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Laetitia Vercken : "Le Café de la Gare, c’est le fondement de mon métier."

Photo du rédacteur: Samuel Massilia
Samuel Massilia
il y a 14 heures
6 min de lecture

Chez Laetitia Vercken, le jeu ne se laisse jamais enfermer. Il reste vivant, mouvant, disponible à ce qui peut surgir d’un partenaire, d’un regard ou d’un silence. Une manière d’habiter la scène et l’écran sans chercher à tout maîtriser, en faisant de l’instinct non pas un raccourci, mais l’aboutissement d’un travail précis. Avant même d’en faire son métier, Laetitia était fascinée par ce que le spectacle pouvait faire naître en elle. Au théâtre, le simple moment des saluts suffisait à la bouleverser ; au cinéma, elle aimait déjà ces sensations capables de nous accompagner bien après la fin d’une histoire. Rencontre.


© India Lange
© India Lange

« Laetitia, on vous retrouve actuellement à La Scène Parisienne dans Les Mémoires de Paul Palandin. Quelle présentation feriez-vous de Rose, votre personnage ?

C’est une femme libre, amoureuse, engagée, avec de l’humour et de la personnalité. En quelques scènes, l’écriture de Grégory Corre arrive à retranscrire une belle et rare complicité dans ce couple qu’elle forme avec Paul (interprété par Johann Dionnet).


Déjà en 2018, qu’est-ce qui vous a plu à la lecture de la pièce ?

L’évolution et le traitement du couple étaient intéressants. Son humour aussi avec le personnage du pianiste qui vient désamorcer et alléger ce qui se passe. J’aime que cette pièce soit un ovni, qu’elle soit inclassable comme genre. Il y a des moments émouvants, drôles et on en ressort - je l’espère - en ayant traversé pas mal d’émotions. Le spectateur est emmené dans le cheminement des pensées de Paul. C’est assez brillant de réussir à écrire ça.


Comment la pièce et votre personnage ont-ils évolué au fil des années ?

Elle a été créée au festival des Mises en Capsule dans une version courte de trente minutes. J’avais presque dix ans de moins et je n’étais pas la même femme. L’expérience de la vie est venue rajouter d’autres facettes à la pièce et au personnage. Mais aussi dans la scénographie qui permet, désormais, de se plonger davantage dans les mémoires de Paul Palandin. C’est assez poétique et malin.



Vous avez tourné dans le premier film de Johann Dionnet, Avignon, et vous avez en commun d’avoir été dans La troupe à Palmade. Quel partenaire de jeu est-il ?

C’est un acteur généreux. Il joue profondément avec l’autre. Johann est à la fois force de proposition et à l’écoute. Sur Avignon, j’ai découvert le metteur en scène et de le voir fédérateur avec toutes ces personnes qui l’accompagnent depuis longtemps au théâtre m’a rendue fière et admirative.


Avec cette pièce, vous retrouvez ce rythme propre au théâtre. Dans quel état émotionnel êtes-vous la journée avant la représentation du soir ?

Je me dis qu’il y a quelque chose d’important le soir et qu’une énergie doit être gardée pour ça. Par choix, j’ai fait moins de théâtre récemment. Je suis heureuse de le retrouver avec cette pièce et ces acteurs-là. Et puis, les émotions sur scène sont inégalées par rapport à un tournage. Il y a ce sentiment, chaque soir, de traverser l’émotion du live et si avec Johann - avec lequel je partage le plus de scènes - on joue la même situation et les mêmes mots, on arrive encore à se surprendre. C’est aussi l’avantage d’avoir joué cette pièce aussi longtemps, cela permet de trouver d’autres nuances.


Ce goût pour le théâtre, vous le cultivez depuis vos débuts de comédienne. Si je vous parle du Café de la Gare, quelles premières images vous reviennent spontanément ?

Philippe Manesse et Sotha. Le Café de la Gare, c’est le fondement de mon métier. J’ai une tendresse énorme pour eux. Philippe est mon papa du théâtre. J’y suis arrivée toute jeune et ils m’ont fait confiance. J’ai des souvenirs de famille. On faisait des dîners sur la Seine tous les dimanches soirs. Philippe cuisinait pour vingt-cinq personnes. C’était fou de voir ce que ce métier pouvait créer, fédérer. C’était assez magique et rare ; je n’ai trouvé ça nulle part ailleurs.


C’est un lieu chargé d’une histoire particulière dans le théâtre français. Qu’est-ce que cette scène vous a appris sur le métier et sur la liberté de jeu ?

