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Collëtte : "Je pensais seulement chanter juste et ne pas avoir une jolie voix."

Photo du rédacteur: Samuel Massilia
Samuel Massilia
il y a 11 heures
4 min de lecture

Elle a longtemps douté de cette voix qui lui ouvre aujourd’hui tant de possibles. Avec Interdits, son premier album, Collëtte prend sa place et se livre au fil de onze chansons où l’écriture mène la danse. Les amours, les silences, ce qu’on peine à s’avouer : elle cherche les mots, creuse, ose, entourée de musiciens qui l’aident à donner corps à ses intuitions. De la pop au piano-voix, on découvre une artiste qui s’autorise enfin à suivre ses envies. Et qui fait de cette liberté conquise une invitation à trouver la nôtre. Rencontre.


© Lisa Pignede
© Lisa Pignede

« Collëtte, ton premier album Interdits est disponible sur toutes les plateformes de streaming. Quelle a été l’étincelle de départ ?

Je l’ai eue à une résidence entre artistes en mai 2024. J’ai rencontré Oze et ensemble, nous avons commencé à travailler sur un texte que j’ai retrouvé, les prémices du titre Rêve. Cet album raconte une histoire de A à Z. Tous les titres ont la même quête : celle de se comprendre soi-même pour mieux comprendre les autres.


Comment as-tu travaillé les textes et les sonorités des onze chansons ?

Elles ont toutes commencé par le texte. Avec le recul, je crois qu’il y avait une urgence de guérir à travers cet album. Les paroles ont trouvé leurs accords et leurs mélodies, puis le travail a continué avec Bruno Rougevin-Baville et Camilo Archain. Avec Oze, ils ont enrichi le projet et lui ont permis d’aller vers plus de vérité. Cet album aurait été moins sincère si je n’avais pas travaillé avec ces personnes dont j’ai totalement confiance. Je n’aurais pas osé aller au bout de mes idées et de ce que j'avais à me raconter.


Comment le mot Interdits s’est imposé pour nommer l’album ?

Interdit veut littéralement dire : « ce qui est dit entre les gens ». Le thème du silence et du tabou est abordé dans l’album. Dans mes chansons précédentes (notamment dans Peur de l’amour, issu de mon premier EP) et dans celles de l’album, le mot interdit revient à plusieurs reprises. C’est ce qui m’a donné envie de le choisir.


© Athénaïs Besnard et Mathieu Schumeng
© Athénaïs Besnard et Mathieu Schumeng

L’album commence par une conversation avec ta grand-mère, Colette. Pourquoi tu voulais qu’on entre dans ton univers en l’entendant discuter avec toi ?

J’ai eu besoin de raconter l’origine de mon nom d’artiste et aussi eu l’envie de commencer par un moment spontané. J’ai retrouvé cet audio avec ma grand-mère et c’est le seul titre de l’album pour lequel j’ai composé la prod toute seule (sans oublier le piano de Bruno). J’allais souvent la voir dans sa maison de retraite et dans sa chambre, on avait des discussions un peu hors du temps. Je pense que ces moments-là, on ne peut les vivre que dans ces endroits-là avec les personnes âgées. Le temps est plus long. Je trouvais ça tellement beau quand elle me posait des questions si précises comme : « Est-ce que tes yeux sont verts ou bleus ? » Elle se la posait vraiment ! Puis elle faisait une comparaison avec ses propres yeux. Ma grand-mère me demandait aussi ce que je faisais et, à ce moment-là, la musique commençait à reprendre de l’importance dans ma vie, avant même que j'envisage la création de cet album et d’emprunter ce nom d’artiste.



Si je te demande de fermer les yeux et de penser à ton premier souvenir lié à la musique, qu'est-ce qui te revient spontanément ?

C’est un bon exercice (rires). J’ai cinq ans et je passe une audition pour rentrer dans une école primaire à horaires aménagés en musique. L’audition a eu lieu dans un préfabriqué, dans la cour de l’école. C’était le début d’une passion musicale. J’ai ensuite pratiqué beaucoup d’instruments : trois ans de guitare classique, huit ans de flûte traversière. Le chant, par contre, n’avait pas beaucoup de place. Puis j’ai mis la musique de côté…


Tu as, entre autres, travaillé dans le marketing pour une entreprise de joaillerie. Quand tu t’es lancé dans la musique en partant de zéro, par quoi as-tu commencé ?

Par douter (rires). Le côté positif, c’est la rencontre des personnes qui arrivent sur notre chemin. Dans mon premier EP, j’ai testé beaucoup de styles différents, à la fois pop et piano-voix. D’ailleurs, ça continue dans cette veine-là avec Interdits. Toutes mes rencontres m’ont permis de m’autoriser à essayer plein de styles et donc de me peaufiner et de me rapprocher de moi-même.


En parlant de rencontre, un voisin producteur a entendu ta voix et t’a écrit sur Facebook qu’elle méritait d’exister. Qu’est-ce que ce retour a déclenché chez toi ?

C’était assez fou ! Je me sentais comme dans un film. Je venais d’acheter un clavier pour jouer du piano et dans le même temps, je découvrais que je pouvais chanter en m’accompagnant. Mon voisin a été assez équivoque en me disant que ma voix avait de belles émotions à transmettre, à faire vivre. Et ça a été le début d’une longue prise de conscience. Au début, je n’y croyais pas du tout. Je pensais seulement chanter juste et ne pas avoir une jolie voix.


Bruno Rougevin-Baville, Collëtte et Oze
Bruno Rougevin-Baville, Collëtte et Oze

Cette voix, on va l'entendre le 26 novembre prochain dans la salle de l'Archipel, à Paris. Comment te prépares-tu ?

La préparation est multiple, mais avant tout matériel. On a fait une résidence avec mes musiciens. Ils ont travaillé en studio avec moi, donc on vit cet aboutissement en équipe. Maintenant, on peaufine les derniers détails avec les répétitions et on prépare des surprises pour cette date qui va lancer le projet Interdits en live.


Pour conclure cet entretien, aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

« Maintiens la vision que t’as au fond de toi et fais confiance au processus. »

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© 2021 par Samuel Massilia.

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