormément de volonté et beaucoup de caractère pour éviter les pièges que l'on vous tend.


Hormis le cinéma, vous êtes le parrain de deux associations : Anim'Metzervisse et Eux pour Eux. C'est important pour vous de soutenir ces causes ?

C'est très important d'être là pour les enfants gravement malades. Je veux aussi souligner la prestation de Rémi Camus avec son tour de France à la nage, c'est exceptionnel ce qu'il a fait pour sensibiliser les gens sur l'environnement. Il a nagé au milieu des mégots et des détritus. Il faut avoir des jeunes qui nous portent vers une société où les codes sont changés.

Vous avez un atelier où vous sculptez, peignez. C'est une autre passion ?

J'ai commencé à dessiner et à faire des croquis dès l'âge de dix-sept ans. Cela m'a permis de m'évader. J'avais trop de galères quand j'étais petit. Mon père est décédé quand j'avais quatre ans. Ça m'a complètement déstabiliser et amputé à vie. J'ai eu une succession de décès de proche également. Mon beau-père n'a pas été remarquable dans mon éducation. On a été en conflit permanent. Tout ça fait l'homme que je suis devenu aujourd'hui.

Vous avez des projets de films pour bientôt ?

Je vais retrouver Olivier Marchal et Gérard Lanvin dans « Papi Sitters » le prochain film de Philippe Guillard. J'ai tourné dans un film qui s'appelle « L'araignée Rouge » avec Laura Smet et Tchéky Karyo. Et puis j'ai terminé l'écriture de mon adaptation moderne de l'histoire de Rimbaud et Verlaine. C'est difficile car je n'arrive pas à trouver de producteur. En plus, le métier m'a mis à l'écart donc ce n'est pas évident.

Francis Renaud avec Gérard Lanvin et Tchéky Karyo dans « Les Lyonnais »

Que peut-on vous souhaiter pour le futur ?

Beaucoup de travail, de bonheur et de santé. Je ne cherche pas à être à l'affiche, mais à faire mon boulot.

Merci à Francis Renaud pour ses réponses et ses souvenirs d'une carrière bien maîtrisé

© 2018 par Samuel Massilia.