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Sébastien Abdelhamid : "Je suis un geek du travail."

  • Photo du rédacteur: Samuel Massilia
    Samuel Massilia
  • 25 mai
  • 4 min de lecture

Son regard de cinéaste ne consiste pas seulement à raconter une histoire, mais à saisir les secousses d'une époque, les zones de fracture d'une société et les visages qui en portent silencieusement les stigmates. Chez Sébastien Abdelhamid, l'esthétique n'est jamais décorative : elle devient un outil de narration. Présenté au Festival de Cannes, son premier court-métrage Ice Ice Bye Bye a reçu le prix Global Traveler Awards, confirmant l'émergence d'un auteur à la vision déjà affirmée. Rencontre.


© Nicolas Mondini
© Nicolas Mondini

« Sébastien, tu étais présent au festival de Cannes pour ton court-métrage Ice Ice Bye Bye. Comment ça s’est passé ?

Très bien ! C’était un vrai plaisir de pouvoir montrer le film pour la première fois en France. J’ai fait mes rendez-vous, rencontré des gens et le soir, j’étais dans ma chambre d’hôtel à travailler sur le prochain film. Je n’étais pas du côté des strass et des paillettes.


Quel a été le point de départ de ce film ?

Je vis à Los Angeles et, en regardant les actualités aux États-Unis, j’ai été révolté par ce qu’il se passait avec la police ICE. Ça m’a marqué de voir une famille séparée et une enfant en larmes. Beaucoup de sujets m’émeuvent et me touchent actuellement, mais pour celui-ci, je voulais exprimer de la meilleure façon ce cri de révolte que j’ai en moi.


Il y avait une urgence à le faire ?

J’écris assez vite. Je suis un geek du travail. L’écriture est un vrai plaisir, il faut certes trouver le bon rythme et équilibrer les actes, mais c’est une gymnastique que j’aime réellement. Je m’y mets du matin au soir, et parfois je laisse mon esprit se reposer. Pour ce film, il y a eu un mois entre l’écriture, le tournage et le montage.



La photographie est très soignée et la mise en scène nous plonge dans cette course contre la montre. Quelles étaient tes intentions artistiques et visuelles ?

J’ai mis beaucoup de cœur dans la mise en scène. On a tourné en lumière naturelle, à Los Angeles. C’était un parti pris, hormis dans l’épicerie où il y a un peu de lights puisqu’on est à l’intérieur. Dans mes films, la mise en scène doit servir le propos. Je ne veux pas seulement d’une beauté esthétique ; mes plans doivent raconter quelque chose. J’ai fait un repérage assez important pour trouver des lieux me correspondant, à la fois cinématographiques et reflétant la réalité. J’ai roulé à travers la ville pendant des heures et des heures, à prendre des notes, et j’ai également revu une centaine de films, des années 60 à 99, tournés à Los Angeles, pour m’imprégner, me nourrir. Dans mon travail, j’essaie de m’imbiber au maximum de chaque lieu pour trouver une énergie et réussir à capter ce que je veux vraiment.


Je voulais que le spectateur puisse se mettre dans les chaussures du personnage interprété par Mohamed Belhout - un ami de longue date - et ressente sa tension jusqu’au contrôle avec ICE. Derrière ces agents de police, il y a des hommes et des femmes, et on ne peut pas être dénué d’humanité. Au générique de fin, des panneaux mettent en avant les injustices, ce profilage illégal et le nombre de morts jusqu’à aujourd’hui. Quel est le prochain drame qui effacera le précédent et qui, lui-même, sera effacé par le suivant ? Aux États-Unis, la communauté citoyenne s’élève contre ICE.


Quelle place occupait le cinéma dans ton enfance, ton adolescence ?

J’ai été élevé par la télévision et j’ai littéralement grandi avec le Club Dorothée. Mon père était un passionné de cinéma et il m’a transmis sa passion. Il enregistrait beaucoup de films sur son magnétoscope et quand j’étais en vacances chez lui, il m’arrivait de regarder jusqu’à sept films par jour. Je suis quelqu’un qui parle en répliques de films (rires). Ça a pris énormément de place dans ma vie.


C’était davantage un moment de partage avec ton père ou bien une évasion ?

C’est une très bonne question. Je dirais un mélange des deux. Jusqu’à mes 13 ans, j’allais au cinéma avec mon père et je me souviens précisément des films qu’on a vus ensemble. C’était un de nos rares moments de communication. Puis c’était une évasion, aussi. Je ne partais pas en vacances, alors je me projetais dans l’univers que je voyais.


© Nicolas Mondini
© Nicolas Mondini

À quel moment tu t'es autorisé à passer à la réalisation ?

J’ai cette envie et ce désir en moi depuis toujours. J’ai eu besoin de me former, de comprendre et d’apprendre la grammaire cinématographique et de la déjouer ensuite. De voir les réalisateurs ayant inventé leur propre langage, comme Kitano. J’ai commencé par réaliser de la pub, certaines de mes émissions et un documentaire. Très vite, j’ai su que le documentaire n’était pas ce que je voulais faire. Quand je l’ai terminé, c’était pendant le Covid et j’ai eu plein de contraintes. Ça n’a pas donné la forme que je voulais à cause de ça. Puis la mise en scène s’est imposée. Je veux être le plus précis possible pour servir mon propos et mon message. Pour moi, le cinéma n’est pas un loisir. Je le prends extrêmement au sérieux et avec beaucoup d’humilité.


Pour conclure cet entretien, aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

J’en prendrais pour un dollar. Robocop. »

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© 2021 par Samuel Massilia.

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