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Johann Dionnet : "Le théâtre est un lieu magique pour moi."

Photo du rédacteur: Samuel Massilia
Samuel Massilia
il y a 15 heures
8 min de lecture

Il a appris son métier dans le mouvement de la troupe, au contact du plateau et à l'attention portée à celles et ceux qui le font vivre. Le parcours de Johann Dionnet raconte une relation profondément artisanale au spectacle : celle d'un comédien qui connaît la valeur d'un texte, le poids d'un décor, la précision du rythme et la force du collectif. De la scène à l'écran, son travail conserve ainsi le goût du vivant. Rencontre.

© Julia Brechler
© Julia Brechler

« Johann, on te retrouve actuellement sur les planches de La Scène Parisienne dans Les Mémoires de Paul Palandin. Qu’est-ce qui t’a touché dans l’histoire de cet homme que tu as déjà interprété de 2022 à 2024 ?

Cette pièce a été créée lors du festival Mises en Capsules, au théâtre Lepic, vers 2017. J’ai été touché par cette histoire d’amour, entre résilience et deuil. Pour avoir vécu des deuils qu’on n’a pas envie de faire, j’ai trouvé que c’était une manière poétique et tendre d’aborder ce sujet difficile. C’est la première pièce de Grégory Corre et j’ai beaucoup aimé son écriture. Il y a un mélange d’humour et de concret, la verve m’intéressait. On sentait que c’était du théâtre. Il y a des tournures de phrases magnifiques à entendre et à dire. Je trouve ces envolées lyriques formidables.


Comment la pièce et ton personnage ont-ils évolué au fil des années ?

On a eu la chance de faire deux Avignon, en 2022 et en 2023. Aujourd’hui, un autre coproducteur, Pierre Boiteux, nous accompagne, donc on a plus de moyens financiers pour embellir la scénographie et le spectacle. À l’époque, il n’y avait qu’une table et des chaises. On se cherchait encore. Il y a aussi une évolution dans notre façon d’aborder les personnages avec mes camarades sur scène. On ne joue pas de la même manière. Peut-être que ça vient d’une maturité ou d’une évolution dans notre vie d’artiste, en tout cas je sais que le Paul de 2026 ne ressemble pas à celui de 2022. Finalement, cette pièce est une création. On a fait trois semaines de répétitions au plateau et c’était très agréable de trouver des nouveautés. J’ai l’impression que Paul est plus attachant, solaire et serein, aussi.


Qu’est-ce qui a changé dans les décors ?

On joue maintenant avec quatre grands panneaux mouvants qui représentent les cloisons à l’intérieur des pensées de Paul. Ça ouvre et ferme des scènes, comme des portes coulissantes. Il y a aussi des jeux d’ombres avec une lumière plus intéressante et un mobilier transparent qui permet, au fur et à mesure, de plonger dans les souvenirs de Paul. On voulait même rajouter de la fumée à l’intérieur des mobiliers, mais c’était trop cher (rires).


Est-ce que Paul Palandin a gardé sa chemise à damier ?

Alors ça, c’est fini ! J’ai dit non, c’est terminé (rires). Le metteur en scène a gardé sa volonté d’avoir un code couleur spécifique par rapport à la pièce. Mais je trouve que Paul est beaucoup mieux fringué. Ça ne m’allait pas du tout ! (Rires)


© Christophe Canard
© Christophe Canard

Laetitia Vercken a participé à ton premier film Avignon et ensemble, vous avez fait partie de La troupe à Palmade. Comment habitez-vous la scène ?

J’admire cette actrice. Il y a une complicité évidente sur scène. On rebondit sur les changements, de rythme ou corporel. Il n’y a pas ce temps de découverte entre nous. On est déjà en connexion. La sérénité vient du fait que je connaisse très bien mes partenaires de jeu. On peut complètement s’abandonner. J’ai rencontré Laetitia à La troupe à Palmade et je lui avais écrit des scènes dont certaines ont été reprises dans Le Grand Restaurant.


Vous jouez la pièce depuis le 28 septembre dernier. Quels sont les retours du public ?

En général, je ne regarde pas les critiques. Bonnes ou mauvaises, ça peut me stresser. Mais par curiosité, je suis quand même allé voir. Pour l’instant, on a beaucoup de retours dithyrambiques et un seul négatif, ça peut arriver. Les gens en ressortent bouleversés. Une personne habituée à aller au théâtre nous a dit : « Je suis allé voir toutes les pièces à la rentrée, et avec la vôtre, j’ai enfin ressenti de l’émotion. » Des pièces arrivent à faire rire et en même temps à émouvoir. Je pense que Paul Palandin en fait partie.