Le théâtre permet de gagner en confiance, d’essayer des choses et tant pis si on les rate, ce ne sera pas figé sur une pellicule. Le théâtre m’a appris à être plus libre et à être à l’écoute du partenaire. Je ne peux pas envoyer ma réplique de la même manière si mon partenaire la fait avec une inflexion ou une émotion différente de la veille.


© Aurore Baldy
© Aurore Baldy

Ado, vous faisiez du théâtre amateur. D’où vient ce désir d’être comédienne ?

J’ai un peu suivi une copine dans un cours au lycée. Un monde s’est ouvert, un espace d’expression que je n’avais peut-être pas dans une vie où j’étais empêchée par la confiance en moi. Sur scène, tout était possible - même s’il y avait des inhibitions au début. J’ai arrêté d’en faire l’année de mon bac et puis, un jour, un graphologue m’a dit que j’y reviendrais. J’ai ensuite rencontré un copain qui s’est proposé de m’aider pour passer les auditions du Cours Florent. Je pense avoir été guidé par une espèce de conviction, une forme d’évidence. Si des copines y voient du courage (j’ai arrêté l’école de commerce pour le théâtre), c’était pour moi assez implacable comme décision. Je ne me suis posé aucune question.


Avec La troupe à Palmade, vous développez des projets de comédie. Ce genre donne parfois l’impression d’être spontané, alors qu'il repose sur une grande précision. Qu’est-ce qui, selon vous, ne doit jamais être laissé au hasard lorsqu’on cherche à faire rire ?

J’ai surtout appris à ne pas chercher le rire, à jouer la situation et le premier degré s’il le faut, à trouver la vérité dans l’absurdité. D’être 100% sincère, finalement. Je n’écrivais pas les sketchs. J’ai eu la chance qu’on me propose des scènes à interpréter avec de supers acteurs, notamment une écrite par Johann Dionnet que j’ai rejouée dans Le Grand Restaurant avec Baptiste Lecaplain.


Florence Foresti vous remarque et vous passez deux castings pour sa série Désordres sur Canal +... Quels souvenirs en gardez-vous ?

D’énormément de rigolades et de complicités ! Une amitié est née avec Béatrice Facquer. J’étais assez émue d’être là. On vient de tourner la saison 2, avec pas mal de plans la nuit. C’était joyeux et drôle. Quand je sortais du métro pour aller au Café de l’Homme avec la tour Eiffel à proximité, je savais qu’il fallait fixer ces moments et prendre conscience que c’était génial de les vivre avec ces personnes-là.



Quand on vient du théâtre, quelle est la première habitude dont il faut se débarrasser devant une caméra ?

La caméra, elle attrape tout : un regard, un clignement de cils, une inflexion de voix. C’est une partenaire de jeu. À l’image, on voit tout en loupe, donc il faut savoir doser et aussi faire abstraction de la véracité qui nous entoure. Ça peut être perturbant au début, mais faire de plus en plus de projet, que ce soit au théâtre ou à l’image, permet de s’améliorer.


En fiction, vous avez tourné dans plusieurs courts-métrages dont Requiem de Pauline Bernard-Vernay et Augustin Hanicotte, et La Maîtresse en maillot de bain de Fabienne Galula.

J’ai adoré leurs histoires. Dans Requiem - que j’ai tourné en étant enceinte - j’ai aimé le rapport au père. Le court-métrage permet de raconter une histoire forte en peu de temps et quand c’est bien fait, c’est assez percutant. Pour La maîtresse en maillot de bain, c’était un bonheur de tourner avec Pascale Arbillot et Fabienne Galula (rencontrée dans La troupe à Palmade). Son film est profond. Il aborde de façon drôle le système scolaire, la maternité, comment travailler en élevant son enfant, les inquiétudes d’une mère. C’était très riche.

Quels sont vos prochains projets ?

Je suis actuellement à l’affiche de la série Sœurs sur France 2. Je l’ai tourné en automne dernier avec Julie Rohart. J’aime profondément cette réalisatrice et j’espère pouvoir retravailler avec elle. Avec son coscénariste Olivier Pouponneau, elle a réussi à développer chaque personnage secondaire qui gravite autour de Lola Dewaere. Ensuite, la comédie romantique Les Témoins de Noémie Lefort pour France TV et la saison 2 de Désordres sur Canal + devraient sortir prochainement.


Pour conclure cet entretien, auriez-vous une citation fétiche à me délivrer ?

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© 2021 par Samuel Massilia.

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