Caroline Godard, la nature du jeu !

Elle a la rigueur du théâtre, la discipline de la danse, la passion du cinéma et la folie de la lecture, Caroline Godard a la veine artistique. Cette jeune comédienne en herbe se voit jouer dans une comédie musicale et prendre part à la vie d'un personnage dans une série. Avec sa technique bien à elle pour apprendre ses textes et interpréter minutieusement ses rôles, Caroline est l'actrice multi-facette dont tous les réalisateurs rêvent. Rencontre avec Caroline Godard, la nature du jeu !


© Jean-Patrick Delmotte

« Quand est-ce que cette envie de devenir actrice est arrivée chez toi ?

Je faisais de la danse classique dans le but de devenir danseuse professionnelle. C’était ma passion, je ne vivais que pour ça. En étant dans les bonnes écoles parisiennes, j’ai été amenée à faire des castings pour des films qui cherchaient des danseuses. Ça a commencé un peu comme ça. J'ai fait de la figuration en danse quand je devais avoir douze ou treize ans. J'ai trouvé ça super sympa, j’ai bien aimé l'ambiance même si je voulais toujours être danseuse. Et puis progressivement, en voyant des annonces et l'esprit qu'il y avait sur les plateaux, j’ai eu envie de tenter le coup en commençant par des petits castings, puis en intégrant une agence de comédiens.


Les directeurs de casting qui m'avaient fait travailler comme danseuse m'ont parfois appelée pour des petits rôles. Je me suis prise au jeu, et là où ça a vraiment débuté pour moi c'était sur le tournage de Manipulations en 2012 où j’ai été prise notamment pour mes qualités de ballerine. Mon jeu d'actrice devait sûrement leur convenir également ! J'ai découvert le métier avec ce projet-là, et il y a eu un déclic.


Vers quel genre de cinéma aimerais-tu aller ?

En tant qu'ancienne danseuse et maintenant comédienne, ce qui me ferait rêver ce serait une comédie musicale, un peu comme La La Land, Chantons sous la pluie, Les Demoiselles de Rochefort. Même si je ne danse plus comme avant et que je n'ai plus le même niveau, le fait de s’émouvoir sur une musique, de chanter et de jouer serait le summum pour moi.


Après, je m'intéresse vraiment à différents types de cinéma. Lorsque j’ai fait mes études de cinéma à la fac de Paris 1, on a étudié la Nouvelle Vague qui est une période intéressante mais en même temps spéciale. C'est très riche mais on s'y perd un peu. C'est pour ça que je n'ai pas de genres en particulier.


© Jean-Patrick Delmotte

As-tu une technique bien particulière pour incarner tes rôles ?

Au début, je n'avais pas vraiment de techniques précises. Je répétais dans mon coin et parfois, si j'avais une copine de dispo je voyais avec elle. J’ai un peu de mal à travailler avec mes parents, il y a comme une espèce de timidité qui ressort. En 2016, j’ai fait un stage assez chouette de trois semaines. Il y avait plein de textes à apprendre. J'ai eu l'idée de m'enregistrer sur mon portable en jouant mon personnage avec la réplique. J'écoutais ça dans les transports en commun pour que ça reste dans ma tête et ça a super bien marché.


Ça te permet d'arriver en confiance sur le plateau...

C'est ça. Quand j’ai joué dans Plus Belle la Vie il y a deux ans, j'avais une journée pour tourner cinq épisodes. C'était très rythmé, il fallait que je connaisse mes textes par cœur. Avec ma technique, je n’ai pas eu de trou noir ni d’oublis. Ça m’a permis d’être sereine.


Quelles sont les facettes de ce métier que tu aimes le plus ?

Ce qui est génial c'est d'entrer dans la peau d'un personnage et d'apprendre son métier, son univers. J'ai joué une princesse moyenâgeuse (Maximilian & Marie de Bourgogne), ce qui n'est pas courant dans la vie de tous les jours (rires). Il y a ce côté de métamorphose, c'est comme quand on est enfant et qu'on se déguise pour jouer au prince et à la princesse. Il n'y a que ce métier qui le permet aujourd'hui donc c'est magique.


© Jean-Patrick Delmotte

Comment nourris-tu ton travail d'actrice ?

Je regarde beaucoup de films, même ceux qui à première vue ne me plaisent pas trop. J'aime beaucoup le cinéma mais je n'ai pas tendance à aller souvent dans les salles. Par rapport à mon travail de comédienne, j'essaie d'enregistrer toutes les émotions par lesquelles je passe dans la journée mais aussi avec la réaction des gens dans la rue. J'essaie de faire comme un memento.


