top of page

Roxane Bruneau : "Sur scène, je suis la meilleure version de moi-même."

Photo du rédacteur: Samuel Massilia
Samuel Massilia
il y a 5 heures
5 min de lecture

Il y a des voix que l’on reconnaît à leur grain, mais aussi à ce qu’elles laissent deviner. Chez Roxane Bruneau, quelque chose de très personnel passe dans sa manière d’être là, devant un micro comme sur scène. Elle nous rappelle qu’une voix raconte aussi la personne qui la porte. On s’attache alors à Roxane autant qu’à ses chansons, à cette présence singulière qui ne cherche pas à masquer ses failles et transforme l’émotion en lien. Rencontre.


© Anne Diotte
© Anne Diotte

« Roxane, ton dernier single Pourquoi j’écris ? est disponible sur toutes les plateformes de streaming. Quelle a été l’étincelle de départ ?


C’est parti d’une nostalgie pour le début des années 2000 avec le punk, la pop et le rock. Ce n’est pas mon style musical de base mais j’avais envie d’essayer et ça a plutôt bien fonctionné. Sur les deux clips, on dirait qu’on est en pleine crise de la quarantaine ! (Rires) Ils ont été faits à la dernière minute (on avait trop d’images en stock, ce qui est assez rare). Ici, au Québec, on diffuse plus de mini-clips sur Tik Tok et Instagram ; le format long se perd mais je l’apprécie beaucoup, c’était difficile pour moi de lui dire adieu, alors j’ai fait deux clips dans une époque où il se meurt (rires).


Quel exercice est la réalisation pour toi ?

J’ai commencé toute seule sur les médias sociaux. J’aime avoir la main sur le développement et la création ; j’ai beaucoup de difficulté à déléguer. Dès la production de la chanson, j’ai une image claire et je sais où va aller le clip. Je travaille principalement avec Izabelle Hamon, une grande réalisatrice.



Dans ce titre, tu chantes écrire pour les autres, mais aussi pour te sentir en vie. Est-ce que l’écriture est d’abord un partage ou un besoin personnel ?

J’écris peu sur les histoires des autres, même si ça a pu m’arriver. Au départ, j’écrivais des textes pour moi et les gens se sont retrouvés dedans. Beaucoup de jeunes me suivent et écoutent ma musique. J’ai envie de passer des messages que j’aurais aimé entendre à leur âge. Et surtout, que ça leur fasse du bien.


Tu écrivais des premiers poèmes dans les HLM. D’où te vient ce goût pour les mots ?

Je trouve notre langue tellement riche. Quand on me demande d’écrire en anglais pour le Canada, je réponds toujours que pour un mot en anglais, on en a quinze en français. On a une belle plume, une belle poésie. Quand j’étais jeune, on n’était pas très riche. J’ai connu des époques où j'étais sans domicile fixe. Je me promenais avec mon esprit de bohème. Au Québec, avoir de l’aide pour les gens anxieux - voir un psy ou un thérapeute - coûte les yeux de la tête, donc je pense que l’écriture a été une façon de me guérir.



Tu n’es pas passée par une école de musique ou par des concours télé. Comment as-tu trouvé ta propre manière d’écrire, de chanter ?

Dès mon plus jeune âge, je me démarquais par mon style vestimentaire. J’étais en marge. Pourtant, je n’avais aucune revendication ! Je voulais simplement être moi-même. Aujourd’hui, je coach des jeunes artistes et souvent, on parle de trouver l’identité artistique, mais pour moi, ça s’est fait rapidement et de façon intuitive.


Sur scène, tu mélanges humour et chanson...

Oui ! Les gens vivent leur expérience de vie et quand ils viennent voir un concert, c’est pour décrocher, pour se faire du bien. Je n’ai pas envie de les assommer avec des textes lourds, alors je brise ça avec de l’humour. J’aime les voir passer du rire aux larmes.


As-tu le souvenir de ta première scène ?

