Dina Jeanne : "C'est un EP "concept" racontant le chemin d'une histoire d'amour."
- Samuel Massilia

- il y a 5 heures
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À quelques semaines de la sortie de son premier EP, Dina Jeanne déroule le fil d’un parcours intime, fait de chansons écrites dans la solitude d’une chambre, de premières scènes apprivoisées pas à pas et de rencontres déterminantes. Son nouveau single Tu me plais, partagé avec Benjamin Biolay, marque une étape forte dans cette trajectoire sensible où l’amour, la transmission et la mémoire occupent une place centrale. De la scène à la famille, des collaborations artistiques aux influences fondatrices, Dina Jeanne se raconte avec une sincérité désarmante, guidée par les mots, la musique et une certaine idée du destin. Rencontre.

« Dina, ton dernier single Tu me plais en duo avec Benjamin Biolay est disponible sur toutes les plateformes de streaming. Quelle présentation en ferais-tu ?
C’est une chance exceptionnelle. Je ne me remets toujours pas de voir cette chanson exister (rires). Je l’ai écrite il y a un an et demi dans ma chambre puis au bout du deuxième couplet, j’entendais la voix de Benjamin Biolay. Il y a quelques années, je faisais ces premières parties à l’occasion de sa tournée Grand Prix. Il m’a entendu plusieurs fois chanter et de temps en temps, j’osais lui parler de l’avancée de mon projet. Il m’a donné beaucoup de conseils et alors que cette chanson était balbutiante, elle lui a plu et il m’a parlé de la terminer ensemble en studio. C’est ce qui se passera plusieurs mois plus tard quand il aura terminé l’enregistrement de son album. Il m’a envoyé un message et proposé d’arranger la chanson avec son équipe. Il a écrit ses couplets et fait tous les arrangements. Ça a été très fluide. C’est un peu une consécration pour moi d’avoir cet artiste-là sur mon EP.
Ces premières parties ont été quel exercice pour toi ?
Son public est bienveillant. Ils m’écoutaient sincèrement et c’est très agréable car ce n’est pas toujours le cas. Le public de Benjamin Biolay aime les textes, est habitué à écouter chaque détail de la musique de leur artiste. Sur certaines premières parties, les gens continuaient à s’installer dans la salle ou bien la lumière n’était pas encore allumée, donc il fallait trouver un moyen de captiver le public et ce n’est pas toujours facile, surtout quand on fait de la chanson française comme moi. Ça reste une super expérience et l’opportunité de rencontrer un public et d’avoir la pression de le convaincre.
As-tu le souvenir de ta première scène ? Qui était ton premier public ?
Pour ma première expérience sur scène, j’ai déposé le micro et je me suis enfui tellement j’avais peur. Pourtant, c’était devant 20 personnes de mon village. Plus tard, j’ai fait une école d’art du spectacle et j’étais sur scène tous les trois mois. La scène, j’y suis allé petit à petit.
Le 13 février 2026 sortira ton premier EP, Itinéraire d’un amour. Quelle sera sa couleur, son fil rouge ?
C’est un EP « concept » avec huit titres racontant le chemin d’une histoire d’amour : la rencontre, la passion, la séparation, le manque et la conclusion que je ne vends pas tout de suite. On restera dans une esthétique chanson française avec quelques influences d’aujourd’hui. J’ai voulu raconter un attachement spécifique et j’espère que mon introduction se voudra universelle.
Comment a-t-il été fabriqué ?
Il a fallu beaucoup de temps (rires). J’ai écrit la première chanson il y a quatre ans sans l’objectif d’en faire un EP. Puis au bout d’une troisième chanson d’amour, j’ai eu cette envie-là, de raconter ce que je ressens. J’ai donc fait des maquettes de mon côté et enregistré des pianos, des guitares et mes chansons de façon sobre avant de les envoyer à Damien Fleau, un arrangeur jouant de tous les instruments et ayant récemment travaillé sur le documentaire de La Haine. J’aime son œuvre et il a apporté sa patte sur cet EP.