Télévision, cinéma mais peu de théâtre. Pourquoi ?

L'an dernier, j’ai fait la connaissance de Julien Boissier-Descombes, le directeur du café-théâtre de la BDComédie d'Angoulême, et il m’a confié qu'il recherchait une jeune actrice pour début janvier pour une pièce écrite par mon ami Tom Trondel (Le charentais). Ce que j'aime au théâtre, ce sont les comédies. Par contre, tout ce qui est pièce ancienne, du Molière ou du Corneille, ça me crispe.


En montant sur les planches en janvier dernier, j’ai découvert la rigueur du théâtre. Avoir la réaction à chaud du public qui varie chaque jour, c'est génial. Quand on est sur un tournage, on tourne, on a le retour du réal, il se passe un temps, le film se monte et il est distribué un ou deux ans plus tard. Et les seuls retours que l'on peut avoir sont ceux de nos proches ou du public sur les réseaux sociaux. C'est pour ça que pour moi, le retour du public au théâtre est précieux.


Tu as découvert la rigueur mais aussi cette adrénaline de la scène...

C’est simple, j’ai perdu deux kilos en un mois (rires). J’étais incapable de manger avant de monter sur scène. Ça me rappelle le temps où j’étais danseuse, même si la sensation n’est pas pareille. Jamais on ne pourra remplacer le bonheur que j'avais à monter sur scène en tant que danseuse. C'est indescriptible.


Ça veut dire que dans la peau de danseuse ou de comédienne, le rapport avec la scène n'est pas le même ?

Par la danse, tu dois t'exprimer sans parler. Le public est obligé d’être hyper attentif parce qu’il n’a que ton corps et la musique pour comprendre l'histoire du ballet, les émotions que tu souhaites faire partager. Alors que dans une pièce de théâtre, on parle, on explique les situations, le public n'a pas à chercher trop loin puisqu'il connaît déjà les personnages et l'histoire. La danse c'est comme une personne muette qui va devoir trouver des solutions pour se faire comprendre.



La danse qui est un milieu artistique loin d'être évident forge pour entrer dans le cinéma qui est tout aussi particulier ?

Ça m’a donné une certaine rigueur, une écoute attentive et un bon placement dans l'espace qui est très important sur les tournages mais aussi au théâtre. Tout le monde devinait que je venais de la danse. Mon physique y joue beaucoup, je suis un peu fluette avec le port de tête de danseuse, ça ne me quittera jamais.


On connaît la précarité de ce métier, et quand tombe une période de confinement qui laisse place à un vide artistique par exemple, comment fait-on pour rester dans la création ?

L'an dernier, j’ai fait une formation de lectrice-correctrice pour ne pas rester sans rien. Psychologiquement c'est très difficile, on a l'impression d'être nul, de ne savoir rien faire alors qu'on sait que c'est faux. Un coup ça va très bien, un autre coup c'est plus calme. J'ai reçu mon certificat il y a quelques mois, je suis encore débutante dans ce domaine mais étant passionnée de lecture, ça me permettra de compléter ces petits moments de vide.


Hormis cette passion pour l’acting, as-tu un ou plusieurs autres hobbies ?

La lecture. J'adore lire. C'est un peu comme si j'avais mon petit jardin secret. J'ouvre mon livre et je suis dans ma bulle de bien-être. J'ai cette sensation-là que je n'ai pas toujours quand je regarde un film ou une série. Le temps et les technologies passent mais le livre est toujours là.



Quels sont tes futurs projets ?

Il y a des idées. Plusieurs mois avant le confinement, on parlait des pièces qu'on pourrait jouer à la fin de l'année. Sauf que là, pour l'instant, les théâtres et cinémas sont ouverts mais il y a un espèce de temps suspendu où on ne peut pas prévoir. Ce n'est pas qu'il n'y a rien, mais pour l'instant je ne peux rien te confirmer. J'ai repris les castings, en attente de décisions. Peut-être que dans trois semaines je pourrais te donner des infos plus précises (rires). Quand on écoute les médecins, il y en a qui sont relativement positifs et d'autres qui nous annoncent que ça va revenir en trombe, c'est une ambiance anxiogène. Beaucoup de tranches de métiers sont sur le qui-vive. Ça nous mets en stand-by et c'est très frustrant.


Aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

« Au point où l'on en est, autant foncer ». On s'est retrouvés confinés dans une période apocalyptique, je ne vois pas ce qui peut nous arriver de pire (rires).


Que peut-on te souhaiter pour le futur ?

Que ce virus disparaisse. Et qu'un jour je décroche un rôle dans une comédie musicale ainsi qu’un rôle récurrent dans une série. »

© 2018 par Samuel Massilia.