Avec cette pièce, tu retrouves ce rythme propre au théâtre. Dans quel état émotionnel es-tu la journée avant la représentation du soir ?

Bonne question. Ça va dépendre du moment de la journée. La reprise étant le mercredi, j’essaie au maximum de ne pas faire trop de choses l’après-midi et d’arriver le plus tôt possible au théâtre pour pouvoir m’échauffer. Une fois dans le rythme, ça va mieux. C’est important de venir dans les bonnes dispositions, et laisser ses soucis au vestiaire. Le théâtre est un lieu toujours aussi magique pour moi. J’adore arriver deux heures avant la représentation pour m’imprégner du lieu. J’écoute de la musique, je dis bonjour à tout le monde. J’aime bien prendre mon temps.


Lors de notre premier échange, il y a cinq ans, tu m'avais expliqué avoir appris ton métier dans de petites troupes, en participant aussi bien au jeu qu’au montage et au démontage des décors. Est-ce que tu considérerais cette période de ta vie comme ta meilleure formation ?

Oui. C’est toujours formateur de connaître les métiers parallèles pour savoir comment fonctionne le milieu dans lequel on évolue. À la Scène Parisienne, il y a beaucoup de spectacles différents. Ça demande une belle organisation donc, pour Paul Palandin, on monte et démonte le décor tous les jours. Ça me rappelle de jolis souvenirs, notamment à Avignon.


En tant qu’acteur, tu as autant exploré le théâtre de boulevard que des spectacles destinés au jeune public, que jouer du Molière ou du Corneille. Qu’est-ce que cette diversité a construit chez le comédien que tu es devenu ?

Un respect pour les genres théâtraux. On pêche souvent par ignorance - même dans la vie en général - quand on ne connaît pas un milieu et qu’on le juge de manière hâtive. D’avoir fait plein de registres différents m’a permis de comprendre ces styles-là, de savoir les aborder, les travailler. Techniquement, c’est toujours intéressant d’être capable de passer d’un classique à un boulevard. Comme au cinéma finalement, de passer d’une comédie à un film d’auteur ou d’un polar à un thriller. Cette diversité m’a apporté de la disponibilité et une ouverture d'esprit.


Ça nourrit aussi l’homme…

Bien sûr. Je viens de la Seine-et-Marne et, au lycée, je m’en foutais un peu du théâtre. Je n’avais pas non plus des profs qui en avaient la flamme. En lisant Molière, je ne comprenais pas tout ce que je lisais. Je suis arrivé à Paris sans aucune grande culture théâtrale. Je ne voulais même pas en faire. Puis, je me suis demandé si pour être un bon comédien il ne fallait pas passer par les planches. Si je ne comprenais rien à mes premiers cours, j’ai commencé à évoluer, à parfaire ma culture. J’ai fait quelques Molière, deux Shakespeare et un Corneille. À mes débuts, j’aimais rencontrer des acteurs d'expérience. J’ai adoré travailler avec des personnes de quinze ou vingt ans de plus que moi. Ils venaient me voir, me disaient que ça ne marchait pas ; je suis mal placé, je ne connais pas assez mon texte, je vais me faire mal à la voix, je ne suis pas dans la lumière. J’ai surtout appris sur le terrain. J’ai aimé ce moment de ma vie où l’on me disait tout ce qui n’allait pas.


© Lou Sarda
© Lou Sarda

As-tu le souvenir de ta première scène ? Qui était ton premier public ?

Avant de me lancer en tant qu’acteur, j’ai fait un stage de commedia dell’arte pendant une semaine à Belleville. À la fin du stage, on devait jouer sur des tréteaux, à l’ancienne, sur une grande place et si les gens voulaient regarder, ils le pouvaient. J’ai eu la trouille. Mais qu’est-ce que je fais là avec mon masque ? Finalement, les gens se sont arrêtés et ont regardé. C’était plutôt cool. Ma pire peur, je l’ai eue pour un spectacle d’enfant et mon premier contrat professionnel. Le gars m’avait dit : « Je te préviens, on ne peut pas te payer pour le moment. On va d’abord faire une tournée de centre aéré pendant quinze jours. Et peut-être qu’après, grâce à ça, on pourra jouer dans un théâtre et tu seras payé à la recette. » J’étais content ! Je croyais en ce spectacle. On montait et démontait le décor dans les salles de classe et de gymnase. Je conduisais le camion et cette dizaine de dates permettait de rembourser les coûts de fabrication des décors et des costumes. Je portais un gros pantalon en cuir et je devais faire de l'air guitare (comme le personnage de Baptiste Lecaplain dans Avignon) en entrant sur « scène ». Derrière moi, j’entendais des gosses déchaînés et j’ai eu l’angoisse : qu’est-ce que je fous là ? Je déteste l’avion et j’avais l’impression de le prendre. J’ai cru que j’allais mourir ! Je devais avoir 27 ou 28 ans. J’avais fait une école d’ingénieur et dit non à mon CDI (rires). Alors que je pensais ne pas être fait pour ça, j’ai tout de même fait mon air guitare et là, j’ai entendu quarante gamins rire. De là, j’ai compris que j’allais faire ce métier.


