Laurent Barat, hymne à l'humour !

Les lignes de la main vont dans tous les sens comme la trace des avions dans le ciel. Le chemin de Laurent Barat, lui, est un joli signe du destin. Son vol pour l'humour n'était pas écrit, mais Laurent Barat a dessiné son parcours au fil des rencontres, du travail et d'une part évidente de talent inné que Laurent porte sur lui sans aucune prétention, mais avec amour et sincérité. Il emballe et embarque avec lui toute une salle, regarde son public avec bienveillance et le fait rire avec brio. Rencontre avec Laurent Barat, hymne à l'humour !



« Laurent, on te retrouve dès le mois prochain sur les planches pour ton nouveau spectacle Écran Total. Quelle a été la matière première de ce troisième spectacle ?

Ce spectacle parle essentiellement de notre dépendance aux écrans. J’en parle en connaissance de cause puisque je suis ravi d’avoir acheté l’i-Phone 13, le prolongement de ma main et même de mon bras. Mon filleul de neuf ans est tout le temps devant les écrans, il est né avec ça et il y a un décalage entre nous. Il y a quinze jours, il m’a dit : « Tonton, je sais que t’es dans le spectacle, le show-business, est-ce que tu peux m’avoir un autographe de Michou ? », je lui réponds : « Mais Michou il est mort. » Il commence à pleurer : « Il est mort de quoi ? », « de vieillesse », s’en est suivie la discussion la plus insolite. Il me parlait de Michou le Youtubeur qu’on a vu dans Danse avec les stars et moi je lui parlais de Michou, l’homme de cabaret habillé en bleu… Écran Total est le spectacle pour lequel j’ai pris le plus de plaisir à écrire.


Un clash des générations où tout le monde pourra rire sur un sujet universel…

Je n’avais pas envie d’être le vieux con qui dirait que c’était mieux avant. J’ai perdu mon grand-père en avril dernier, il vivait à Toulouse et moi à Paris, et jusqu’au bout on a fait des FaceTime ensemble. Je vais parler de toutes nos applications du quotidien. D’ailleurs, ils en ont sorti une nouvelle pour t’aider dans ton vote. J’ai déjà essayé Tinder et pareil, ce n’est jamais avec un top-modèle que tu vas « matcher ». J’ai rempli tout leur questionnaire et le candidat qui me correspond le mieux, c’est Nicolas Dupont-Aignan… C'est pas fou.


Le pitch de ce nouveau spectacle nous annonce l’arrivée du nouveau Laurent Barat. As-tu toujours aussi peur du temps qui passe ?

C’est terrible cette peur que j’ai depuis l’âge de huit ans. Ma mère avait fêté mon anniversaire avec des copains et moi, je pleurais. Je suis heureux de t’annoncer que je vends une vessie fin des années 70, 80, d’un litre cinq. Aujourd’hui, je fais pipi quatre fois par nuit. Je n’avais jamais fait ça ! Bien sûr que j’ai peur de vieillir. Aujourd’hui, les discussions qu’on a entre potes c’est sur nos analyses médicales, c’est horrible ! Je ne suis pas prêt à ça.


Le public marseillais pourra t’applaudir les 18 et 19 mars prochains au théâtre l’Art Dû…

Je t'attends ! J’aime beaucoup ce théâtre, le patron Stan est très sympa. Et puis moi, je suis un fou de l’OM. J’ai grandi avec l’Olympique de Marseille. Mes idoles étaient Marcel Dib, Marc Libbra. J’adore Marseille, mais mes villes de cœur restent Nice et Cannes ! Je vis à Paris et je vois mon amour pour l’OM se décupler.


Tu as le cœur sudiste et l'âme de la scène. Pourtant, tu n'étais pas prédestiné à en faire ton métier...

