Sammy Lamboley : "Le cinéma me paraissait inaccessible."
- Samuel Massilia

- il y a 6 jours
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Dernière mise à jour : il y a 5 jours
Longtemps perçu comme une figure de l'ombre, le producteur est pourtant l'un des principaux artisans de la création cinématographique. Chez Sammy Lamboley, cette mission commence avant tout par une rencontre, une intuition. Désormais producteur, il envisage le cinéma comme une aventure collective, où les relations humaines comptent autant que les films eux-mêmes. Pour lui, produire ne consiste pas seulement à réunir des financements ou à coordonner une fabrication ; c'est accompagner une vision, créer les conditions de sa liberté et rassembler les bonnes personnes autour d'une même envie de raconter une histoire. Rencontre.

« Sammy, tu as coproduit avec Anaïs Aidoud son film Josèphe, récemment projeté en hors compétition au festival du 1er film de La Ciotat. Quelle présentation en ferais-tu ?
C’est une comédie romantique qui fait du bien ! On suit l’histoire de Josèphe, interprétée par Anaïs Aidoud, une célibataire de 35 ans qui vit encore chez sa grand-mère. Elle a un boulot alimentaire dans une boutique de cosmétiques et elle va, par un concours de circonstances, gagner un voyage au Japon. Avant de partir, elle se fait héberger par une amie de sa grand-mère (Catherine Jacob), tenancière d’un club échangiste sur l’île Saint-Louis. Enfin, elle va prendre des cours de japonais et y rencontrer JoeyStarr qui joue son propre rôle. Une histoire va débuter entre eux, entre amitié et amour. Ils vont s’amuser comme des enfants et pour connaître la suite, il faut aller voir le film (rires).
La première fois que tu lis son scénario, que tu découvres son projet, qu'est-ce qui retient immédiatement ton attention ?
Anaïs et moi avons la même culture cinématographique et le même humour. On a aussi cette nostalgie des années 80/90, d’ailleurs le film est assez intemporel. Il y a peu de téléphones portables et davantage de postes de radio et de vieilles voitures. Ce film est un mélange entre la fiction et la réalité de leur rencontre, à Anaïs et Didier. Dans la vie, il y a des gens avec lesquels on va vivre des moments uniques et elle avait envie d’en parler, ce qui m’a beaucoup touché. Dans son scénario, j’ai aimé la diversité des personnages, leur côté loufoque, un peu décalé, absurde, ils ont chacun un univers particulier. On pourrait presque faire un film sur chacun d’entre eux ! Pour un premier film, c’était assez agréable de commencer par une comédie feel good et avec du fond.

Le film s’ouvre sur cette citation de François Cheng : « N’oubliez pas, on vit juste pour quelques rencontres. » J’aimerais revenir sur la vôtre, Anaïs et toi. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Je faisais de l’événementiel et des relations publiques liées aux célébrités. J’ai travaillé pendant des années pour le magazine Elle, avec des marques qui avaient besoin de personnalités (sportifs, animateurs, acteurs, chanteurs) pour représenter des campagnes de collaboration commerciale, avec une vraie direction artistique. Par mon réseau, j’étais chargé de leur faire des recommandations. Pour une campagne, j’ai eu envie de proposer un talent avec qui Anaïs avait travaillé et, par les réseaux sociaux, j'ai découvert qu'elle et moi avions une amie en commun. Cette personne nous a mis en relation et Anaïs - que j'adorais dans La Grande Interview - m'a répondu favorablement et m'a donné le numéro personnel de cette personnalité. Par la suite, j’ai travaillé avec une autre personnalité et Anaïs voulait la recevoir pour son format, donc on l’a organisé ensemble. J’ai eu envie de l’aider à développer son émission, puis on a appris à se connaître, à devenir amis. Un jour, elle m’a parlé de son projet de long-métrage avec JoeyStarr, qu’elle avait trouvé un distributeur (Destiny Films) et que ça faisait des années qu’elle le portait, à essayer d’obtenir des aides, des subventions, des boîtes de prod, mais sans aboutissement. Je lui ai alors dit : « On va le faire ! »
Josèphe a la particularité de ne pas avoir bénéficié du soutien de chaînes de télévision ni d’aides régionales. Comment avez-vous financé ce film indépendant ?
On faisait des demandes, mais ce n’était pas le bon collège, donc il fallait encore attendre une année. Anaïs et moi sommes dans l’opérationnel, on aime quand les choses se font et on a donc décidé de chercher autrement. D’abord en mettant un peu de fonds personnels, de l'aide de la famille, d’amis et en faisant énormément de partenariats et de contrats de participation pour les comédiens et les techniciens, avec des salaires minimums et un pourcentage sur les recettes nettes du film, soit environ 80%. Nous avons eu quelques contacts avec des chaînes pour des préachats, mais on nous demandait de changer le scénario, d’ajouter des blagues lourdes, une scène de cul ; ce n’était plus du tout la même vision artistique. On a décidé de ne pas faire de compromis et ça nous a permis d'avoir une liberté totale.

