Gaïo :"Le plus dur quand on est un créatif, c’est de garder la flamme allumée."
- Samuel Massilia

- il y a 1 jour
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Il a des mélodies plein la tête et a le réflexe de les manifester. Chez Gaïo, la musique s'impose comme une nécessité. Derrière chacune de ses compositions se dessine une même envie : chanter la vie et l'amour. Profondément habité, ses titres puisent autant dans les expériences du quotidien que dans une quête intérieure. Avec By The Way, son nouvel album attendu à la rentrée prochaine, Gaïo rassemble onze chansons écrites il y a plus d'une décennie et leur offre l'écrin qu'elles méritent. Bien plus qu'un simple retour sur son passé, ce disque ressemble à une réconciliation avec celui qu'il était : un geste artistique où chaque note porte la trace du temps écoulé sans jamais perdre sa nécessité. Rencontre.

« Gaïo, ton nouvel album By The Way sortira en septembre prochain. Quelle a été l’étincelle de départ ?
Cet album est né d’un élan pour boucler un grand chapitre de vie et aussi d'une envie de l’honorer et de le mettre en valeur après une accumulation d’années un peu difficiles. Pendant une année 2025 très intense à pas mal de niveaux, j’ai retrouvé un ami de cœur, Vincent Nasri, et je lui ai partagé mon projet de reprendre des chansons jouées pendant des années sur scène mais jamais enregistrées. Il m’a tout de suite suivi, il fait partie des premières personnes avec lesquelles j’ai commencé dans la musique. J’ai eu pas mal d'alignements avec cet album et comme je suis attentif aux signes, je sentais qu’on était sur le bon chemin.
Pour te donner un exemple, lorsque je cherchais un visuel pour la pochette, j’avais pour référence une petite série de photos faite avec un ex, en 2011. Et cette photo, je l’ai retrouvée dans mes vieux disques durs, ça a été une grande évidence ! Pourquoi en chercher une nouvelle alors que c’était tellement cohérent de choisir une photo datant de l’époque de ces chansons... Un autre exemple : je discutais d'une des chansons qui s'appelle By the way avec mon amie Suzy Deschamps qui réalise des pastilles vidéos pour l'album justement, et elle me dit : « Mais ça serait pas le nom de ton album ?! » Ça m'a encore frappé d'une grande évidence ! Vive les collabs, vive le travail en équipe !
Pour toi, quel est le fil rouge qui relierait les 11 titres qui le composent ?
C’est une histoire de mouvement permanent et de mon chemin sur lequel je ne me suis jamais arrêté. D'ailleurs, la chanson I walk illustre très bien ce propos ! On peut parler de doutes, d’expériences compliquées, mais ce qui compte, c’est de persévérer. Musicalement, cet album est pop folk et un peu soul, surtout guitare-voix, avec une touche d'ukulélé et des claviers avec un un côté chaleureux et intimiste. Et je me suis aussi régalé à travailler les arrangements vocaux qui sont d'ailleurs assez nombreux.
Cet album est une belle ballade, à la fois mélodieuse et qui entretient le dialogue avec celui ou celle qui l’écoute. Comme si tu chuchotais à nos oreilles…
Dans la conception de cet album, Vincent m’a invité à faire confiance au silence. Et ça m’a permis de me réconcilier avec la notion de pause, d’espace et de temps. Dans une période qui, a priori, va très vite, je pense qu’il est absolument nécessaire de se poser et de parler d’amour. Toutes mes chansons sont une espèce d’ode à l’amour sous plusieurs formes.

