Fabienne Berthaud, l'aventure cinéma !

Plus un film est intime, plus il est universel. Fabienne Berthaud aime les gens et se sert de sa caméra ou de son stylo pour raconter des histoires passionnantes à suivre sur le grand écran ou entre nos mains. Fabienne observe le monde dans son appareil photo et s'il est difficile pour cette réalisatrice de se définir, son cinéma, lui, nous plonge dans la nature et nous rappelle ô combien elle nous protège. Rencontre avec Fabienne Berthaud, l'aventure cinéma !


© Leolo

« Le 11 mai prochain sort en salles Tom, votre nouveau film adapté du roman de Barbara Constantine. Fabienne, quel a été le point de départ de ce film ?

La productrice de Rhamsa Productions avait acheté les droits de Tom, petit Tom, tout petit homme Tom de Barbara Constantine. Elle m’en a proposé l’adaptation et la réalisation après avoir vu mon film Pieds nus sur les limaces. Le point de vue d’un enfant m’a toujours passionné et j’avais très envie de l’aborder au cinéma.


Cette histoire résonnait avec mon roman Mal partout, une histoire très noire et toxique entre une mère et son fils du même âge que Tom, mais à l’inverse, dans le roman de Barbara, les personnages sont très lumineux. L’histoire est très solaire. Cela m’a donné envie. J’y ai vu une sorte de conte moderne. Une histoire d’une grande humanité. Quand l'auteur est venue voir le film il y a quelques mois, elle a profondément aimé. J’étais heureuse de la voir émue, touchée, parce qu’on a toujours une crainte quand on adapte le travail d’une autre personne.



Le film est porté par quatre personnages : Joss, Tom, Samy et Madeleine. Qu’est-ce qui les relie ?

Je dirais que leur point commun est la solitude et qu’ils sont tous en quête d'une famille. Ils sont chacun dans leur problématique, leur contradiction mais ils ne sont jamais victimes, ils ne subissent pas leur existence. Ils sont courageux. Ils ne renoncent pas, la force et la persévérance les relient. Ils sont beaux et dignes.


Joss - incarnée par Nadia Tereszkiewicz - est une mère très jeune et pleine d'ambition. Elle a une fraîcheur, une force, elle se bat avec dignité et n’est jamais dans le pathétique. Elle se donne la chance de s’en sortir. Il est beau de voir des gens qui ne renoncent pas.


On peut aussi dire qu’il y a un cinquième personnage dans ce film et qui occupe une place importante dans votre filmographie : la nature.

Elle est essentielle. Sans elle nous ne sommes pas grand-chose. J’ai vraiment le sentiment que l'on vient de la terre, des arbres, du ciel. On fait partie de ce tout. C’est ma façon de considérer l’existence. Je trouve mon bonheur dans la nature. Tous mes personnages se réparent à son contact. Tom trouve son monde enchanté dans la nature. Il s’apaise dans la forêt, près de la rivière, il trouve les solutions, le réconfort. Joss et Tom vivent dans un mobile-home entouré de nature, c’est comme s’ils étaient dans un nid.


© Leolo

La précarité, la solitude, la vieillesse, la mort sont abordés dans le film, mais surtout l’enfance. Quelles images vous viennent à l’esprit quand vous pensez à votre enfance ?

De 7 à 11 ans j’ai vécu en Algérie dans un petit village en bord de mer avec mes parents. Quand je sortais de l’école, je courais me baigner dans la mer, je marchais pieds nus. On avait des chiens, j’avais un caméléon, je me promenais en âne dans le village... J’ai toujours grandi avec les animaux, la nature et une certaine liberté. J’ai traversé le désert à dos de chameaux, des moments inoubliables et d’une grande intensité je dois dire. J’ai eu beaucoup de chance.


Cette envie de réalisation, ce désir de raconter des histoires, de filmer le visage humain, ça remonte à quand ?

À 14 ans je voulais être actrice. Ce que j’ai fait pendant une dizaine d’années, je faisais partie d’une compagnie de théâtre, j’ai approché la méthode de l’acteur studio, Stanislavsky, et puis je faisais les photos de mes amis acteurs, leur book, la photographie m’a toujours passionnée et je me suis mise à écrire, j’ai publié mon premier roman et de fil en aiguille, l’image et le texte se sont réunis et je suis devenue réalisatrice.


© Rhamsa et Move Movie

Et en 2005 vous donnez naissance à Frankie, votre premier long-métrage avec Diane Kruger...

Avant ça, j’avais fait deux courts-métrages en 35mm que j’ai co-réalisé mais cela ne m’a pas plu, l’équipe était trop grosse, il y avait trop de technique, je ne me sentais pas libre et ne me reconnaissais dans cette façon de réaliser, alors j’ai décidé de faire l’inverse, de ne dépendre de personne et de faire un film toute seule en numérique et d’utiliser ma caméra comme un stylo.


Frankie est un film que j’ai auto produit en partie. Je faisais tout. Les costumes, la cuisine, les accessoires… J'ai tourné 27 jours sur 3 ans. C’est toujours une belle bataille de faire un film mais je ressens une incroyable joie dans ces moments-là. C’est très organique. Je vais là où mon cœur me parle. Je pars à l’aventure et je pense aussi que beaucoup de choses se font sur le plateau. Aujourd’hui je suis bien entourée avec Haut et Court et les producteurs avec lesquels je travaille. On forme une équipe « famille » et on se bat tous pour le même objectif. C'est passionnant !


Vous brodez des histoires avec votre caméra mais aussi avec les livres. Vous êtes l’auteure de plusieurs romans dont Un jardin sur le ventre qui a reçu le prix Françoise Sagan et Pieds nus sur les limaces adapté au cinéma par vous-même. Votre film Un monde plus grand est également l’adaptation du livre autobiographique de Corine Sombrun. Quel rapprochement faites-vous entre la littérature et le cinéma ?

J’ai l’impression que ce sont des ponts qui relient les émotions entre elles. Pour Un monde plus grand je rentrais pour la première fois dans l’univers de quelqu’un d’autre. Je ne connaissais pas Corinne Sombrun, rien au chamanisme et ne m’étais jamais rendu en Mongolie. J’ai ressenti quelque chose de fort chez Corine quand je l’ai rencontrée. J’aime partir dans des aventures inconnues. J’aime aller là où je ne suis jamais allée. J'ai besoin d’apprendre et de découvrir. Le confort m’ennuie.


Cécile de France, Félix Maritaud, Ludivine Sagnier, Diane Kruger, Denis Menochet... et tant d’autres ont tourné sous votre caméra. Quel genre de réalisatrice êtes-vous ?

Une réalisatrice amoureuse de ses acteurs. Je cadre avec la chef opératrice Nathalie Durand - qui a fait mes quatre films - nous tournons à deux caméras. Je ne fais pas de découpage, je travaille à base d’images, de photos. Une fois que j’ai l’œil dans ma caméra, je cherche les émotions. Avant chaque tournage je revois les films de John Cassavettes, ils me donnent une liberté folle.


Quels sont vos prochains projets ?

Je vais travailler sur un projet qui me comble de joie. Et j’ai l’impression que chaque film amène l’autre, comme si on tirait sur un fil.


Une citation fétiche à me délivrer ?

Écoute ton cœur. »