En attendant sa sortie, on peut écouter le titre Ce soir, en featuring avec L'oiseau noir. Comment vous êtes-vous rencontrés et comment avez-vous travaillé ensemble ?
Il y a trois ans, L’oiseau noir m’a contacté sur Instagram. Il était en pleine préparation de son premier album et, en voyant une de mes compositions, il m’a écrit pour dire que nos univers se ressemblaient et m’a proposé d’écrire une chanson ensemble. Lors de notre rencontre, ça a matché artistiquement et on l’a écrite pour son album. Quelques mois plus tard, je sors d’une histoire d’amour, je romps et le vis très mal. De son côté, L’oiseau noir vivait la même chose. Je commence alors l’écriture de Ce soir et arrivée au deuxième couplet, je sèche complètement. Il me fallait une réponse masculine et il a écrit la suite.
Ton premier featuring, tu l’as fait avec ta grand-mère. Comment est née Une chanson pour ma grand-mère ?
D’une rupture. Tu vas croire que je me suis fait beaucoup larguer dans ma vie (rires). À 23 ans, j’ai vécu une histoire d’amour compliquée et j’étais très mal quand elle s’est terminée. J’ai alors appelé ma grand-mère et elle m’a raconté son histoire d’amour de jeunesse. Sa morale est que les choses n’arrivent pas comme on voudrait qu’elles arrivent. Elle m’a donc raconté cette histoire avec son marin quand elle avait 17 ans et je l’ai trouvée si belle et inspirante. Elle en avait tiré cette leçon : si j’ai été avec cet homme, c’est parce que vous deviez exister, mes enfants et mes petits-enfants. Comme c’est son histoire, je voulais qu’elle parle à travers la chanson et on l’a enregistrée un peu à l’arrache dans sa maison en Corse. L'ingénieur du son a galéré parce qu’on entendait les cigales derrière elle (rires). Une fois la chanson enregistrée, je n’étais même pas certaine de vouloir la sortir. Et puis, un été, j’ai pris un caméscope et j’ai commencé à tourner des images de la Corse, de ma grand-mère, de ma famille, et j’ai demandé à un copain, Maxime Garreau (un super réalisateur), d’en faire un clip et il l’a fait en une journée, en comprenant l’essence de ce que je voulais.
Comment est née ta passion pour la musique ?
J’ai l’impression qu’elle est là depuis toujours. Je n’ai pas de musiciens dans ma famille, mais j’ai de grands amateurs de musique. À la maison, mon papa écoutait Étienne Daho, ma maman la chanson française et mon grand-frère a eu sa période de hip-hop et de rap. En passant d’une pièce à une autre, il y avait une musique différente. Mes parents sont des gens passionnés et ils m’ont toujours poussé à faire ce que j’aime. Je n’ai pas eu de limites dans l’exercice de ce que je ressentais.

Quel a été ton apprentissage de la musique ?
Enfant, j’ai fait des cours de comédies musicales, deux heures par semaine. Pour les instruments, j’avais envie d’apprendre mais j’étais tellement timide qu’il était difficile pour moi de prendre des cours individuels. J’ai donc commencé par apprendre toute seule dans ma chambre. Puis, à 19 ans, je suis montée à Paris pour faire une école d’art du spectacle. Il y avait beaucoup de théâtre et ça m’a permis de lutter contre ma timidité qui m'asphyxiait un peu.
Quels sont tes prochains projets ?
Une grosse release party de l’EP arrivera en février et j’espère avoir plein de dates et de premières parties.
Est-ce qu’il y a l’envie de tourner un clip prochainement ?
Malheureusement, on n’est plus trop dans l’ère des clips. Dans la musique, on me dit que les gens sont aujourd’hui plus friands des formats courts sur les réseaux sociaux, Instagram et TikTok notamment. On en a tourné et on les publiera prochainement. Sinon, on a tourné un seul clip en plan séquence. Il a été réalisé par Maxime Garreau et sortira en février.
Pour conclure cet entretien, aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?
Je vais commencer avec la citation de ma grand-mère : « Les choses se font comme elles doivent se faire. » Elle croit beaucoup au destin. Cette citation a suivi ma vie. Autrement, je peux conseiller les belles phrases et les beaux mots du poète Louis Aragon. Sa façon de voir l’amour et d’écrire sur sa femme ont été assez déterminantes dans mon rapport à l’art, à l’écriture, à la musique et à l’amour. »







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