Je m’en rappellerai toute ma vie ! Mon producteur m’avait parlé de vendre des billets pour une salle de 100 places au Québec. J’avais déjà un bon following sur les réseaux et vingt minutes après avoir annoncé cette première date, mon producteur m’a appelé pour me dire que c’était sold out ! Je ne savais même pas ce que ça voulait dire (rires). On a rajouté six dates, sold out ! Je n’avais jamais vu de spectacle de musique à cause du manque d’argent. J’ai alors demandé à Mathieu, mon guitariste, « que font les chanteurs entre les chansons ? » Dans sa tête, il a dû se demander ce qu’on allait faire de moi ! (Rires) Sur scène, j’ai trouvé mon personnage. Je discutais avec le public. Puis est arrivé le Centre Bell, une des plus grosses salles (20 000 sièges) du pays. Après ça, j’ai décidé de retourner dans la petite salle pour finir ma tournée et revivre cette espèce de communion vécue la première fois.


Dans quel état émotif te trouves-tu entre la loge et l’entrée sur scène ?

Au départ, je croyais que j’allais mourir ! (Rires) J’étais tellement nerveuse… Je ne savais pas que je faisais de l’anxiété. Sur scène, je suis la meilleure version de moi-même. L’adrénaline m’apporte des réflexes de feu et je me sens bien vivante.


© Anne Diotte
© Anne Diotte

Est-ce que le succès t’a donné davantage confiance en toi ou t’a simplement appris à mieux vivre avec le doute ?

Ça ne donne pas du tout confiance en soi ! C’est un couteau à double tranchant. Tout ce qui monte va redescendre. Pour moi, le plus beau moment est le chemin parcouru et non l’arrivée, car il n’y en a jamais vraiment dans notre métier. Quand je vois les stats, les salles remplies, je me demande combien de temps ça va durer et c’est là, la plus grande anxiété. Je n’ai pas envie que ça s’arrête.


Quand on réalise des rêves, est-ce difficile d'en trouver d'autres ?

J’adore tes questions ! C’est très difficile. Au début, quand ça a bien fonctionné, je n’avais plus de hobbies ou de passe-temps. Maintenant que la musique est mon travail, il faut que je trouve une activité à côté pour décrocher et... pour tout te dire, Samuel, je n’ai pas encore trouvé ! (Rires) Quand j’ai du temps, je vais automatiquement écrire, composer des chansons ou tourner des vidéos pour internet.


Au début de l’année, tu as partagé le micro avec Michael Bublé pour le titre Home. Qu’as-tu observé chez lui ?

Sa vérité. Il est plus grand que nature. Je l’ai rencontré à une soirée qu’il animait et je l’ai vu prendre le temps de discuter avec chaque artiste invité. Sa présence me rassurait. C’est un humain avant d’être une vedette. J’ai eu envie de me connecter avec lui et j'ai espéré que nos parcours artistiques se croisent. J’étais dans un avion lorsqu’il m’a ajouté et écrit sur Instagram. Je n’en croyais pas mes yeux ! Je pensais à un compte fake. Michael m’a parlé de son envie de faire un pont entre la langue française et la langue anglaise. On a travaillé sur ce titre à distance à cause de nos horaires impossibles à accorder. Puis il est venu au Québec pour un grand festival et il m’a invité avec lui sur scène. C’était une belle façon de boucler cette chanson.



Ton quatrième album est annoncé pour février 2027. Après trois albums et tout ce que tu as vécu, qu’as-tu envie d’explorer musicalement ?

Il va avoir plus de liberté artistique. Ici, au Québec, j’ai fait tout ce qu’il était possible de faire dans une carrière musicale. Dans cet album, je me permets d’explorer des genres, de chanter sur des instrus différentes.


Pour conclure cet entretien, aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

Dans la série The Office, un personnage dit : « J'aimerais qu’on puisse se rendre compte qu’on est dans le bon vieux temps pendant qu’on vit le bon vieux temps. » Je finis toujours mon spectacle en remerciant le public, « c’est grâce à vous que j’existe et avec vous, je vis les plus belles années de ma vie. » Quand je serai vieille, assise sur une chaise, je me souviendrai de ces moments-là. »

Commentaires


Reçois en avant-première les derniers articles !

© 2021 par Samuel Massilia.

bottom of page