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Kim Higelin : "Être au plus proche de ce qu'elle avait vécu."

Elle s'est mise dans tous ses états pour incarner avec une véracité glaçante et troublante l'autrice Vanessa Springora dans le bousculant film Le Consentement. Kim Higelin avait ce désir d'incarner un personnage fort dans une histoire marquante. Le message est clair : la parole doit toujours être libérée, même si c'est longtemps après les faits. Rencontre.


© Tanguy Rothschild

« Kim, tu es actuellement à l’affiche du film Le Consentement de Vanessa Filho. Porter la voix de Vanessa Springora dont le récit est adapté, ça a été quel défi pour toi ?

Une appréhension pour mon premier rôle au cinéma où je devais interpréter une personne existante et non fictionnelle, ce qui rajoute une forme de responsabilité à l’égard de Vanessa Springora. Mon objectif était d’être au plus proche de ce qu’elle avait vécu, ni plus ni moins.


Quel a été le fruit de tes échanges avec Vanessa Springora ?

Ça n’a jamais été des conversations sur son histoire, ni sur mon travail dans la création du personnage. Vanessa s’était déjà beaucoup livrée dans son récit ou dans les médias, donc j’avais eu une forme de pudeur qui s’était installée. Notre relation a été émotionnelle, je crois que l'on a créé quelque chose de proche, de sensible.


En lisant ses mots et le ton de son livre, dans quel état as-tu été ?

D’empathie et d’identification. Et évidemment une très grande colère, un sentiment d’injustice. J’ai lu son livre en espérant de tout cœur être choisie pour ce rôle. J’avais le désir d’essayer de retranscrire cette histoire et de la mettre sur un plateau de cinéma.


Ce personnage est traversé par un fleuve d’émotions. Il y a beaucoup de regards, de silence. Comment les as-tu joués ?

Au début du film, le dialogue est moindre de mon côté. J’ai beaucoup travaillé l’observation, la redécouverte en regardant tout ce qui nous entoure avec un sentiment nouveau et essayer de s’en inspirer. Concernant Gabriel Matzneff, j’ai travaillé cette admiration dans le regard, ce désir d’être à la hauteur de la personne qu’on a en face de soi. Il y a aussi un émoi nouveau où elle tombe amoureuse pour la première fois.


Physiquement, quelle a été ton approche ?

J’ai eu le besoin de trouver un autre corps, puisque j’avais environ neuf ans de plus que le personnage au début du film et qu’il fallait la faire grandir de ses treize à dix-huit ans de manière assez graduelle et douce. C’était important pour moi de trouver la bonne démarche pour le bon âge et le bon état émotionnel, parce que ça reste une partition chaotique avec des émotions intenses qui ne sont jamais les mêmes. Et pour trouver ce côté flottant, je marchais sur les pavés entre les lignes, comme quand j’étais plus jeune. J’ai essayé d’avoir un port de tête bas, plus refermée avec des épaules malgré tout contractées. Dans la mise en scène, les mains étaient très importantes, le toucher devait être léger. Il fallait créer et investir corporellement ce personnage pour essayer de l’incarner pleinement.


La musique occupe une place importante dans la narration avec Mon Enfance de Barbara ou encore Don Juan de Mozart. Est-ce que la musique a pu t’aider à entrer dans la peau de ton personnage ?

J’ai dû apprendre le piano pour jouer deux partitions différentes. Dans le film, il y a certaines scènes d’errances, notamment quand elle entend les lettres en voix off ou lorsqu’elle est sur le pont. Pour ces scènes-là, la réalisatrice Vanessa Filho me chuchotait à l’oreillette des directions sur du Chopin au volume extrêmement fort. Cela m’a permis de me transporter et d’essayer d’être au plus proche de ce sentiment de perdition.


Quelle réalisatrice est Vanessa Filho ?

C’est une directrice d’acteurs extraordinaire, elle m’impressionne tellement... Vanessa a cette capacité de voir chaque détail et de le mettre dans un ensemble si cohérent et charnel, certaines scènes pourraient être des tableaux. Elle a été d’une bienveillance et d’une justesse immenses, on avait une confiance inouïe l’une envers l’autre. Nous sommes devenues amies et en un geste je pouvais essayer de comprendre toute la complexité de ce qu’elle me demandait. Ce tournage s’est fait dans une grande symbiose, entente, c’était merveilleux.


Un casting cinq étoiles s’est réuni autour de toi : Jean-Paul Rouve, Laetitia Casta et Jean Chevalier. Quels partenaires de jeu ont-ils été ?

Jean-Paul avait le même désir que l’ensemble de l’équipe du film et moi, celui de ne pas vivre un tournage lourd. L’histoire est tellement intense et dure, ça peut être éprouvant à jouer. Il a su installer une forme de légèreté extrêmement agréable entre les prises, on pouvait rire et discuter. Et puis il était toujours avec son chien Gtro qu’on adore ! (Rires) Laetitia est une actrice phénoménale, elle impose un calme et une concentration magique sur le plateau. Je garde en mémoire ses mots et ses conseils, comment prendre soin de soi sur un plateau de cinéma. Jean Chevalier est pour moi l’un des meilleurs acteurs que j’ai vus, j’ai tellement appris en jouant avec ce garçon. Je le trouve bouleversant.


