Emmanuelle Bouaziz, le goût du jeu !

Patience et persévérance sont les clés de la réussite. Emmanuelle Bouaziz est une artiste boulimique de travail. D'un pas décidé, Emmanuelle utilise toutes les formes artistiques pour s'exprimer et raconte avec gourmandises ses expériences à l'écran ou sur les planches, en France ou en Angleterre. Rencontre avec Emmanuelle Bouaziz, le goût du jeu !


© Laurence Guenoun

« Comment vis-tu cette période qui nous prive d'accès à la culture ?

Je le vis mal (rires). C’est une période très compliquée pour le monde entier même s’il y a des pays qui ont autorisé l’ouverture des théâtres et des cinémas. Aller au cinéma, c’était ma passion, c’est ce que je faisais le plus dans ma vie. En ce moment c’est très enfermant et ça empêche la réflexion, l’imagination, les connexions sociales, ce n’est vraiment pas évident. Maintenant, j’ai plutôt bon espoir et je sais qu’à un moment ça va revenir. Il y a déjà eu beaucoup d’événements dans les siècles et millénaires passés, on s’en est toujours sortis. Donc il n’y a pas de raisons qu’on ne s’en sorte pas. Depuis un an, on fait tout pour que la revalorisation de la culture soit établie.


Au début de l'année, tu as terminé le tournage de la 11ème saison de Clem

On a commencé le tournage en septembre et on l’a terminé en février. Entre-temps, il y a eu un deuxième confinement et avec beaucoup de contraintes liées au COVID, ça a pris un peu de temps. C’était super chouette d’avoir cette chance de travailler, en plus pour ce projet-là. Tout le monde s’est donné à fond pour que les conditions ne soient pas trop contraignantes et qu’on puisse faire une belle saison. C’est une production que j’adore. On trouve des solutions et on s’adapte. Personne n’a perdu la foi et la flamme. Dans cette saison 11, on peut s’attendre à pas mal de rebondissements et à pas mal de surprises. Je n’en dis pas plus (rires).


Danseuse, chorégraphe, comédienne et chanteuse, d’où te vient cette curiosité artistique ?

Mes parents ne sont pas du tout dans le milieu artistique. Mon père était biologiste et ma mère infirmière. Ils avaient un goût très prononcé pour la culture en général, la musique et le cinéma en particulier. Mon père était un grand cinéphile, j’avais deux ans et demi la première fois que je suis allé au cinéma (rires). J’allais voir beaucoup de spectacles pour enfants. La musique a toujours résonné dans mon corps, je faisais des chorégraphies dans la cour de récréation sur les génériques de dessins animés. À la maison, on jouait beaucoup de piano. J’ai un peu baigné là-dedans et j’ai décidé d’en faire mon métier. Ça aurait pu rester une passion, un hobby, mais je me suis plongée corps et âme dedans.


Mes parents m’ont au départ dissuadé. Ce genre de métier fait toujours un petit peu peur, de par l’instabilité, le nombre de gens qu’on rencontre, ça bouffe énormément d’énergies et quand on ne connaît pas c’est assez impressionnant. Juste avant de passer le bac, je m’étais inscrite à la fac et mon père m’a demandé comment ça s’était passé, moi je voulais juste danser, faire une école de danse et passer mon diplôme de professeur de danse. J’étais tellement sûre de moi qu’il n’a pas eu le choix (rires).


© Laurence Guenoun

Tu commences tes premiers projets entre clip et télé...

Le jour de mon anniversaire, j’ai passé ma première audition pour un clip et je l’ai eu. J’étais hyper contente et puis après ça s’est fait au fur et à mesure. Tu passes d’autres auditions où tu te casses la gueule, on ne te prend pas mais on ne sait pas pourquoi ou alors on te prend puis on te rappelle pour te dire qu’on s’est trompé d’Emmanuelle (rires). Quand tu continues malgré tout ça, c’est que tu ne te poses pas tant de questions.


Mon premier contrat en tant que comédienne adulte c’était Cocktail de filles. J’ai postulé, on m’a auditionné et elles ont créé un rôle pour moi. C’était génial. J’avais un trac monstrueux, j’étais un peu verte comme on dit pour débutante (rires). Ça s’est super bien passé et ça m’a permis de trouver mon premier agent et passer mes premiers castings.


On a pu te voir dans Roméo et Juliette, Fame, Mamma Mia ou encore 1789, les Amants de la Bastille. Quelle sensation cela te procure à chaque fois ?

