Fanny Gilles, l'art de la joie !

Sautillante d’énergie, Fanny Gilles vibre pour son métier. Que ce soit dans la série Sam ou avec son projet musical Le Secret de Poussinette, Fanny participe à des projets qui brisent en elle la mer gelée. Par son sens de la comédie, du jeu en anglais ou de ses écrits, Fanny maîtrise le langage des émotions. Rencontre avec Fanny Gilles, l’art de la joie !


© Patrick Monot

« On te retrouve actuellement dans la 5e saison de Sam sur TF1. Dans quel état d'esprit est ton personnage Véronique ?

On avait quitté Véro et Xavier heureux de la future naissance de leur enfant. Véro aurait pu être enfin épanouie en ce début de saison, mais elle a découvert, pendant la grossesse, le côté « papa poule » de Xavier. « Poulissime », même. Et elle n’est pas tout à fait zen !


Tu es l'un des visages phares de cette série à succès depuis ses débuts en 2016. Comment s'est présenté ce projet à toi ?

De façon étonnante ! J'ai d’abord passé des essais pour le rôle de Sam, qui était, c’est vrai, plus proche de moi que n’était celui de Véro au début de la série. J’ai appris plus tard qu’ils avaient choisi quelqu’un d’autre. Je pensais le projet déjà tourné quand, un an après, on m’a demandé de passer des essais pour le rôle de Véronique...


Le format série demande beaucoup de rigueur au cours du tournage. Quelle est ta préparation en amont pour être le plus prête possible sur le plateau ?

Je lis énormément le scénario dès que je le reçois. Pour comprendre et intégrer tous les non-dits du personnage. Les émotions, les blessures, les décisions, les pensées qui l’animent et sous-tendent ses réactions. Cela permet de s’adapter à tous les changements de texte de dernière minute. Et cette année, en l’occurrence, j’ai pris quelques kilos, histoire de rendre crédible l’accouchement.


L'année dernière tu as fait une apparition dans un épisode d'Alice Nevers. Ça peut être plus difficile de jouer quand on arrive en plein cours d'une série ?

Oui, parce qu’on ne connaît pas l’équipe. Mais c’est super d’incarner un nouveau personnage et de partir sur une nouvelle aventure.


© David Helman

Les téléspectateurs te connaissent et apprécient ton énergie sautillante. Pourtant, tu as d'abord envisagé une carrière d'enseignante malgré un héritage culturel de tes parents musiciens. Qu'est-ce qui t'a permis de faire demi-tour et de finalement faire tes débuts au théâtre ?

Je me suis ennuyée pendant ma maîtrise ! Donc je suis allée aux cours du soir de l’école Florent. Je venais de la fac d’Aix, où j’avais passé trois ans passionnants. Je pensais que la Sorbonne serait encore mieux… mais non ! Je ne connaissais personne, je suis allée au plus connu. J’ai commencé en cours d’année, et j’ai eu beaucoup de chance : en septembre, je jouais un spectacle l’après-midi au Gymnase (Les Lettres de mon Moulin) et un autre soir au Lucernaire (Le Plaisir, d’après Crebillon-fils). Je n’avais même plus le temps d’aller en cours.


Est-ce que le jeu sur scène est la meilleure formation pour un acteur qui veut ensuite jouer face à une caméra ?

Pas forcément. Je ne crois pas qu’il y ait de parcours type. Moi, j’ai appris surtout en faisant un stage avec Bob McAndrew, qui enseignait la méthode Meisner.


Quand on est comédien, est-ce que l'on donne quelque chose de soi que l'on ne peut pas donner dans la vie ?

Je crois que ça peut arriver quand on a certains blocages, des difficultés à être soi, et alors être un autre nous permet d’exprimer des choses qui resteraient tues autrement. Mais souvent aussi notre vie nourrit et enrichit nos personnages et le vice versa...


Je trouve dommage que l'on ne te voit pas au cinéma... Pourquoi les portes du 7e art ne s'ouvrent pas pour les comédiens de "télé" ?

Pour des histoires d’image qu’un comédien a et des problèmes de financement aussi. C’est comme ça… Mais ça va changer !


© Patrick Monot

Tu as la qualité de jouer en anglais, on l'a vu dans As Always et Acceptance. Incarner un personnage dans une autre langue est un beau challenge ?

Ça m’est assez naturel puisque j’ai fait des études d’anglais et que j’ai été formée en anglais. C’est un challenge surtout quand le manque d’expérience d’une langue bloque l’expression des émotions.


L'écriture est aussi une corde à ton arc. Quand tu lis un scénario, quels sont les éléments que tu observes avec attention ?

Tout ! La vérité des personnages. Le sens profond de l’histoire. Les dialogues. Le plaisir que l’histoire nous procure...


Dans ton bagage artistique, la musique occupe une place prépondérante…

La musique est une joie profonde, un moyen d’expression très puissant, un moyen de partager des choses sans passer par le mental...


"La musique est partout autour de nous, il suffit juste de l'écouter". Une chanson ou un album peut t'aider à la préparation d'un rôle ?

Savoir quelle musique aime notre personnage est important. Quelle chanson ferait écho pour lui à la situation qu’il vit. Et pour tenir une émotion pendant toute une scène, toutes les prises, il m’arrive souvent de chanter les chansons qui induisent chez moi cette émotion.


Une passion musicale que tu as mise au service d'un formidable projet : Le Secret de Poussinette. Un conte autour des émotions de l'enfance…

Un projet que j’aime beaucoup en tout cas ! Un conte de fées moderne qui aide les enfants à verbaliser leurs émotions et leurs besoins. Et ça dénoue forcément beaucoup de problèmes... Je viens de finaliser un disque avec Armand Amar qui devrait sortir bientôt.


© David Helman

Même s'il est difficile de se projeter en ce moment, as-tu des projets qui sont en cours ou qui vont arriver ?

Plein ! Entre autres, je suis en train d’enregistrer des chansons pour moi, que j’ai écrites et composées. Je prépare le montage de la captation du Secret, justement, qu’on a faite à Louvecienne, en collaboration avec la mairie et la salle Saint-Saens. J’écris un spectacle adapté de l’œuvre d’un grand poète français, mais je ne suis pas sûre que j’ai le droit d’en parler ! Et je prépare l’écriture d’un autre sur la vie amoureuse d’un grand compositeur.


Une citation fétiche à me délivrer ?

J’aime bien cette citation de Kafka : « Il ne faudrait lire que des livres qui brisent en nous la mer gelée ». J’aime participer à des projets qui brisent en nous la mer gelée.


Pour conclure, quelles sont les personnes qui t'inspirent le plus au quotidien ?

Beaucoup de parcours m’inspirent et me nourrissent, connus ou pas. J’essaie d’apprendre de tout, chaque jour. Mais globalement, ceux qui savent aimer, être libre, grandir, apprendre, allier sensualité et spiritualité m’inspirent beaucoup. Et l’Art de la Joie, de Goliarda Sapienza, que j’ai lu récemment. Le portrait d’une femme étonnante ! »

© 2018 par Samuel Massilia.