Sonia Dauger : "Denzel a réussi là où on ne l’attendait pas."

Des faubourgs de New-York aux sommets hollywoodiens, l'incroyable parcours de Denzel Washington est à (re)découvrir dans un documentaire signé Sonia Dauger. Plongé dans la vie personnelle et artistique de l'artiste porte-voix de l'unité américaine, ce documentaire - porté par la voix du comédien Adama Diop - met en brillance avec sincérité et admiration la success story d'un acteur hors-norme.



« Sonia, ton documentaire Denzel Washington : un modèle américain est disponible sur la chaîne Youtube d’Arte Cinéma et sera diffusé dimanche soir à 22h50 sur Arte. Quelle a été l’étincelle de départ de ce documentaire ?

À la fin de l’année 2020, Denzel Washington a été élu meilleur acteur du 21ème siècle par les critiques du New York Times. Sur l’élaboration de ce classement, ils ont expliqué avoir débattu pour tous les autres, sauf lui. C’est le numéro un. Cet acteur a marqué une génération. Quand le film Malcolm X est sorti en France en 1993, j’ai découvert un homme politique que je ne connaissais pas. Et par la même occasion, un acteur que je n’avais jamais vu avant. Depuis, je suis toujours allé voir ses films au cinéma. Il a sa place dans ma petite cinéphilie.


En quoi Denzel Washington est pour toi un modèle américain ?

On aimait bien le côté générique de l’expression. Denzel a réussi là où on ne l’attendait pas. Il dit quelque chose de son pays et arrive à satisfaire un peu tout le monde. À travers sa carrière, j’ai voulu montrer qu’il a réussi à dénoncer, à sa façon, les discriminations, les oppressions et les fractures. Si en France on l’aime beaucoup, c’est parce qu’on n’a pas d’acteur aussi puissant comme lui.


Ton documentaire est riche en extraits de films analysés en profondeur. Comment s’est caractérisé le choix des scènes ?

Il y en a auquel tu ne peux pas échapper tant tu es marquée par la performance. J’ai regardé à nouveau les films Glory, Malcolm X, Training Day et Fences. À la fin du doc, on doit se dire : Denzel, c’est l’Amérique.


Le comédien Adama Diop est la voix qui nous accompagne dans ce documentaire…

Il nous fallait le regard d’une personne confrontée à ces questions-là. On a fait lire le texte à Adama pour voir si on était dans le coup éditorialement. Il a validé et on a été très heureux d’avoir une personne passée par le Conservatoire, qui vient des planches, comme Denzel Washington.



Sonia, tu as passé pas mal d’années dans le journalisme sportif, un amour pour le sport qui s’est parfaitement retranscrit dans Les Bleus et Sprint. À quel moment ce goût pour la réalisation de documentaire s’est-il déclaré chez toi ?

J’ai voulu sortir de ma zone de confort. Il y a dix ans, j’en avais marre de faire des sujets de deux ou trois minutes. Quand tu commences à tourner en rond, il faut passer à autre chose. Une société de production m’a alors mis le pied à l’étrier. J’ai commencé par un petit documentaire d’archives sur Neymar quand il était à Barcelone. Et de fil en aiguille, tu te greffes sur des projets, tu co-réalises et t’y prends goût. C’est génial d’avoir cette possibilité de faire des films et de donner son point de vue sur des histoires, des personnalités ou des événements.


Le documentaire prend de plus en plus de place aujourd’hui…

Clairement. Le documentaire est devenu un genre particulièrement apprécié en ce moment. Après, est-ce que c’est l’avenir de la fiction ? Je n’en sais rien. Tout ça est très cyclique. Il y a aussi des effets de mode, mais c’est bien de voir exister tous ses modes d’expressions.


Quels sont tes prochains projets ?

Je suis actuellement en tournage pour un épisode de l’émission Secrets d’Histoire consacré à Marie Madeleine. Je travaille aussi beaucoup pour l’émission Invitation au voyage sur Arte. D’ailleurs, un voyage en Jamaïque se profile.


Pour conclure cet entretien, aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

J'adore cette citation d'Aimé Césaire : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche. »