J’ai adoré. Pour beaucoup, c’était des grosses productions. On est nombreux et on travaille main dans la main. Dans tous ses spectacles, j’avais plusieurs rôles, je n’étais pas que chanteuse, danseuse ou comédienne. Je faisais les trois. Parfois, je doublais d’autres rôles. Ça m’a appris à avoir une vision globale d’un spectacle et à être efficace très rapidement. J’ai déjà fait des remplacements de derniers moments sur des tournages ou des spectacles, les gens savent que je travaille vite. On peut être appelé le jour même, il faut être prêt. C’est une vraie dynamique de travail, d’efficacité et d’ouverture sur tout ce qu’il se passe autour de toi.


Tu as suivi plusieurs formations. Qu’apprend-on concrètement ?

C’est très ambivalent. On apprend à se construire et à déconstruire pour pouvoir mieux construire (rires). On fait évoluer notre individualité au sein d’un groupe. C’est très chargé. Il y a quelques années, j’ai fait le choix de partir vivre en Angleterre, j’ai pris beaucoup de cours à l’Actor Center et de danse Pineapple. Ce n’est pas du tout la même façon de travailler, de fonctionner. Il n’y en a pas un meilleur que l’autre mais c’est très enrichissant. Plus tu apprends, plus tu vas t’ouvrir à différentes manières d’approcher les personnages et la technique.


Quelle dose d'investissement te demande la préparation d'un rôle ?

Jusqu’à la perfection (rires). Si on n’est pas exigeant, je crois qu’on pourrait vite se poser dans une sorte de routine. J’aime le challenge, plus j’ai l’impression d’aller loin et mieux c’est. Il y a des choses que je ne sais pas faire non plus (rires). Si on avait la possibilité de voyager, entre chaque contrat je serai en voyage en permanence. C’est très important pour moi de voir comment la culture évolue, par un mode de vie, la nourriture, la langue, les paysages.


Est-ce qu'il y a des metteurs en scène qui t'ont permis d'explorer des parties inconnues de toi-même ?

Travailler avec Cédric Klapisch, c'était une chance inouïe. Il est exigeant et calme. On est souvent pressé par le temps, il faut aller chercher des résultats assez rapidement. Avec lui, je me suis découvert une certaine patience très bénéfique. Ensuite, j’ai travaillé avec Ben Taylor pour la série Catastrophe, le réalisateur et producteur de Sex Education. C’était ma première série en anglais, j’avais une grande pression et il a été très exigeant avec moi. Il m’a amené à des endroits que je ne soupçonnais pas.


La scène est l’espace où tu te sens le mieux…

Complètement ! Une fois le trac passé (rires). J’ai raté des rendez-vous à cause de ça. Je ne suis pas la seule mais ça a été un danger. Maintenant ça va beaucoup mieux. Il faut se faire confiance.

© Laurence Guenoun

Tu diriges ta carrière d'une main de maître. Est-ce difficile de trouver du temps pour soi quand le travail devient omniprésent ?

Il y a ce moment où tu sens que c’est trop et qu’il faut que tu fasses une pause sinon tu vas te perdre. Quand on est boulimique de travail comme moi, ce n’est pas forcément évident de se poser. Le confinement a permis ça. Très souvent, on se dit que c’est quand on est jeune qu’il faut commencer, tout avaler, c’est vrai. Mais ça peut être très épuisant et on se rend compte que les moments de repos, de recul avec sa famille sont tout aussi nourrissants.


As-tu des désirs irréalisés ?

Il y en a plein. Je ne me suis jamais dit que j’étais arrivé et on ne se le dit jamais. Si on va chercher très loin, j’aimerais faire un film aux Etats-Unis, entre James Bond et un Marvel. Tu vois ? (rires). S’il faut voir grand, voyons grand.


Quels sont tes prochains projets ?

Ce n’est vraiment pas évident de se projeter. Des projets sont en cours, ça me laisse plutôt bon espoir mais pour l’instant, je ne peux rien dire.


Une citation fétiche à me délivrer ?

Patience et persévérance sont les clés de la réussite.


Pour conclure, quelle est la personne qui t'inspire le plus dans ton quotidien ?

Ma mère. Elle a une grande force de caractère, c’est une femme qui m’inspire beaucoup. Quand il y a des moments difficiles, c’est important de savoir sur qui on peut compter. »

© 2018 par Samuel Massilia.