Jean-Charles Clichet, un métier pour s'amuser !

En bon littéraire passionné des mots et des grands textes, Jean-Charles Clichet a joué sur scène du Shakespeare ou encore du Feydeau. Inspiré par Tchekov, cet homme de théâtre a aussi en lui une âme de comédie. Attiré par la force des sentiments et attentif à l'émotion de son auditoire, cet enfant de Province a trouvé son espace pour exister et cultiver son appétit du jeu. Rencontre avec Jean-Charles Clichet, un métier pour s'amuser !


© Greg Conraux

« Jean-Charles, le film de Didier Barcelo En Roue Libre est actuellement en salles. À quoi doit s'attendre le spectateur ?

Ce film est un vrai bon good-movie, il donne la pêche et l’envie de se détendre. L’histoire est assez romanesque avec Louise (incarnée par Marina Foïs) qui reste enfermée dans sa voiture, elle ne peut pas en sortir et elle va vivre pas mal d’aventures. Moi, je joue un psychologue d’hôpital qu’on kidnappe pour régler la crise d’angoisse de Louise. Ce film est vraiment super pour commencer l’été !


Du 3 au 6 juillet, le cinéma sera à la fête. As-tu le souvenir de l’entrée du septième art dans ta vie ?

Je suis d’une génération où on regardait de très bons films à la télé. J’ai ce souvenir de me cacher le dimanche soir pour regarder Ciné Dimanche, alors que le lendemain il y avait l’école. Vers sept, huit ans, ma mère m’a pris une carte dans un vidéo club, j’ai sympathisé avec le gérant et il me donnait des conseils. J’avais le droit à trois films par week-end, c’était la consigne. Un film pour la famille et deux pour moi. Et je te mentirais si je te disais que je regardais des Louis Malle et des Godard. J’allais plus vers le cinéma italien et américain. Le vidéo club, ça faisait un peu magasin de jouets (rires).


Ton désir d'être à l'image arrive quand ?

C’est venu des one-man-shows avec Elie Semoun, Gad Elmaleh et Franck Dubosc. J’étais bon élève à l’école même si je faisais clairement le con (rires). J’ai vite senti que je ne ferais pas de longues études donc il fallait, comme une sorte de nécessité, faire rire les autres mais professionnellement. Je me disais avec beaucoup de prétention que ça pouvait le faire.



Quand on vient de l'Ariège et qu'on décide de tenter sa chance à Paris, le choix est facile à prendre ?

Non. C’est compliqué de dire à sa famille qu’on part pour faire ce métier parce qu’il faut le financer et qu’on avance dans l’inconnu. C’est aléatoire. On m’avait envoyé les prospectus de plusieurs écoles comme Périmony, le Cours Simon et d’autres plus pointus tels que Louis Lumière par exemple.


Et c'est au Cours Florent que tu te formes en comédie avec parmi tes professeurs Michel Vuillermoz. On connaît le comédien mais quel professeur était-il ?

Michel est venu un an seulement et je ne l’ai vu que six mois, il était super ! Michel a une exigence, presque forcené, pour la crédibilité du personnage. Il y a un exercice qu’on faisait souvent avec lui. On montait sur scène avec un costume et on commençait à créer le personnage pendant que Michel, lui, nous questionnait. J’ai beaucoup appris au Cours Florent. On peut mentir au public autant qu’on veut, mais à son personnage, on ne peut pas mentir.


Quelle dimension a le théâtre pour toi ?

C’est un vecteur de transmission extraordinaire et opérant depuis des milliers d’années. Le théâtre a aussi une dimension politique mais surtout pas politicienne. Il nous aide à comprendre ce qu’on n’arrive pas à comprendre dans la société. Le théâtre nous parle aussi de certaines règles importantes et d’autres à transgresser. Le théâtre, c’est la vie.


Sur les planches, tu as souvent collaboré avec Christophe Honoré…

On vit une histoire de famille avec Christophe. Je venais juste de sortir du TNS (Théâtre National de Strasbourg) quand je l’ai rencontré. On avait fait une audition à Avignon pour Angelo, tyran de Padoue, et depuis j’ai fait tous ses spectacles. On s’entend tellement bien artistiquement et dans la vie… C’est merveilleux de travailler avec lui.


© Greg Conriau

Apprendre ses textes est un muscle. On dit que chacun à sa manière, sa méthode, mais pour la connaître, il faut l’expérimenter. Quelle est ta méthode ?

Je préfère travailler un peu seul mais si les textes sont extrêmement dialogués et demandent une rythmique accélérée, alors il vaut mieux être en groupe. Mais je n’ai pas de techniques particulières. Souvent, quand on joue en tournée et qu’on rencontre des lycéens, ils nous demandent comment on fait pour apprendre tous ces textes. C’est certes un muscle à entretenir mais ceux qui étudient à l’école sont plus préparés que nous les acteurs. Ils sont capables de passer de l’histoire à la géographie puis du français aux maths. S’il y a une petite astuce que je peux donner, c’est qu’il faut penser ce qu’on dit et ne pas avoir peur de regarder dans le dictionnaire les mots qu’on ne comprend pas. Quand on est un jeune acteur, on a tendance à jouer tout de suite le texte qu’on nous donne alors qu’il faut mettre un peu les freins pour comprendre ce qu’il se passe dans une scène.


Cette forte expérience du théâtre te permet-elle d’arriver avec plus d’aisance au cinéma et à la télévision ?

Je ne sais pas. C’est vraiment différent. Le cinéma est plus efficace, il faut être bon rapidement même si on a ce filet de sécurité qui nous permet de refaire. Le théâtre me laisse une liberté qui m’aide au cinéma. J’ai de l’imagination et je suis plus fort en improvisation. Je me souviens de mon premier premier rôle, ça a été une expérience géniale ! C’était presque plus « simple » de jouer un premier rôle puisqu’on est de toutes les séquences, on est très engagés. Je m’étais dit avec beaucoup de prétention : « Je veux continuer à jouer des premiers rôles. » (rires)


Quels sont tes prochains projets ?

À la rentrée, le premier long-métrage de Guillaume Bureau Un cœur en abîme va sortir avec Karim Leklou, Louise Bourgoin et Leïla Bekhti. C’est un très beau film d’époque. Et puis en août, je vais tourner le premier film de Céline Rouzet En attendant la nuit où je forme un couple avec Elodie Bouchez.


Une citation fétiche à me délivrer ?

J’en ai deux. Quand on me fait des compliments, j’ai tendance à être un petit peu gêné. Et j’aime répondre : « En tout cas, j’ai dit tout le texte. » La deuxième est une idée que j’aime bien : « Il ne faut pas jouer mieux, il faut jouer plus. »