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Xavier Samuel : "À Varanasi, le chaos avait pour moi un effet apaisant."

  • Photo du rédacteur: Samuel Massilia
    Samuel Massilia
  • il y a 1 jour
  • 5 min de lecture

Porté par une curiosité profonde pour les cultures et les zones de fragilité humaine, Xavier Samuel trace un parcours artistique marqué par l’exigence et l’ouverture. Il choisit des projets qui interrogent le monde plutôt que de le simplifier et des films qui laissent place à la beauté des instants suspendus. Son travail s’inscrit dans un cinéma de l’expérience : un cinéma qui traverse les frontières, interroge l’intime et fait du voyage — géographique autant qu’intérieur — une matière vivante. Un acteur pour qui jouer n’est jamais une démonstration, mais une quête. Rencontre.


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« Xavier, vous êtes à l'affiche du film The Great Departure, projeté jeudi à 14h au Christine Cinéma Club. Qu'est-ce qui vous a séduit dans le scénario de Sonal Sehgal et vous a donné envie d'y jouer ?

Il y a eu plusieurs raisons. Sonal écrit avec beaucoup d'éloquence et de courage. Le fait que le film offre une voix et une perspective féminine sur les défis auxquels les femmes sont confrontées dans la société indienne m'a également beaucoup plu. Les thèmes abordés sont très forts. L'un des personnages fuit la violence et la misogynie masculines et tente de se frayer un chemin dans une société profondément marquée par les préjugés envers les femmes, tandis que l'autre échappe à une société superficielle, futile et matérialiste. Ces deux personnages aspirent à se libérer de l'emprise et recherchent leur autonomie.


Au-delà d'un parcours initiatique, c'est aussi une histoire d'amour. J'ai été particulièrement touché par l'idée que certaines personnes entrent dans notre vie pour une raison. Ces deux personnages ont besoin l'un de l'autre à ce moment précis de leur existence et, même si leur avenir commun est incertain, voire impossible, ils avaient besoin l'un de l'autre à cet instant précis. Dans leur vie, leur relation n'a pas besoin d'être éternelle. Une perspective différente sur la romance que l'on voit habituellement au cinéma. L'idée que le film puisse aborder ces thèmes complexes avec légèreté, tout en restant sincère, en faisait une opportunité extrêmement stimulante. C'était aussi l'occasion de découvrir l'Inde, et en particulier Varanasi. Sans oublier que le film était réalisé par Pierre Filmon, un réalisateur passionné, réfléchi et très collaboratif.


Comment décririez-vous votre personnage ?

Perdu. Il est aveuglé par les arbres. Au fond de lui, il sait que quelque chose doit changer dans sa vie. Il a donc brusquement quitté son ancienne vie et s'est retrouvé, soudainement, en Inde. C'était une décision totalement spontanée, mais si rien n'avait changé, le schéma sordide de son existence aurait fini par le détruire.



Comment était-ce de jouer avec Sonal Sehgal ? Comment avez-vous travaillé ensemble ?

Sonal est une scénariste brillante et inventive, une actrice généreuse qui n'a pas peur de prendre des risques et d'affronter des rôles difficiles. Des thèmes difficiles abordés de front. Ce fut un grand plaisir de travailler ensemble, car notre méthode de travail était très collaborative. Nous avons expérimenté, joué avec chaque scène et cherché à explorer les profondeurs de la vérité. Peu de gens ont la clairvoyance et le courage d'écrire sur des sujets qui les touchent si profondément. Pour cette raison, et bien d'autres, je l'admire beaucoup.


Le réalisateur Pierre Filmon m'a dit que vous aviez joué aux côtés du jeune Shivam sur le plateau. Comment était-ce de jouer avec lui et de gagner sa confiance sur un tournage ?

Je me suis senti très chanceux d'avoir rencontré Shivam. Sa joie est contagieuse ; tout le monde la ressentait sur le plateau et je suis sûre que vous la ressentirez en regardant le film. Il est tellement divertissant et attachant. Nous avons passé de très bons moments à travailler ensemble. Entre les prises, nous passions du temps ensemble à discuter, à jouer au cricket et à tisser des liens forts. C'est l'acteur le plus charismatique avec lequel j'ai jamais travaillé, un talent naturel. J'ai hâte de voir son prochain film.


Xavier Samuel avec Shivam sur le tournage du film The Great Departure
Xavier Samuel avec Shivam sur le tournage du film The Great Departure

Le tournage a duré 27 jours à Varanasi et dans ses environs. Quelles images vous ont le plus marqué ?

