Alix Benezech, une brillante pygmalionne !

Bercée par la littérature, c'est tout naturellement qu'Alix Benezech est tombée dans la marmite cinéma. Véritable talent émergeant du cinéma français, Alix a aussi rayonné sur les plateaux de tournage US avec Christopher McQuarrie, Tom Cruise ou encore Clint Eastwood. Femme engagée, elle défend l'égalité entre les genres et prend la parole dans le fabuleux documentaire de Quentin Delcourt sorti hier dans toutes les salles obscures. Rencontre avec Alix Benezech, une brillante pygmalionne !

© Sylvie Castioni

« Hier mercredi est sorti en salles le documentaire « Pygmalionnes » du réalisateur Quentin Delcourt. Peux-tu me raconter en quelques lignes l'idée du film ?

L’idée est de donner la parole à onze femmes inspirantes du cinéma français. Elles ont été choisies par Quentin Delcourt au gré de ses rencontres et de ses propres inspirations. C’est onze portraits qui se répondent et qui font écho à la société actuelle. C’est un film qui va parler aux femmes et aux hommes.


Certains spectateurs ont eu la chance de découvrir le film en avant-première dans toute la France. Êtes-vous satisfaits des retours ?

Lors des premières projections on s’est rendu compte que la mission était accomplie. La toute première projection a eu lieu au cinéma Majestic Compiègne devant un public éclectique. Ensuite, il y a eu une deuxième projection pour les professionnels au Forum des Images, et une avant première suivie d'un débat au Cinéma Grand Action.

Film également projeté à l’Assemblée Nationale.

C’était très émouvant d’être là, dans ce lieu hautement symbolique. Les retours étaient excellents de la part des hommes et des femmes, tout métier confondu. Chacun a été touché par le film.



Comment as-tu fait la rencontre de Quentin Delcourt ?

J’ai fais la connaissance de Quentin Delcourt un peu grâce au cinéma de Claude Lelouch. Je tournais en effet Mission Impossible, et Christophe McQuarrie qui est un grand cinéphile nous a invité avec une partie de l’équipe à voir un film de 1976 qui s’appelle « All The President's Men ». À cette projection, il y avait une jeune femme, amie de Quentin, avec qui j’ai sympathisé et qui m’a proposé de le rencontrer. Il a vu que j’étais très engagée dans la cause des femmes et il m’a proposé de participer à son documentaire. J’ai tout de suite dit oui. Ce que j’ai aimé dans sa démarche c’est qu’il voulait faire un film avec un message d’espoir et d'apaisement.


© Sylvie Castioni

Selon toi, sommes nous aujourd'hui vers une évolution de l’égalité entre hommes et femmes ou nous en sommes encore loin ?

Je crois qu'on n’y est pas encore, sinon il n’y aurait pas tous les débats qu’il y a en ce moment. Il y a le collectif 50-50 qui se bat pour que l’on arrive à une véritable égalité, une parité. On parlait de cela lors du débat à l’Assemblée Nationale où il y a eu plusieurs interventions de députés et d’autres personnes du monde politique, c’était intéressant d’entendre leur parole. En tant que femme dans ce milieu-là, c’est très difficile. L'une de ces femmes a fait cette remarque : malgré la parole libérée il y a quand même moins de films réalisés par des femmes. Il y a encore du chemin.



Est-ce qu’avec « Pygmalionnes » tu as poursuivis le travail que tu avais commencé en 2014 avec la co-réalisation de « Que Justice soit Nôtre » sur les violences faîtes aux femmes ?

C’est une cause qui m’est chère depuis toujours. En 2010, j’avais tourné un premier film sur les violences dans le monde du travail avec Jean-Pierre Delépine dans « Article 23 ». À sa sortie, le film était précurseur - il y a même eu un autre film avec Céline Sallette, assez réussi, réalisé plus tard et inspiré d'Article 23. On est très heureux avec Jean-Pierre d’être des sources d’inspiration et même d’être visionnaire dans le sens où on a été les premiers à parler d’un sujet qui est tabou. C’est aussi le but du cinéma de faire bouger la société. Quand j’ai rencontré Jean-Pierre, il avait écrit le scénario et il ne se sentait pas légitime de réaliser seul un film sur les femmes. On s’est battu pour le faire et on a réussi à être diffusé dans près de 200 salles en France, ce qui est énorme. Beaucoup de personnes autour de moi me disaient de faire attention avec ce sujet, il y avait comme une omerta, cela faisait peur. Je n'ai écouté que mon intuition et ma conviction, celle que ce message est essentiel, et que ça allait aider beaucoup de femmes.


