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Lis Sam : "La femme a autant de force que de beauté."

  • Photo du rédacteur: Samuel Massilia
    Samuel Massilia
  • il y a 7 jours
  • 4 min de lecture

Dans le paysage de l’art contemporain, certains artistes développent un langage qui leur est propre, immédiatement identifiable. Lis Sam fait partie de ceux-là. En quelques années, cet artiste autodidacte a imposé une signature visuelle singulière, où la légèreté rencontre la monumentalité, où la précision du geste dialogue avec l’émotion. Derrière cette démarche se dessine le parcours atypique d’un créateur qui a construit son univers loin des chemins académiques. Guidé par l’intuition, la persévérance et une curiosité sans cesse renouvelée, Lis Sam a su transformer une vision personnelle en une œuvre reconnue par les collectionneurs et les galeries internationales. Rencontre.


© Carl Thomson
© Carl Thomson

« Lis Sam, ton projet Blossoming Girls a trouvé ses racines lors d’une visite dans une serre à papillons dans le sud de la France. Qu’as-tu ressenti ce jour-là ?

L’émerveillement ! J’ai vécu ce moment suspendu avec mon fils, âgé d’un an à l’époque. Lors de cette sortie, j’ai vu ces papillons voler au ralenti autour de nous et leur couleur nacrée (bleu, rouge, jaune), leur taille (certains jusqu’à 15 cm) et leur forme m’ont impressionné. Depuis, mon imaginaire s’est démultiplié et j’y suis retourné tous les week-ends pendant plus d’un an (rires).


Sur la toile, tu superposes des papillons en trois dimensions pour donner naissance à des portraits ou à des silhouettes. Que racontent ces visages ?

J’ai imaginé ces papillons qui s'accumulent pour former un paysage abstrait puis, tout doucement, je suis allé vers le portrait féminin afin de recréer l’atmosphère des serres à papillons. Pour moi, la femme a autant de force que de beauté et je le reconnais, c’était fort de les créer. Certaines ont un regard perçant et d’autres les yeux fermés. On s’imagine être dans leur tête.


Ce qui est intéressant avec ces œuvres, c’est que le spectateur, en se déplaçant, peut découvrir pleinement l’œuvre, sous différentes facettes. Pourquoi cette participation physique est-elle essentielle dans ta démarche ?

Pour avoir cet effet de lévitation. Selon l’angle de vue, l’éclairage ou le moment de la journée, on ne percevra pas les mêmes détails. Je voulais faire ressentir aux spectateurs ce que j’ai vécu en voyant les nombreux papillons voltiger dans cette serre. C’est la raison pour laquelle je les pose sur des tiges transparentes. Qu’on regarde de près ou de loin, on observe une œuvre « vivante ».


© Carl Thomson
© Carl Thomson

Tu as renommé ton atelier de création La Chrysalide, là où les idées prennent forme. À quoi ressemble cet espace ?

Toute la décoration est neutre, cela me permet de me concentrer sur l’œuvre sur laquelle je travaille et de ne pas être perturbé par le reste. La Chrysalide ressemble un peu à un atelier new-yorkais, avec des hauts plafonds et des spots suspendus. C’est moderne.


Quelles transformations personnelles as-tu vécues à travers ta pratique artistique ?

Je n’ai pas reçu d'éducation artistique. J’ai commencé dans la rénovation, le BTP, avec mon père. La transformation est venue grâce à l’art et à ma curiosité d’apprendre et de vouloir transmettre une émotion. Mon mode de vie s’est aussi transformé. En tant qu’autodidacte, je suis content d’avoir pu réussir dans ce domaine.


© Carl Thomson
© Carl Thomson

Quel a été ton premier contact avec l'art ?

Il n’y a pas vraiment eu d'étincelles de départ. Ma mère faisait des travaux d’artisanat et je l’aidais beaucoup dans la couture des tapis qu’on revendait au souk, en Tunisie. L’art n’a pas été un déclic chez moi, mais quelque chose d’évident. C’est en voyant les œuvres contemporaines d’un artiste que j’ai voulu me renseigner sur comment devenir artiste. J’étais néophyte ! Je ne savais pas quelle direction prendre et c’est en me documentant que j’y suis arrivé naturellement.


Justement, comment devient-on artiste ?

Est-ce que ça peut s’expliquer ? (Rires) C’est un peu une forme de folie, aussi. La création ne s’arrête jamais et la réflexion me poursuit tellement que je vais d’une œuvre à une autre. Je me souviens d’avoir acheté une petite toile dans une petite boutique de loisirs créatifs, avec quelques pinceaux. À l’époque, je regardais des vidéos d’artistes expliquant comment mélanger les peintures et de là, j’ai fait mes premiers tableaux. J’ai évolué de toile en toile et encore aujourd’hui, je continue à faire progresser mon travail.


Touché par la grâce est un clin d’œil à la chapelle Sixtine de Michel-Ange, avec plus de 6000 papillons. Ça a été quel défi technique ?

Huit ans avant de la créer, j’en parlais à ma femme et je lui disais : « Imagine qu’un jour, j’arrive à faire la chapelle Sixtine avec des papillons et sans images de fond ? » Le défi paraissait impossible, mais à force de travail et de perfection, j’ai réussi. Ça a demandé énormément d’heures de travail. Chaque papillon a été découpé à la main ! C’est un chef étoilé, en Belgique, qui l’a acquis.



Quels sont tes prochains projets ?

Depuis plusieurs mois, je travaille sur ma prochaine exposition, le 4 juillet, aux Galeries Bartoux, à Saint-Tropez. À l’occasion de ce solo show, les collectionneurs pourront venir à ma rencontre et cela me permettra d’échanger avec eux sur mon travail et ma technique, car beaucoup se questionnent (rires). Ensuite, je ferai un autre solo show, début septembre, durant la Fashion Week, à New York, chez Fremin Gallery, et je serai du 1ᵉʳ au 6 décembre à Art Miami et à l’exposition Galeries Bartoux Design District. Enfin, je serai présent au concert de Paris du 14 juillet, aux côtés de Stéphane Bern, pour la remise des prix aux musiciens. C’est moi qui ai créé ce trophée : une forme de papillon abstrait composée de notes de musique.


Pour conclure cet entretien, aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

Je ne suis pas trop citation (rires). Pour tout te dire, je ne sais pas très bien lire. J’ai une forme de dyslexie prononcée qui me pénalise. J’apprends davantage avec le côté visuel qu’avec la lecture. Mais si je devais définir mon art, je te dirais qu’il est… hypnotisant ! (Rires). »

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© 2021 par Samuel Massilia.

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