Arnaud Demanche, un artiste qui va droit au but !

Amoureux des mots, Arnaud Demanche sait mettre les pieds dans le plat. Auteur depuis des années pour la matinale de Nicolas Canteloup sur Europe 1, Arnaud est aussi présent sur scène avec son spectacle « Blanc & Hétéro ». En ce moment, il cartonne sur les réseaux sociaux avec ces petites vidéos humoristiques spécial confinement. Rencontre avec Arnaud Demanche, un artiste qui va droit au but !

© Kathleen Rengnet

« Comment se passe ton confinement ? Mon confinement se passe plutôt bien. Ça fait quinze ans que j’écris tout seul à la maison, et le métier d’auteur est très solitaire. Comme j’écris des sketchs depuis une quinzaine d’années pour plusieurs personnes différentes, forcément, le confinement n’a pas beaucoup changé mon quotidien. Le principal changement, pour un humoriste, c'est qu'on ne peut plus être sur scène. Tu proposes actuellement des mini-sketchs sur tes différents réseaux sociaux. J’avais commencé en janvier, ça montait gentiment mais je ne m’attendais pas du tout à ce que ça prenne ces proportions pendant le confinement. J'ai persisté parce que je ne suis ni soignant ni éboueur ni routier et que j’avais envie de me sentir un petit peu utile quand même. Faire des vidéos pour détendre les gens est le mieux que je puisse offrir.


© Svend Andersen

Dans une de tes dernières vidéos, tu dis qu’il n’y a jamais eu autant de gens aussi beaux dans ce pays. Je trouve que pour une épreuve de cet ordre-là, les gens la gèrent super bien. Ils font preuve d’une solidarité et d’une générosité que je ne soupçonnais pas. Je suis très agréablement surpris de voir la façon dont ça tourne. On n’est pas du tout éduqué à avoir des temps difficiles. La génération précédente, celle d'aujourd'hui et celle un peu après moi n'ont pas souffert collectivement. D’un seul coup, ces trois générations qui ont vécu dans le confort le plus absolu, se retrouvent à gérer un événement inattendu qui bouleverse tout ça. Quand tu nais en Israël ou en Palestine, tu comprends à l’âge de deux ans que ta vie ne va pas être un long fleuve tranquille. Nous non. Et on s’aperçoit que les gens en ont plus dans le ventre et dans les tripes que ce qu’on pouvait imaginer. Qu’on soit un mec de banlieue ou un gros richard, à quelques blaireaux prêts, tout le monde a joué le jeu. En 2004, tu t’es fait passer pour Jacques Chirac en créant un faux blog sur ce dernier. Comment t’es venue cette idée ? C’était pour me faire embaucher dans mon agence de pub. Je voulais faire parler de moi auprès de la direction et montrer que j’étais capable de générer du bruit comme dans une campagne de pub. À l’époque, les gens pensaient que tout était vrai sur Internet. J’ai vérifié les noms de domaine de Jacques Chirac qui étaient à vendre. Ils l'étaient, ce qui était absurde, alors je les ai rachetés, et je me suis fait passer pour lui. La boîte de pub ne m’a pas engagée mais Canal a fait appel à moi et j’ai commencé à travailler pour Karl Zéro.

© Svend Andersen

À quel moment l’écriture t'a passionnée ? C’est venu très naturellement. Quand j’étais petit, mes parents avaient des cassettes audio de sketchs qu’ils enregistraient dans les émissions de variétés. À l’âge de deux, trois ans, j’écoutais déjà ces cassettes et j'entendais que les gens riaient. C’était une sensation très agréable donc j’ai appris tout ça par cœur. Je faisais les sketches à mes potes de maternelle mais ils ne riaient pas du tout. Tu fais Guy Bedos à un gamin de maternelle, forcément il ne comprend pas (rires). Quels souvenirs gardes-tu de ton on premier one-man-show « Arnaud Demanche : le nouveau Schwarzenegger » ? Ce qui m’a permis de me faire connaître sur scène c’est « Les Gérard » qui a été mon premier contact avec la scène. C’est là que j’ai compris que je pouvais faire marrer les gens. J’ai donc fait ce spectacle avec lequel j’ai un rapport mitigé. À la fois j’en suis fier dans l’écriture et à la fois il n’a pas du tout marché pour des raisons un peu frustrantes pour moi. Je n’ai pas eu de chance à cette période. En ce moment, j’en ai beaucoup. La chance est un paramétrage que tu ne maîtrises pas.

Depuis 2018, tu proposes un nouveau spectacle « Blanc & Hétéro ». Quelles sont les thématiques que tu abordes dans ce spectacle ? C’est l’histoire d’un jeune humoriste qui aime bien jouer et déconner avec les interdits et qui tombe amoureux d’une militante d’extrême gauche. Un jour, elle lui dit que son humour est oppressif et qu’on n’a pas le droit de rire de ça car c’est se moquer des minorités. C’est une histoire d’amour autour de nos désaccords. Par exemple, Twitter est un endroit où les gens ne sont plus capables de discuter. L’idée était de parler de ces gens qui sont totalement devenus incapable de se parler pour des sujets pas très graves. Il n’y a pas mort d’homme quand on n’est pas d’accord avec quelqu’un. J’ai voulu parler de ce sujet-là aussi car je trouvais caricatural ce discours de "l'homme blanc hétérosexuel est un grand méchants". En compagnie de Fred Royer et Stéphane Rose, tu as crée la cérémonie des Gérard diffusée sur Paris Première. Comment est né ce projet parodiant les Césars ? L'idée de base vient de Fred Royer. Un jour, on prenait tous les deux un verre et il m'a proposé la création des Gérard. Il m’explique qu’il s’agirait des Césars mais en pire, et moi j'ai répondu qu'il faudrait remettre des parpaings. Le concept des cérémonies a été posé en quatre minutes. On a appelé Stéphane qui est un de nos meilleurs copains et on lui a proposé de rejoindre ce projet. On est parti dans cette aventure-là et ça a cartonné tout de suite. Il y a eu deux, trois personnes qui ont gueulé mais rien de fou. Le seul impératif qu’on avait, c’était que ce soit marrant. À Paris Première, ils nous ont laissé une liberté de dingue. Je pense qu’aujourd’hui, c’est totalement inimaginable que des dirigeants de chaînes laissent à ce point une liberté à leurs artistes. Encore plus quand ils sont débutants, parce qu'on n’avait jamais rien fait auparavant.


© Kathleen Rengnet

Aurais-tu une citation fétiche à nous délivrer ? « Si t’es bon dans quelque chose, c’est ça qu’il faut faire ». J’aurais bien aimé qu’on me dise ça plus souvent quand j’étais ado car il y en a pleins qui se cherchent et qui ne savent pas forcément ce qu’ils vont faire de leur vie. Que peut-on te souhaiter pour le futur ? De sortir (rires). Ça fait un mois et demi que je n’ai pas foutu un orteil dehors à part pour aller faire les courses une fois par semaine. »

© 2018 par Samuel Massilia.