François Martinez, la culture du show !

Son spectacle est dense, rythmé et vivant. François Martinez a la magie et l'humour dans la peau, ça se sent dans chacun de ses mots et de ses mouvements. En apprenant avec les livres puis les cassettes VHS et les DVD, François maîtrise son art depuis plusieurs années maintenant. Son côté show-man inné fait de lui un artiste dans l'entertainment pur. Et c'est sur la terrasse du théâtre de la Comédie des Suds à Plan de Campagne que François prend le temps de savourer les rires entendus et de jeter un coup d'œil dans le rétroviseur sur une carrière de plus en plus ascendante. Rencontre avec François Martinez, la culture du show !



« François, tu joues actuellement ton spectacle Menteur ? Qu’est-ce qui a motivé la création de ce one-man-show magique ?

J’ai rencontré mon co-auteur Jocelyn Flipo en 2012. Ensemble, on a décidé de travailler sur un nouveau spectacle après avoir vécu cinq ans avec Copperfield, Harry Potter et Moi. On a eu envie de se renouveler et de tenter des nouveautés en magie. On a écrit Menteur ? sur un an, pour Avignon. Aujourd’hui, il va bientôt avoir cinq ans ! Mon personnage Douglas Westerfield a évolué au fil des années. Au début, il portait mon nom puis il s’est appelé Francesco Martini. Mais je n’étais pas crédible en italien, il n’avait aucune résonance avec moi. Les Etats-Unis est un pays qui me fascine beaucoup plus, et puis quand tu parles de magie tu penses tout de suite à Vegas… Pour ce spectacle, on a mis du temps à trouver le parfait équilibre entre l’humour, le propos et la magie. Il y a un vrai fil rouge.


Justement, comment arrives-tu à faire cette alliance entre l’humour et la magie ?

Je travaille avec une très bonne équipe ! Sur mes spectacles, c’est une vraie histoire de famille. Jocelyn me connaît tellement qu’il sait mettre les bons mots et les bonnes tournures de phrases en fonction de ce qu’on a envie de raconter. Et moi, à force de jouer, je trouve toutes les petites vannes complémentaires. J’ai aussi une très bonne metteuse en scène avec Alexandra Bialy, elle veille à ce qu’il y ait de la cohérence. Et je me suis également associé à Yves Doumergue, un collaborateur magique. Le spectacle peut paraître improvisé parce que je suis dans l’instant présent, mais il est écrit à la virgule et au mot près.


Cet entourage te permet de bénéficier d’un recul sur ton travail artistique…

Oui, car je suis toujours très dur avec moi, il ne faut pas que je me juge. Jocelyn m’a permis de remettre de l’ordre dans la construction de ma trame et Alexandra m’a permis de faire exploser mon travail de comédien et de pouvoir incarner mon personnage. Chacun m’a offert la possibilité d’être plus indépendant, plus carré sur chaque portion du spectacle. Je pense qu’il y a beaucoup de personnes qui peuvent réussir seules, mais je n’en fais pas partie. J’ai besoin d’être poussé.


© Nicolas Semenioukoff

La particularité de la magie, c'est son interactivité...

Chaque soir, j’ai beau faire le même tour de magie, je n’aurais jamais la même personne ni les mêmes réactions et caractères. J’ai joué ce spectacle près de six cents fois sous toutes ses versions et on me demande souvent si ça ne me lasse pas, non je m’amuse toujours autant. Cette capacité d’improvisation est un trait de caractère chez moi. Ça vient principalement des périodes de ma vie où j’ai principalement bossé dans des caves et des cabarets face à des mecs bourrés à vingt centimètres de moi. Ton spectacle, c’est ta maison et tu invites des gens à te répondre. Mais c’est à toi de déterminer jusqu’où ils ont le droit. Avec le temps, tous ces automatismes se sont installés.


Ce rapport avec la magie, tu l’as toujours entretenu, même quand tu étais ostéopathe…

Complètement. Pour te parler de mon parcours, la magie est devenue ma passion à l’âge de 14 ans. Je voulais être véto mais je n’ai pas réussi à entrer dans l’école, il manquait un point sur mon dossier pour faire la prépa. Je me retrouve donc à un mois du bac sans rien derrière… J’ai fait cinq ans de fac pour devenir étiopathe et à côté, j’enchaînais les boulots et faisais du spectacle le week-end. J’obtiens mon diplôme, j’ouvre mon cabinet en tant qu’ostéopathe et mon meilleur pote m’appelle pour me proposer de le rejoindre dans son spectacle à deux pour enfants. J’étais dispo sur toutes les dates et j’ai fait ça en parallèle du cabinet pendant douze ans, jusqu’au jour où il décide d’arrêter.


Je monte à Paris en 2012 et démarre dans un petit théâtre parisien où ça marche très bien. Je participe à des circuits d’humour et non pas de magie. Et en un an et demi, ça prend un tel essor qu’un jour je rentre chez moi et je dis à ma femme que je vais vendre le cabinet pour me consacrer à mes spectacles. J’étais passé de 50 à 200 dates. J’ai vendu et donné les clés du cabinet et avec cette vente, j’avais de quoi vivre six mois. J’ai fait tous les boulots possibles en tant que comédien ! De l’événementiel, du médiéval, des joutes chevalières jusqu’à l’animation dans un supermarché. Depuis fin 2013, je ne fais que ça et j’en suis le plus heureux.


© Eric Dervaux

À la rentrée de septembre, ton spectacle Menteur ? va changer de nom...

T’es calé toi ! (Rires) Oui il va faire peau neuve. On va arriver en septembre au Point-Virgule, un lieu culte pour moi. On a décidé de mettre un petit coup de boost sur l’affiche et sur le nom. Parce que je pense aussi qu’on se pose moins cette question : est-ce que les magiciens sont des menteurs ? Les réseaux sociaux vont occuper une place dans ce spectacle même si je suis un mauvais élève. Je peux filmer soixante-dix fois une vidéo de trente secondes et finalement ne plus avoir envie de la voir… Pour te donner un exemple, j’ai fait des petites vidéos qui m’ont passionné sur l’histoire de la magie et elles ont chacune fait 400 vues… Alors que mes vidéos avec des vannes à dix balles font 500 000 vues. Je n’ai pas encore le feu de Dieu sur les réseaux (rires).


Tu as enchaîné les dates, est-ce que tu vas maintenant prendre le temps de te ressourcer ?

En août, ce seront les vraies vacances avec un carnet de notes et mes crayons pour être déconnecté ! Parce que quand on va reprendre le 3 septembre, le marathon va être intense avec quatre mois de tournées, même si l’objectif est de le jouer le plus longtemps possible. L’année écoulée a été très chargée, c’était les répétitions. Maintenant, on retourne dans le grand bain avec le Point-Virgule deux fois par semaine, en plus de la tournée au milieu. J’ai hâte !


Une citation fétiche à me délivrer ?

Et Bim ! Il est très naturel chez moi et il marque la fin de chaque tour. C’est devenu ma petite signature sur scène, que le public fait pour moi quand on arrive à 80% du spectacle. Mon personnage le dit parce qu'il me ressemble beaucoup. On a la même verve et il est aussi prolixe que moi. Mais ça reste une version idéalisée de moi. Douglas est égocentrique, il a confiance en lui, c’est l’idéal que j’aimerais être même si avec le temps, je me rends compte que c’est ce que je suis au fond de moi quand je ne me juge pas. Douglas est quand même persuadé qu’il peut séduire la terre entière alors qu’il a une gueule de prof d’histoire-géo (rires). »