Cet amour pour le théâtre, tu l’as parfaitement retranscrit dans ton premier long-métrage Avignon. Avec le recul, est-ce qu’il y a une scène du film dont tu es particulièrement fier ?

Il y en a deux. La première, déjà sur le papier, je savais qu’elle serait géniale (rires). C’est le plan-séquence au Palais des Papes, quand Baptiste et Elisa déclament du Corneille avec les bougies autour d’eux. La deuxième, celle du ping-pong, c’est tout l’inverse. Elle ne marchait pas dans le scénario, je la trouvais un peu poussive. Ce jour-là, il y avait plus d’une centaine de figurants, les acteurs et les deux caméras, et je ne savais pas si, cinématographiquement, une partie de ping-pong allait être intéressante. Beaucoup de personnes me parlent de cette scène. Il n’était pas facile de convaincre mes partenaires financiers de leur dire qu’elle était importante. Mais ils m’ont fait confiance. Et c’est au montage qu’elle a mieux marché. Sylvie Landra, la monteuse, a fait un travail incroyable. Je suis en réalité fier de toutes les scènes du film.



Comment as-tu travaillé le rythme du film avec la monteuse, Sylvie Landra ?

On a trouvé la monteuse assez tard dans le processus de fabrication du film. Souvent, on trouve la personne chargée du montage avant le tournage, mais on ne l’avait pas. Quand on a trouvé Sylvie Landra, elle n’était pas disponible tout de suite. On voulait absolument projeter le film à l’Alpe d’Huez. J’y ai présenté tous mes courts-métrages, ils me connaissent bien et avaient hâte de voir le long. Mais ça n’allait pas fonctionner au niveau du planning. Alors, lorsque Sylvie m’a proposé de se voir dans trois semaines pour me montrer quinze à vingt minutes du film, je lui ai proposé de gagner du temps et de me former au logiciel pendant deux jours. Trois semaines plus tard, on a comparé nos versions et gardé le meilleur des deux. Et, parfois, sans se concerter, on avait fait exactement la même chose. Nos conversations étaient formidables. Ça a enrichi le film. Sylvie a trouvé le rythme de certaines scènes et, à l’inverse, je pouvais préférer rester sur le point de vue d’un personnage en particulier. Il y a eu une première version de 2h20, évidemment trop longue. Il y aura eu cinq versions en tout. C’est dur de lâcher son film, mais au moment où je l’assume pleinement, j’étais prêt à le montrer.


Tu es actuellement en développement de ton deuxième film. Ça a été facile de se remettre à l’écriture ?

Ah non, pas du tout ! Je suis tombé en dépression après ça (rires). Quand on m’a demandé quelle serait la suite, je n’en savais rien. Mes producteurs me donnent une nouvelle occasion de m’exprimer. J’ai réfléchi, pris des notes et trouvé un thème. Ils ont trouvé la première idée bonne mais trop différente d’Avignon, alors ils m’ont proposé de trouver une continuité avec le premier film. J’ai pris ça comme un petit challenge. Actuellement, on creuse une idée avec mes deux co-scénaristes. L’écriture est un peu plus complexe pour moi. Ce que j’ai pu écrire est trop facile, je le sens. Mais on va y arriver !


Quels sont tes prochains projets ?

J’ai une jolie scène dans le prochain film de Guillaume Canet, Karma (sortie le 21 octobre). Je fais aussi une petite apparition dans le film Il faut brûler maman d’Albert Dupontel et je joue le fils d’André Dussolier dans L’Adoption d’Ivan Calbérac. Enfin, j’interprète un flic qui enquête sur la disparition d’une petite fille dans le thriller Dans les brumes de Capelans des réalisateurs Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte. »

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© 2021 par Samuel Massilia.

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