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Bakian : "La vie est trop courte pour se fixer des limites."

  • Photo du rédacteur: Samuel Massilia
    Samuel Massilia
  • il y a 27 minutes
  • 5 min de lecture

Il y a chez Bakian une forme d'absolu. Une manière de vivre la musique non pas comme un métier, mais comme une nécessité. Chez lui se prolonge ce lien intime entre le texte et l'émotion, entre la voix et l'âme, et la musique devient une façon d'être au monde. Par son regard sensible et son amour des autres, Bakian retranscrit la vie avec poésie et vérité. Rencontre.



« Bakian, tu seras le 4 juin sur la scène du Silo, à Marseille, pour ton concert Bakian chante Aznavour. Ce sera la première date d’une longue tournée à venir. Comment te prépares-tu ?

Ce spectacle est actuellement en pleine création. Nous avons démarré les répétitions il y a quelques jours. Le but est de proposer un hommage à la fois personnel et à la fois dans l’esprit de Charles Aznavour. Avant cette première date, nous aurons environ 150 heures de répétitions avec les cinq musiciens (guitariste, bassiste, batteur, violoniste et claviériste) qui m’accompagneront sur scène. Et naturellement, le spectacle évoluera au fil du temps.


Charles Aznavour a beaucoup compté dans ton parcours artistique. Comment l’as-tu rencontré ?

J’avais une petite vingtaine d’années à mon arrivée à Paris lorsque j’ai été repéré par son fils, Mischa, directeur artistique des éditions Raoul Breton, un temple de l’édition musicale française qui gère une grande partie du patrimoine musical français. Il m’a pris sous son aile et un jour, il m’a présenté à son père, lui a fait écouter mes démos, mes maquettes et le titre Je vis ma vie, mon tout premier single sorti dans les bacs. Charles Aznavour l’a écouté avec son épouse, Ulla, et ils ont beaucoup apprécié ma voix. Le lendemain, j’étais convié à 11h, rue Ampère, aux Éditions Raoul Breton et en entrant avec Mischa dans une salle de répétition d’environ 250 m², j’ai vu Charles Aznavour m’attendre au piano. Encore aujourd’hui, ce sont les minutes les plus fortes émotionnellement de toute ma vie. Ce jour-là, il m’a évalué, m’a demandé de chanter et voulait connaître avec quelle tonalité je souhaitais faire le titre L’Adolescence. Après une heure de travail, il m’a annoncé qu’il m’offrait cette chanson inédite et qu’il me souhaitait le meilleur avec elle. Nous sommes ensuite partis déjeuner avec Mischa, Séda et Charles Aznavour dans un restaurant à proximité pour célébrer cette rencontre et ce début de collaboration.


Il avait 81 ans quand j’ai eu l’honneur de croiser son chemin. Ses conseils, ça se faisait spontanément au cours d’une discussion. Il m’a dit de soigner mes entrées et mes sorties de scène, des moments que le public retenait tout particulièrement. Charles Aznavour avait une rigueur, il était perfectionniste dans l’écriture et il avait aussi une part de nostalgie ; un point commun qui nous unissait. Il a beaucoup travaillé sa voix et enlevé ce côté enroué, que certains journalistes lui prêtaient, pour faire taire les critiques. Lorsqu’il m’a entendu chanter pour la première fois, il m’a demandé d’où venait cette capacité à faire des notes hautes avec une voix brillante. Je lui ai répondu que j’étais un autodidacte, que je commençais à prendre des cours de chant lyrique. Tous nos échanges étaient fluides. Il a tout de suite décelé ma haute exigence dans le travail.


Tu as été invité par l'Élysée à la Cour d'honneur de l'Hôtel des Invalides pour lui rendre hommage. Quelles images te reviennent de ce moment-là ?

J’ai le souvenir d’une belle cérémonie, à son image : sobre, millimétrée, élégante et solennelle. C’était un jour très triste, durant lequel j’ai vu défiler chaque seconde et chaque mot échangé avec ce grand monsieur pendant plus d’une décennie. Les quatre, cinq premiers jours, je n’étais pas en capacité de répondre aux sollicitations médiatiques. Avec son départ, est partie une certaine partie de ma vie. Il était âgé de 94 ans, n'était pas spécialement atteint d’une maladie grave, il allait plutôt bien et avait deux ans de tournées à travers le monde qui l’attendaient.