La lumière y est différente. Varanasi est un lieu vraiment exceptionnel. C'est une ville ancienne, et il est saisissant de réaliser qu'elle existe depuis si longtemps et qu'elle est toujours là. Essayer d'imaginer toutes les vies qui s'y sont déroulées donne l'impression de léviter. Je me suis senti très chanceux d'avoir pu la visiter. La décrire serait certainement insuffisant ; il faut vraiment le vivre. Nous y étions pendant le festival sacré, et tout le monde se jette de la peinture colorée. C'est une célébration joyeuse et frénétique. Je n'oublierai jamais le réalisateur Pierre Filmon et notre chef opérateur Dominique Colin revenant du festival couverts de peinture de la tête aux pieds. C'était hilarant, ils étaient pleins d'adrénaline. Les gens viennent du monde entier pour visiter Varanasi, il y a donc énormément de monde, plus que je n'en ai jamais vu au même endroit. De ce fait, cela peut être bruyant et chaotique, mais étrangement… Le chaos avait pour moi un effet apaisant… et j’ai constaté que tout le tumulte intérieur que je ressentais s’évaporait comme par magie. J’ai eu l’occasion d’aller à Varanasi quand j’étais adolescent, mais cela ne s’est pas fait. Je me souviens d’avoir eu le sentiment d’avoir raté quelque chose d’important, alors avoir une seconde chance d’y aller était incroyable… c’était vraiment exceptionnel.


Le directeur de la photographie Dominique Colin et le réalisateur Pierre Filmon après la fête des couleurs
Le directeur de la photographie Dominique Colin et le réalisateur Pierre Filmon après la fête des couleurs

Comment est né votre désir de devenir comédien ?

J’ai eu un professeur formidable au lycée, qui m’a vraiment inspiré et m’a initié au théâtre. C’était tellement passionnant et joyeux ! J’ai donc entrepris des études d’art dramatique, où j’ai découvert la joie que procure la communauté qui se forme lorsqu’on travaille sur une histoire, mais aussi le plaisir de réfléchir seul à une scène.


Quel rôle le cinéma a-t-il joué chez vous pendant votre enfance et votre adolescence ?

Quand j’étais petit, je passais des heures au vidéoclub avec mon frère Benedict et on louait autant de films que possible. On avait les bras chargés de cassettes VHS. On regardait tout ce qu’on pouvait. Mes parents sont tous les deux enseignants et ils m’emmenaient aussi beaucoup au théâtre, ce qui, je pense, a également joué un rôle. La dernière fois que j’étais à Paris, j’ai découvert un vidéoclub appelé Vidéo Club, rue Caulaincourt… J’ai tout de suite appelé mon frère ; c’était un vrai retour en arrière de me retrouver dans un vidéoclub.


Shivam, Sonal Sehgal et Xavier Samuel sur le tournage du film The Great Departure
Shivam, Sonal Sehgal et Xavier Samuel sur le tournage du film The Great Departure

Comment avez-vous appris ce métier ?

J'apprends encore ! Chaque nouveau projet est une occasion d'apprendre, et je ne pense pas que l'apprentissage s'arrête un jour. J'ai étudié pendant quatre ans au Flinders University Drama Centre sous la direction de Julie Hollege. Ce fut une période exceptionnelle, et je me souviens que chaque seconde passée avec elle était une révélation. J'apprends aussi beaucoup en parlant avec mes amis proches et avec mon frère, qui est également acteur. Je compte beaucoup sur lui pour les projets ; il est tellement intelligent et possède un instinct très aiguisé.


Vous souvenez-vous de votre premier tournage ? Comment vous sentiez-vous ?

Mon premier tournage était pour un film intitulé September. Je suis presque sûre d'avoir ressenti la même chose que d'habitude : de l'excitation, de la nervosité et une immense chance.


L'équipe de tournage du film The Great Departure
L'équipe de tournage du film The Great Departure

Quels sont vos projets à venir ?

Send Help est un film réalisé par Sam Raimi qui sortira en janvier. Je viens de terminer le tournage d'une nouvelle série passionnante intitulée The Killings At Parrish Station, réalisée par Daniel. Nettheim et jouer aux côtés de Mia Wasichowska.


Pour conclure cet entretien, auriez-vous une citation fétiche à me délivrer ?

Préférée ? J’en ai beaucoup ! Surtout des poèmes et des chansons, mais j’aime particulièrement celle-ci de Goethe : « Tout ce que tu peux faire, ou rêver de faire, commence-le. L’audace recèle du génie, de la puissance et de la magie. »

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© 2021 par Samuel Massilia.

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