Comment s'est articulé ton travail avec Vincent Nasri ?
Vincent a un studio d’enregistrement chez lui et j’y suis arrivé avec toutes mes chansons, dont il connaissait la plupart. J'arrivais, on se posait avec un café, je lui jouais mes chansons et on discutait de la direction. D’entrée, je voulais aller à l’essence des choses. Une chanson peut avoir plusieurs versions, être arrangée de plein de manières ou amenée dans différents endroits, mais quand elle est en guitare-voix ou juste a capella avec des chœurs, elle retrouve toute sa vérité. Je voulais que ce soit brut. Vincent m’a aidé sur certaines harmonies, m’a fait des propositions d'arrangements comme pour le titre Come Você. Je la jouais à la guitare et il m’a demandé d’essayer avec le ukulélé. Quelle bonne idée ! Ça a fonctionné tout de suite et c'était cohérent avec mon souhait de lui donner une couleur un peu traditionnelle ! Pour la petite histoire, il y a pas mal d'années maintenant, j’ai rencontré Andrea, une Brésilienne, lors d’un voyage à Madrid et elle m’avait appris ces mots : « Com você tudo é mais bonito (Avec toi, tout est plus beau). La veille de mon retour en France j’ai écrit la chanson et elle me poursuit encore. Enfin, je la pose et lui fais honneur.
À quel moment tu sais que la chanson est terminée ?
Il faut le décider soi-même. Parce qu’elle peut ne jamais être finie ! Vincent m’a dit : « Entre deux sessions d’enregistrement, tant qu’on n’est pas au mixage, tu repars chez toi sans rien. Tu réécouteras quand tu reviendras au studio pour avoir les oreilles neuves. » Il avait raison, c'est une bonne technique ! Sinon, je les aurais réécoutés en boucle et ça aurait pu ne jamais s’arrêter, parce qu'au final on finit par se perdre.

Qu’as-tu ressenti en retrouvant ces morceaux ? Est-ce qu’en les réécoutant, t’as retrouvé le jeune homme qui les a écrites ? Si oui, qui était-il à cette époque ?
Intéressant ! N’étant plus la même personne, je ne peux qu’observer ce garçon d’une vingtaine d’années avec beaucoup d’affection. Artistiquement, il ressemble à celui qu’il est aujourd’hui et ce qu'il raconte vibre de la même manière. On dirait Jules César à dire « il » (rires). Mais tu me comprends… C’est pas mal, ça permet un recul. C’était un mec avec beaucoup de choses à dire, à partager. Il était aussi très torturé, angoissé, à fleur de peau. J’ai passé une vie à travailler sur moi. Maintenant, ça va mieux, j'avance plus sereinement. Je le regarde avec beaucoup de compassion, car ce n’était pas facile.
Les chansons de cet album ne sont pas toutes de la même époque, mais elles ont entre dix et quinze ans, quand même ! J’ai eu une période riche en concerts, en premières parties, une période aussi difficile que géniale. Le plus dur quand on est un créatif, c’est de garder la flamme allumée de manière durable et de ne pas rester focalisé sur une illusion de feu d’artifice. Le plus beau là-dedans, c’est de se trouver et de rester qui l’on est. On a été nourris, élevés au grain de la starification et je pense que cette société a voulu corrompre la plus belle chose de l’artiste : diffuser de l’amour. Alors que leur idée était d'attiser l’ego en chacun de nous pour que l'on se perde. C’est aussi la raison pour laquelle beaucoup de personnes ont baissé les bras. Il est important de remettre en question ce qu’on nous a inculqué. Le public a juste besoin de recevoir de l’amour et l’artiste le besoin de le diffuser. C’est tout ce qui compte, selon moi. Aujourd’hui, je suis heureux d’être devant toi avec cette flamme que j’ai réussi à rallumer au vol, parce qu’elle a failli s’éteindre. On peut physiquement en mourir. C’est une question d’équilibre, d’expériences et de décisions à prendre.
C’est difficile de dire non ?
J’ai appris à dire oui aux bonnes choses. Il est difficile de dire non quand on a des illusions de pseudo-grandeur, de fausse réussite. À une époque, des labels étaient intéressés par mon univers. On a eu des rendez-vous durant lesquels ils m’ont partagé leur goût pour ma musique. Mais ce que j’ai retenu, je le résumerais ainsi : « On adore ce que tu fais, mais ce serait bien que tu fasses autre chose. » Malheureusement pour eux, mon chemin m’a montré que je ne pouvais pas faire autrement que d'être qui je suis.