Quel regard portes-tu sur le cinéma Français aujourd'hui ?

J’ai deux sentiments. Le premier optimiste car l’année dernière il n’y a jamais eu autant de personnes dans les salles de cinéma. C’est un très bon signe, d'autant qu'il y avait la peur de l'arrivée des plateformes de diffusion. Je pense qu’il y a de la place pour tous, ces plateformes permettent à d’autres cinéastes de pouvoir s’exprimer, ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir trouver un distributeur, ou qui peuvent ainsi toucher un public international. Le deuxième sentiment c'est celui de voir qu'il y a tout un cinéma d'auteur, un cinéma indépendant qui peinent à exister. Et il y a des petites salles qui ont du mal à survivre.


© Christine Ledroit Perrin

Il y a deux ans, ta carrière prenait une dimension internationale avec « Mission Impossible : Fallout » dans lequel Tom Cruise et le réalisateur Christopher McQuarrie te choisissent pour être la « frenchie » du film. Quel casting as-tu dû passer pour arriver sur un plateau de tournage US ?

Mon agent française m’a appelée pour que j’envoie une self-tape. C’était dans l’urgence, j’avais quelques heures pour l’envoyer à un directeur de casting anglais. J’ai fait trois improvisations que j’ai filmé et envoyé. Vingt-minutes après j’avais un mail de ce directeur de casting qui me remerciait pour la qualité et la rapidité de l’envoi. C’était déjà un bel accomplissement puisque c’était un de mes premiers castings pour un film international. Quelques semaines plus tard, j’ai eu un nouveau coup de fil de la part de mon agent française qui m’a chantée la musique emblématique de Mission Impossible pour m’annoncer que j’étais choisi. J’ai fais la connaissance du directeur de casting en allant à Londres et il m’a dit que c’était une grande chance, grâce à mon travail, habituellement il y a plusieurs auditions pour obtenir un rôle dans une super production comme celle-là.


Sur ce tournage, que retiens-tu de la façon dont Christophe McQuarrie à diriger les acteurs sur le plateau ? Existe-t-il une grosse différence entre un tournage français et américain ?

C’était un très gros tournage avec plus de mille techniciens, c’était impressionnant par l'envergure, mais aussi parce qu’il y avait un contexte politique très sensible. Deux semaines avant de tourner la scène de la policière il y a eu un attentat. Je portais un gilet fluorescent pour me distinguer des vrais policiers. Le tournage en lui-même était absolument sympathique avec une très bonne ambiance. Chris et Tom faisaient des blagues tout le temps, ils nous mettaient à l’aise. Il y a le même amour du Cinéma qu'en France. J’aime cette fantaisie, cette façon de travailler professionnellement sans se prendre au sérieux.


© Sylvie Castioni

Tu démarres ta carrière au théâtre 14 dans la pièce « Le fantôme de l’Opéra » mis en scène par Henri Lazarini dans laquelle tu interprètes Christine Daaé. Peux-tu me parler de tes premiers pas artistiques ?

Cela me vient de mon amour pour la Littérature. J’avais un père professeur des Lettres Classiques donc il nous lisait des histoires dans lesquelles je m’imaginais dans tels ou tels personnages. Je faisais déjà du Théâtre toute petite. J’ai commencé le théâtre par la mise en scène et pas du tout en tant qu’acteur. Je voulais mettre en scène mes camarades de classe et le résultat était une vaste improvisation. Quand c’est devenu professionnel, j’ai passé l’audition pour « Le Fantôme de l’Opéra » et tout s'est enchaîné après.


Quels sont tes autres projets pour 2020 ?

On vient de terminer la saison 6 de « Nina » pour France 2, cette nouvelle saison sera diffusée dans quelques mois. Je termine le tournage de la saison 3 de la série « Alice In Paris » pour Amazon Prime. Et je vais tourner un film entre Paris et les Etats-Unis.


Que peut-on te souhaiter pour le futur ?

D’être toujours aussi heureuse et de perfectionner mon art à chaque rencontre en apportant du bonheur aux autres. »

© 2018 par Samuel Massilia.