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Michel Bassompierre : "Mon atelier est devenu l’Arche dont je rêvais enfant."

Il a su insuffler un vent nouveau à la sculpture animalière en s'imposant comme l'un des derniers Grands Maîtres. Michel Bassompierre présente son « frère animal » tel qu’il est, empreint de quiétude, magnétique et majestueux. Ses colosses ont su séduire un public large aux quatre coins du globe. Michel Bassompierre parvient à une forme à la fois douce et précise où jamais la lumière ne vient heurter l’ombre. Rencontre.


© Frédéric Pacorel

« Michel, votre exposition Les Géants des Glaces se tiendra jusqu’au 6 octobre au Musée océanographique de Monaco, en partenariat avec les Galeries Bartoux. Comment présenteriez-vous cette exposition ?

Cette exposition s’inscrit dans le cadre du programme Mission Polaire, porté par l’institut océanographique depuis 2022. Les animaux présentés dans cette exposition se font les représentants emblématiques de la faune polaire qui subit le réchauffement climatique. Au pôle Nord, les ours blancs voient leur survie menacée par le rétrécissement de la banquise sur laquelle ils chassent. Au pôle Sud, en terre d’Adélie, ce sont les manchots empereurs qui sont impactés. En effet, ceux-ci doivent aller de plus en plus loin pour chercher leur nourriture et celle de leur progéniture. En les exposant ainsi au regard de tous, dans cet écrin magnifique, je souhaite avant tout susciter de l’émerveillement et faire prendre conscience aux visiteurs que la nature est belle, ce qui leur donnera envie de la protéger.

Vous êtes né d’une maman artiste plasticienne et d’un papa scientifique. Quel héritage culturel avez-vous reçu ?

Je compare avec la musique qui a occupé et occupe toujours une place importante dans ma vie. Mon père, hydrogéologue, était plutôt musique classique tandis que ma mère, illustratrice, était plutôt musique du monde. Je dirai donc que j’ai hérité du côté rigoureux de mon père scientifique et du côté plus poétique, rêveur, de ma mère artiste.


Comment la sculpture animalière est entrée dans votre vie ?

Le monde animal, je l'ai découvert peu de temps après ma naissance. Tout petit, mon père m’emmenait avec lui au musée d’histoire naturelle de Paris, au jardin de plantes, au zoo de Vincennes… Un peu plus vieux, je passais des heures en forêt avec mes frères à observer les animaux que je retranscrivais à l’infini au dos des rouleaux de papier peint que ma mère me donnait. Déjà très jeune, j’avais dans l’idée de créer mon arche et c’est en intégrant les Beaux-Arts que la sculpture animalière s’est imposée à moi.

Garder son âme d’enfant est-il important pour vous, en tant qu’artiste ?

Tout à fait, pour moi c’est essentiel, je dis toujours que je suis un vieil enfant qui continue à faire ses jouets. Il faut savoir s’émerveiller de tout ce qui nous entoure.


Vous avez été formé dans l’atelier de René Leleu à l’école des Beaux-Arts de Rouen. Qu’y avez-vous appris ?

À faire des croquis en dix secondes. Toutes les dix secondes, le modèle changeait de position. C’est assez difficile au début mais plus on dessine, plus l’exercice est aisé. En dix secondes, on a le temps d’enregistrer les formes qui vont nous servir après, en sculpture. J’y ai aussi appris à sculpter : le modelage, le moulage, la fonte du bronze, la taille de la pierre… Mais j’y ai surtout appris que l’âme de l’artiste doit s’exprimer dans ses créations. Ma passion pour le monde animal s’est rapidement manifestée dans mes sculptures et ne m’a plus jamais quittée.


Quel espace de travail, de création est votre atelier ?

Mon atelier est devenu l’Arche dont je rêvais enfant. Je ne sculpte pas tous les animaux, seulement ceux qui m’inspirent, ceux qui ont des formes rondes. La forme ronde est très intéressante en sculpture, elle évoque à la fois la tendresse et la force tranquille. Travailler avec des formes rondes présente un défi technique fascinant car il faut maîtriser les volumes et les proportions pour donner vie à la matière. Ces formes permettent également de jouer avec la lumière et les ombres de manière unique, accentuant les contours et les détails de l'œuvre.

Depuis cinquante ans, comment évolue votre façon de travailler l’animal, de l’étudier ?

Plus on avance en âge et plus on devient exigeant envers soi-même mais je continue à observer l’animal évoluer dans son milieu naturel, rien n’est figé, j’ai besoin de voir l’animal en mouvement pour le sculpter et insuffler de la vie dans mes sculptures.

© BASSOMPIERRE

Quels sont vos prochains projets ?

À l’atelier, je vais continuer à créer de nouveaux animaux qui viendront compléter mon arche parce que c’est ce qui m’anime. J’expose actuellement au Musée océanographique de Monaco, au musée Rosa Bonheur, au Grand hôtel Intercontinental à Paris, à Cologny en Suisse, à Saint Malo et à l’Isle-sur-la-Sorgue. En fin d’année, il y aura deux grandes expositions monumentales à la Mamounia à Marrakech et à Vertou, près de Nantes. En 2025, mes sculptures rejoindront Levallois Perret avant de partir outre-Atlantique à New York puis au Québec…

Pour conclure cet entretien, auriez-vous une citation fétiche à me délivrer ? »

Oui, c’est un principe qui m’a été inculqué aux Beaux-Arts par mes professeurs : « Soyez toujours sincère avec vous-même. » Autrement dit : Ne cherchez pas à plaire, restez fidèle à vos propres valeurs et convictions.

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