En attendant la tournée Bakian chante Aznavour, le public peut écouter ton nouvel album, Passion. Pour toi, quel est le fil rouge qui relierait les sept titres qui le composent ?

L’authenticité et le souhait de faire passer des messages dans chacun de ses titres. Dans mes choix de vie, j’ai toujours été dicté par la passion. Cette définition reflète tout à fait ma personnalité et mon caractère. Changer est une chanson sur les relations humaines et la société de consommation ; aujourd’hui, on passe de plus en plus vite à autre chose (en amour comme en amitié). Insomnie est un sujet très personnel puisque j’en souffre depuis l’enfance et avec Le Même, je retrace le chemin d’un artiste, avec ses hauts et ses bas, ainsi que la fragilité d’un succès. Avec cet album, je me suis efforcé de garder mon amour pour la langue française.


Il Plume des Cailloux est un titre poignant. Qu’est-ce que ça veut dire ?

J’ai eu l’honneur, et encore une fois c’est un cadeau du Ciel, de co-écrire ce texte avec Charles Aznavour et Max Pantera. Cette chanson parle des injustices sociales de naissance, des inégalités qu’on a dès la ligne de départ, quand on a rien demandé à personne et qu’on vient au monde dans des bidonvilles. Dans certaines zones défavorisées, on voit des images saisissantes d’enfants mangeant du sable et malheureusement, cette chanson, dix-huit ans après, est encore tristement d’actualité. J’ai quand même tenu à y apporter une touche d’espoir : « Son cœur est maigre et triste sont ses yeux, il bâtit sous la pluie des lendemains plus bleus. » Je n’arrivais pas à accepter et à imaginer qu’il n’y ait pas au moins une phrase en ce sens. Et elle a été validée par la famille Aznavour.



D'où te vient cet amour des mots ?

Ma maman a été une source d’inspiration. C’est une amoureuse de la langue française. Elle m’a élevée avec Léo Ferré, Jean Ferrat, Charles Aznavour, Jacques Brel, Claude Nougaro, Serge Gainsbourg. Il y a quelques mois, j’ai rendu hommage à ce dernier dans la basilique de Vézelay et ça a été un challenge immense pour moi. Ma mère est une femme omniprésente, elle s’exprime merveilleusement bien. La langue française a toujours été importante pour nous, petits-enfants d’immigrés. Mes grands-parents, Sarkis et Annick, ont fui le génocide arménien perpétré sous l'Empire ottoman et sont arrivés en France en 1920 sans parler un mot de notre langue. Ma mère a quitté Oran, en Algérie, avec mes grands-parents maternels, pour arriver à Marseille, puis à Paris. Je suis le fruit de mélanges et aujourd’hui, j’ai eu l’honneur d’avoir co-écrit avec des monuments de la chanson française comme Charles Aznavour, Michel Jourdan, Francis Lai, Jacques Revaux et Serge Lama. J’étais tout jeune lors de ces collaborations et elles m’ont enrichi d’une manière incroyable.


© Anne-Sophie Guebey
© Anne-Sophie Guebey

Avant cette vie d’artiste, tu as été un champion de karting. Est-ce que tu vois ton parcours d’artiste comme un parcours de sportif, qui demande de l’endurance ?

On peut faire des parallèles, même si ce sont deux milieux complètement différents. Le travail, la persévérance, le talent et le niveau n’ont pas la même importance et ne permettent pas systématiquement d’obtenir un résultat dans le domaine artistique, alors que, quel que soit le sport, quand on excelle, on excelle. Dans la musique, on peut performer, recevoir des standing ovations tous les soirs, avoir des salles debout, partout, tout le temps, faire des chansons de qualité, on peut vendre trois disques. Des personnes comme Jean-Jacques Goldman, Daniel Levi ou encore Charles Aznavour ne sont pas devenues talentueuses du jour au lendemain, ils ont mis dix, quinze voire vingt-cinq ans avant d’y arriver.


Pour conclure cet entretien, aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

La vie est trop courte pour se fixer des limites. »

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© 2021 par Samuel Massilia.

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