Ça n’a jamais été un rêve. J’avais une vie tranquille, j’étais employé de bureau à l’aéroport de Nice et je faisais marrer mes potes dans les petits cafés-théâtres, mais sans plus. Et un jour, Gad Elmaleh cherchait une première partie et un de ses gars m’a repéré. À partir du moment où Gad Elmaleh a posé son regard sur moi, ça a tout changé. Je me suis beaucoup inspiré de sa décontraction par exemple. J’ai fait huit dates avec lui à l’Olympia, c’était génial ! Au premier rang, une femme avait vomi parce qu’elle était enceinte et là aussi j’ai appris l’improvisation, à capter une salle et à réagir à l’imprévu. Ce métier est une vraie science, un vrai travail, même si au début ce n’était qu’un loisir et pas encore professionnel.


Tes sketchs font beaucoup rire et reflètent aussi ta spontanéité, ton côté hors cadre et le fait que tu aies appris ce métier sur le tas. Tu es une nature brute…

Je n’aurais jamais pensé faire ça de ma vie. J’ai aussi cette chance incroyable d’avoir une boîte de production (Directo Productions) derrière moi, ce que peu d’humoristes de ma génération ont. Sans eux, tu ne fais pas grand-chose. Par rapport à la spontanéité, j’ai toujours eu un naturel sur scène, même si ça se travaille beaucoup. Je suis sorti avec une fille pendant quelque temps, elle était danseuse classique et elle me disait : « L’important, c’est de faire croire aux gens que c’est facile alors que ça ne l’est pas. » Le stand-up, c’est exactement ça.


Pascal Légitimus a mis en scène ton deuxième spectacle En toute transparence et pour cet Inconnu populaire tu n’es pas pressé, mais un coureur de fond. Ça résume bien la façon d’aborder ses métiers où parfois, on veut tout dans l’immédiat…

Quand je lui disais qu’un tel avait fait un buzz, il me répondait : « Ne regarde pas les autres. L’important, c’est de savoir où tu seras dans dix ans. » Il a raison. Je compte bien être sur scène dans dix ans. C’est toi ton meilleur copain et ton pire ennemi. Je ne me mets pas la pression, sinon je perds la notion de plaisir.



Tu fais rire sur scène mais aussi à la radio. On te retrouve chaque samedi après-midi de 16h à 18h dans l'émission C'est arrivé près de chez vous sur Europe 1...

J'adore ce média. Je suis allé chercher la confiance d’Anne Roumanoff en passant un casting et une audition. Anne m’a offert du travail, ça fait trente ans qu’elle est dans le métier et elle m’a tout appris à la radio, notamment la rigueur dans l’écriture. L’émission avec Bérénice, ce n’est que du feel-good. Bérénice Bourgueil a fait énormément de radio, elle est très positive dans la voix. On a une belle bande de copains, chacun a sa spécialité. Moi, je fais la revue de presse internationale. Europe 1 a fait un bon choix en misant sur ce style d’émission. Aujourd’hui, quand tu allumes la télé ou la radio, ce n’est que de l’anxiogène. Nous, on propose deux heures d’évasion le samedi après-midi.


Rire derrière notre poste ou dans une salle de spectacle est bon pour la santé. Laurent, quels sont tes prochains projets ?

Anne Roumanoff a écrit un film qu’elle va réaliser et dans lequel elle va jouer également. J’aurais un petit rôle. Mon objectif est de continuer à travailler, à prendre du plaisir à monter sur scène, peu importent les restrictions sanitaires qu’on nous impose. On est d’utilité publique et c’est cool d’aller rigoler devant un spectacle pendant deux heures. Dans Écran Total, je vais aussi parler de politique et de la vaccination. Je vais appuyer là où ça fait mal, mais toujours avec un œil bienveillant, parce que je ne sais pas faire autrement. Je vais aussi parler de l’insomnie, pourquoi on ne dort pas ? Ma chambre est bleue avec tous mes écrans. Netflix, la télé, l'iPad, c’est tout juste si je n’ai pas le micro-ondes dans la chambre !

Une citation fétiche à me délivrer ?

Dans son deuxième spectacle, Jamel Debbouze disait : « Tu n’as aucune chance, saisis-la. » J’ai toujours admiré cette citation, Jamel m’a lui aussi inspiré. J’en ai une deuxième, un peu plus old school d’Henri Verneuil : « Parle aux gens que tu aimes comme s’il n’y avait pas de lendemain. »