Il y a de jolies scènes entre ton personnage et le sien Youri…

La relation est très délicate entre eux. Youri a un désir de la sauver, alors que de son côté, Vanessa a une sorte de réticence involontaire due à une emprise profonde. Quand elle parle avec Youri sur le balcon en disant que Gabriel Matzneff a raison, que les filles avec lesquelles il couche et la trompe sont bien meilleures qu’elle, Vanessa le croit vraiment. Elle est devenue un personnage de fiction et c’est difficile pour elle d’entendre ou de croire les mots bienveillants de Youri. Je trouve merveilleuse la scène sur les Quais de Scène où elle retourne le voir avec des gens de son âge, entourée de la joie de vivre, de la fougue d’une jeunesse qui veut danser, rire et partager des moments joyeux.


Dans le film, la complaisance de la sphère littéraire à l’époque pour Gabriel Matzneff est parfaitement soulignée avec l’extrait d’Apostrophes de Bernard Pivot. Quand tu regardes cette émission et l’intervention de Denise Bombardier, tu es animée de quel sentiment ?

C’est le moment où on sort un peu la tête de l’eau. Cette séquence me parait tellement surréaliste, surtout que c’était il n'y a pas si longtemps que ça… J’ai grandi dans les années 2000 où c’est maintenant impossible pour un pédophile de déclamer son amour pour le corps de jeunes enfants et de se faire, en retour, encenser, encourager et admirer. J’ai eu l’impression de basculer dans un autre monde, que je ne comprends pas. C’est vertigineux. La prise de parole de Denise Bombardier est moderne, en avance sur son temps, elle vient tout renverser et remettre à leurs endroits les actes de Gabriel Matzneff. J’espère très sincèrement que sa prise de parole a pu aider le cœur de victimes qui l’ont entendu ce jour-là.

© Tanguy Rothschild

Le Consentement interroge, le livre à remuer la société, secouer les institutions, jusqu’à même faire évoluer une loi. As-tu l’exemple d’une œuvre artistique qui a, elle aussi, fait bouger les lignes ?

La Familia grande de Camille Kouchner a bougé toutes les lignes sur l’inceste. C’est un témoignage que je trouve foudroyant, si juste. Au-delà des faits et des actes, elle décortique tout un mécanisme entier, un rythme de vie aussi avec cette ambiance décrite si précisément. Aussi, j’ai bientôt fini la lecture du livre Triste Tigre de Neige Sinno, une prise de parole bouleversante.

Le film est à voir dans les salles obscures depuis ce mercredi. Kim, on a pu te découvrir dans Skam France, Alexandra Ehle ou encore dans Plan B. D'où vient ce désir de comédie ?

J’ai voulu être psychologue et j’ai fait mon stage de troisième dans un bureau d’avocats. A huit ans, j’ai fait un merveilleux stage de théâtre, puis à mes treize ans j’ai intégré Blanche Talent et j’ai été absolument renversée par cette liberté immense dans le corps et les émotions, ça a été une véritable révélation pour moi, et c’est toujours resté. Plus tard, j’ai fait une fac de Langues pour devenir traductrice et en parallèle de mes cours de théâtre, j’étais serveuse dans deux restaurants. Et puis j’ai tout abandonné pour faire du théâtre, c’est là où je me sentais le plus libre. Ensuite, j’ai intégré mon agence et passé beaucoup de castings. Un plateau de tournage, c’est aujourd’hui l’un de mes endroits préférés au monde.

Qu’est-ce qui te fascine chez un acteur, une actrice ?

Petite, c’était les visages. Je me rappelle avoir vu Le Lauréat avec Anne Bancroft que je trouvais d’une beauté et d’une force implacables. Toutes les parties de son visage me transmettaient une émotion renversante. Pareil pour Jim Carrey, il a été pour moi une icône du cinéma. Je le trouve brillant et le Truman Show restera toujours l’un de mes films préférés.

Quels sont tes prochains projets ?

J’ai un petit rôle que j’aime passionnément dans le film Un champ de fraise pour l’éternité d’Alain Raoust, un titre sublime et un scénario magique. J’ai aussi un rôle dans le long-métrage Juste avant la chute de Virginia Bach où je suis très heureuse de retrouver Laika Blanc-Francard après avoir tourné ensemble dans Walking Dead Daryl Dixon. Puis j’ai appris il y a une semaine que j’avais réussi le casting pour le prochain film de Franck Dubosc. Pour finir, et c’est la plus grande chance de ma vie, j’ai reçu un nouveau scénario d’une force inouïe de Vanessa Filho, où elle m’y propose le rôle principal. On espérait tant retravailler ensemble.

Pour conclure cet entretien, aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

« Ce n’est pas parce que c’est inventé que ça n’existe pas. » Petite, j’avais vu ça dans un dessin animé. Je crois beaucoup en la magie. Sinon, et ce n’est pas une citation, désolée Samuel, je te dirais : « Un, deux, trois. » Cela me permet de faire des choses qui me terrifient. Je compte et j’y vais. (Rires) »

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