On va maintenant revenir à la source. Si je t’invite à fermer les yeux et à te souvenir du moment précis où la musique est entrée dans ta vie, tu vois quoi ?
Dans mon quartier, Cédric - mon ami d'enfance, un peu rock - a joué Zombie des Cranberries avec sa guitare électrique et je l’ai chanté. Je me souviens d’avoir aimé cette sensation-là. Peu de temps après, au collège, en sixième, j’entendais les sœurs jumelles Jessica et Caroline (elles formeront plus tard le duo Isaya) faire des harmonies. Ça m’a attiré et on est devenus amis. Ensemble, on est passé par des groupes de musique. Quand j'ai démarré Gaïo, elles faisaient mes chœurs, notamment. Elles font partie de ces rencontres inspirantes. La vie n’est faite que de miroirs et si on se plaît devant, on ne peut que continuer.
Quelle place occupait la musique à la maison ?
Je viens d’une famille ouvrière et ce n’était pas tant présent que ça mais j'ai clairement toujours été soutenu et encouragé par mes parents et mon frère. J’étais un enfant sensible, avec le besoin de m’exprimer d’une manière ou d’une autre. Ça a commencé par le dessin. J’étais beaucoup dans ma bulle et la musique m’a permis de m’ouvrir. Elle m’a sauvé, quelque part.
À l’adolescence, tu enchaînes les projets avec des groupes de reprises. Quelles images te reviennent de cette période ?
Au lycée, on pouvait se retrouver dans une pièce pour chanter avec d'autres élèves. C'étaient les premiers émois vocaux. Puis il y avait un groupe de gars, de skateurs, qui faisaient de la musique, du métal, du pop rock, et comme j’étais un électron libre, je suis allé avec eux. On a créé un groupe dont j’étais le chanteur et c’était une sensation de fou de reprendre des chansons pop rock !
Tu es un autodidacte ?
Je suis un homme de terrain (rires). Alors oui, j’ai pu prendre des coachings vocaux par périodes, mais j’ai beaucoup appris en pratiquant avec les groupes au lycée. À un moment, j’ai voulu entrer dans un conservatoire, à Istres, mais je n’aimais pas le côté académique. Je suis un instinctif, avec des élans de liberté. Je me souviens qu’avec les jumelles d’Isaya, Vincent Nasri et des copains musiciens, on jouait dans la rue, à Aix-en-Provence. La rue apprend à se confronter au non-regard des gens. Ils s’arrêtent souvent, mais ils ne sont pas là pour toi. C’est brut et dur. Et finalement, ça ne sert à rien de forcer les choses. Plus on les fait de bon cœur - et c’est la belle leçon –, plus ça risque de fonctionner.
Il y a des artistes qui écrivent pour raconter leur vie. J'ai plutôt le sentiment que toi, tu écris pour raconter ta vision du monde...
Merci ! Je me sens écouté (rires). J’ai beaucoup voyagé par rapport à la spiritualité. Il y a en moi une quête d’universalité, de voir les gens se rejoindre par l’expansion du cœur et l’éveil des consciences. À Aix, j’ai assisté à la conférence d’un maître tibétain, et ça a été une évidence. Six mois après, je suis parti en Inde. J’y suis resté quelques mois pour visiter le pays et faire des rencontres et j'y suis retourné pendant des années. On est tous là pour des choses différentes et moi, c’est pour faire monter la vibration.

Quels sont tes prochains projets ?
En ce moment, je reprends du service avec mon amie Anouk Aïata, une chanteuse folk exceptionnelle. On fait des concerts « secrets » chez des gens, dans leur jardin ou dans des lieux insolites. Je souhaite reprendre la route des concerts, des festivals, du partage de ma musique au monde. Un projet est en cours de création. Enfin, j’écris de nouvelles chansons et je suis dans un souhait de beaucoup plus chanter dans ma langue maternelle.
Pour conclure cet entretien, aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?
« I Believe I Can Fly. » (Au moment de conclure notre entretien dans un café d'Aix-en-Provence, quelqu'un, dans la rue, s'était justement mis à chanter ce morceau. Amusé par cette coïncidence, Gaïo en a fait sa citation de fin.) »



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