Comment qualifierais-tu votre relation de travail ?
On est la plupart du temps assez d’accord sur beaucoup de choses. On travaille assez vite, on sait ce qu’on veut et ce qu’on ne veut pas. Quand on a des points de discorde, on en discute. Notre objectif numéro un, à chaque fois, c’est le film avant tout. Cela évite de faire des choix pour ses intérêts personnels. C’est en tout cas notre façon de penser. Notre amitié est un plus et être un duo soudé nous permet de traverser les épreuves. Il y a un respect mutuel et on va de front l’un avec l’autre.
Est-ce qu’il y a eu un moment particulièrement compliqué pendant la fabrication du film ?
Oui, c’est difficile de faire un film, surtout comme nous l’avons fait. L’argent est une partie importante du projet et on doit le trouver en permanence. Mais il y a aussi toute la fabrication : du casting au recrutement des équipes techniques, à toute la partie légale, administrative et financière. Il faut avoir une vision artistique et écouter la sensibilité du réalisateur. On doit ménager un équilibre entre les contraintes financières, techniques et le résultat qu’on souhaite avoir. Quand on avance dans la fabrication d’un film, il y a aussi des coûts imprévus et il faut donc trouver des solutions pour récolter de l’argent, négocier des contrats de participation avec des prestataires et trouver des collaborations avec des studios de postproduction. C’est un boulot de dingue ! Être producteur, c’est régler des problèmes en permanence.
Pour Josèphe, on a fait la prépa en trois mois, puis on l’a tourné en cinq semaines et on a mis presqu’un an entre la post-prod et les finitions, de la gestion complexe des droits musicaux au montage et mixage son, au montage image et à l’étalonnage. Il a pu arriver qu’on ne soit pas satisfait du résultat et qu’on paie à nouveau un monteur et un étalonneur. C’est intense psychologiquement et c’est encore loin d’être fini. Il y a la sortie en salles, trouver la bonne date, faire la promo, organiser des avant-premières et commercialiser le film. Ça représente quatre ans de travail, sans compter les années d’écriture du scénario et les tentatives de production par Anaïs. Ce métier demande beaucoup de ténacité, d’énergie, de dynamisme pour convaincre les gens de venir sans budget ou en contrat de participation. Il faut être convaincu et ne rien lâcher. Quand on s’embarque dans ce type d’aventure, il faut savoir qu’on va mettre plusieurs années de sa vie de côté.
Les spectateurs pourront te voir à l’écran dans une scène en voiture avec JoeyStarr. Comment as-tu vécu cette expérience ? Quel partenaire de jeu est-il ?
C’était top ! C’est un beau souvenir d’avoir tourné avec Didier, qu’on admire et qu’on connaît depuis nos 15 ans avec NTM. Il est très investi, professionnel et il a à cœur d’écouter la réalisatrice, de se donner au mieux pour le film. Il est très généreux et n’hésite pas à vouloir refaire des prises s’il y en a besoin. C’est très agréable de travailler avec lui.

Aujourd’hui, quelle est la suite pour Josèphe ?
Cette année va être consacrée aux festivals. On a envie de voyager avec le film et de le montrer aux professionnels et au public. Ensuite, on va travailler le plan de sortie avec les distributeurs et les attachés de presse pour faire une tournée d’avant-première dans toute la France avec les comédiens. Et puis, la sortie en salles avec une promo télé avant de le vendre aux chaînes et aux plateformes.
Quel est ton rapport avec le cinéma ? Quelle place ça occupait à la maison, dans ton enfance, ton adolescence ?
Mes parents regardaient beaucoup de films et m’emmenaient souvent au cinéma quand j’étais petit. Les Visiteurs a été l’un de mes premiers films, puis je suis allé voir avec l’école Titanic et le documentaire Microcosmos. Ça me faisait rêver et me paraissait inaccessible. Plus tard, j’ai fait du théâtre pendant des années au collège et au lycée, avant d’abandonner à mon départ en école de commerce. Je ne viens pas d’une famille de cinéma, donc je ne pensais pas tout de suite que ça pouvait être possible. Aujourd’hui, j’ai mis un pied dedans en commençant par la production, mais peut-être qu’à l’avenir, l’idée serait aussi de réaliser et d’écrire mes films.

Il y a quatre ans, tu as fondé Musk Agency avec laquelle tu représentes des DJ. Que peux-tu me dire sur cette activité ?
J’ai toujours aimé le management d’artistes. Ça fait vingt ans que je suis à Paris et j’ai beaucoup d’amis DJ qui ont développé leur carrière en France et à l’international. Aujourd’hui, les DJ sont les nouvelles rock stars qui remplissent des stades, des boîtes de nuit et qui vendent des tables et des tickets à des prix hallucinants. On les voit passer partout sur les réseaux sociaux. C’est devenu une partie de mon activité. J’adore négocier les contrats, c’est comme un jeu pour moi. Et puis, j’ai besoin de faire plusieurs choses en même temps. Je déteste l’ennui ! (Rires)
As-tu le souvenir d'un grand moment vécu avec un artiste ?
J’ai découvert un autre monde avec les DJ. J’ai voyagé dans le monde entier avec eux. Quand tu es dans un festival devant 10 000 personnes qui les attendent et les applaudissent, ce sont des moments uniques à vivre. Et puis au cinéma, c’est évidemment le tournage de Josèphe où j’ai tout découvert. Être dans les coulisses est ce qui me plaît le plus. J’aime être dans l’ombre. Mon leitmotiv est d’essayer de faire rêver les gens. On vit dans un monde anxiogène et ce qui m’a fasciné dans la nuit, à 20 ans, c’est de donner un souvenir mémorable. J’ai toujours besoin d’avoir du sens dans ce que je fais. Et puis je dois l’avouer, je n’aime pas la simplicité. Au contraire, j’aime mieux la difficulté !
Quels sont tes prochains projets ?
Il y a le second long-métrage d'Anaïs, un thriller psychologique avec lequel on veut, cette fois, faire une vraie recherche de financements pour faire un film avec les budgets habituels. Ensuite, on est sur la production d’un court-métrage d’un acteur qui veut faire sa première réalisation. En parallèle, j’écris mon premier court. Avec Blue Face Films, notre société de production, on voudrait faire un ensemble de court-métrages pour en faire un long avec le thème de Paris la nuit.
Pour conclure cet entretien, aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?
« Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais » d’Oscar Wilde. C’est tellement vrai ! Parfois, il ne faut pas trop réfléchir et juste foncer ! »



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