Bertrand Uzeel, rire à la vie !

Son premier spectacle est un nouveau-né déjà adopté par le public. Bertrand Uzeel a la profession comédien dans la peau, le sens de l'innovation aussi, et un certain goût prononcé pour les nouvelles aventures. Aujourd'hui, Bertrand monte sur scène et se raconte avec maîtrise autour d'un sujet peu évoqué sous la forme humoristique. Rencontre avec Bertrand Uzeel, rire à la vie !


© Laurence Revol

« Bertrand, quelle a été l'étincelle de départ de ton premier seul-en-scène Adopte-moi si tu peux ?

Je n’aborde pas un thème facile. L’adoption est un sujet complexe qu’on connaît ou non. Mon histoire n’est pas forcément celle de toutes les personnes adoptées. Avec ce spectacle, j’essaie d’ouvrir la complexité de ce thème et de le rendre plus abordable. Au départ, c’était trop autobiographique puis je me suis rendu compte que les questions qui nous obsédaient étaient plutôt celles-là : Quelle est ma trajectoire de vie ? Quelle est ma quête d’identité ? J’ai voulu donner une vraie humeur à ce spectacle et créer une expérience de rires et de larmes avec le public. C’est assez jouissif à jouer !


L’adoption est un sujet qui ne met pas toujours à l’aise…

Le seul moment tragique de mon spectacle est l’annonce du départ de ma mère après être restée un mois avec moi. Cette nouvelle m’a traumatisé et c’est devenu une question existentielle dans ma vie. Et puis à un moment tu sors la tête de l’eau et tu te dis : et si ma thérapie n’est pas d’en rire ?


Ce spectacle est donc ta deuxième thérapie ?

Oui. Pour te dire, j’aurais aimé, enfant, voir un mec de quarante piges me raconter son histoire et donner de la légèreté à tout ça. Dans mon spectacle, je n’improvise pas mais en revanche, j’interagis énormément dans le regard. C’est ma façon de nous inviter à se regarder dans le miroir et à se marrer tous ensemble.


© Laurence Revol

L’humour accompagne ta vie depuis toujours ?

J’étais fils unique. Mes parents ont tellement galéré pour m’avoir qu’au vu de leur âge ils n’ont pas envisagé d’avoir d’autres enfants. Mon père adoptif était assez austère et je sentais en même temps que ma mère n’était pas heureuse tous les jours. Un enfant peut porter la culpabilité de ne pas être l’enfant que ses parents auraient voulu avoir. Ce sentiment m’a hanté toute ma vie et peut-être encore aujourd’hui… Mon seul outil pour contrer ça, pour montrer que j’existe, c’était l’humour. Tel un outil de compensation et une manière de se défendre.


Quelle était ton expérience sur scène avant ce spectacle ?

Un néophyte complet ! J’ai fait du théâtre quand j’étais gamin mais on ne peut pas parler de réelle expérience. Pour ce premier spectacle, j’ai eu la chance inouïe d’être tout de suite bien entourée. Mon metteur en scène Caroline Duffau a embrassé le projet et m’a tout appris d'A à Z. Naïvement, je pensais que monter sur scène se résumait à prendre un pied de micro et raconter son histoire… Mais non, ça ne se passe pas du tout comme ça. Il y a du jeu, des intentions, de la technique, de la respiration, c’est presque mathématique et je ne suis pas ingénieur de formation (rires). Par contre, je veux garder ma spontanéité. Il faut que je me serve aussi de cette innocence.


Une citation fétiche à me délivrer ?

Fred Testot m’a dit : la route est longue. Que ça se passe bien ou non, le chemin reste long. Il ne faut jamais s’arrêter de bosser et surtout, rester concentré sur soi et ne pas regarder les autres. Ce métier est un marathon, donc si je pars en sprint j’arriverais cramé avant Noël… Faire un spectacle est la chose la plus difficile que j’accomplis en ce moment dans ma vie. »