Meriem Serbah : "Il fallait que la comédie soit ma vie."
- Samuel Massilia

- il y a 2 jours
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Son jeu a cette particularité d’être à la fois très ancré et très ouvert. Meriem Serbah est une actrice qui cherche à être, et c'est justement ça qui touche. Parce qu'elle donne le sentiment d'être profondément présente, sincère, et reliée aux autres. Cette approche, nourrie par la scène, par le travail du corps et du souffle, où chaque intention compte, l'amène à faire circuler librement les émotions. Rencontre.

« Meriem, on vous retrouve ce soir sur France 2, à l’affiche du téléfilm Elles deux, réalisé par Renaud Bertrand. Quelle présentation feriez-vous d’Hasna, votre personnage ?
Elle est née au Maroc et vit en France depuis trente ans. Elle a deux enfants : sa fille travaille en Allemagne et son fils, Djamel (l’un des protagonistes de l’histoire), est un combattant terroriste. Hasna, c’est un peu la mère courage. Elle s’est battue toute seule - après le décès de son mari - pour ses enfants. C’est une femme d’aujourd’hui, moderne, indépendante et travailleuse.
À la lecture du scénario d’Eve de Castro et Sylvain Saada, qu’est-ce qui vous a plu, intéressé ?
Ce sujet - le retour des enfants de terroristes français - était totalement nouveau pour moi. L’actualité n’en fait pas un titre fort, donc ce sujet sensible peut intéresser tout le monde. Un enfant, c’est l’innocence. Hicham fait partie de ces enfants pris en otage. Il est né dans le camp de Raqqa, a vécu avec la guerre et dans l’enfermement. Le film pose cette question : qu’est-ce qu’on fait de ces enfants ? Ça peut faire peur quand on ne connaît pas, on peut le voir comme une « bombe à retardement » et c’est là où le film est humaniste. Hicham a les mêmes besoins que n’importe quel autre enfant et, dans la mesure où leurs familles, d’origine française, ont été reconnues par les services de l'État comme n’ayant aucun lien avec l’islamisme radical, elles ont le droit de revoir leurs petits-enfants, de rester connectées avec eux.

Hasna et Sandrine (Sylvie Testud) sont deux femmes que tout oppose, jusqu’à être reliées par le petit Hicham, interprété par Kassim Lemaitre. Quel partenaire de jeu a-t-il été ?
Il a une maturité sur le plateau absolument impressionnante. Il voit tout, a une attitude concentrée dans le sens où même techniquement, il va demander si la lumière va aller selon ses déplacements, tout en étant extrêmement agréable, tendre et frais. Il est totalement investi, ouvert et attentif. C’est un enfant exceptionnel.
Sylvie et moi, ça a été un coup de foudre mutuel. C’était facile de jouer ensemble. Quand mon agent m’a appelé pour me parler de la proposition du réalisateur, Renaud Bertrand, d’interpréter Hasna (après m’avoir vu dans Les Miens) et de former un duo avec Sylvie Testud, j’ai accepté immédiatement. Sylvie est l’une de nos plus grandes actrices.

Le grand public a pu vous découvrir dans plusieurs films d’auteurs mais aussi sur les planches, dans des pièces de théâtre et des comédies musicales. D’où vous vient cette fibre artistique ?
J’ai une passion folle pour la musique. C’était très présent à la maison, avec des styles totalement différents pour chaque frère et sœur : de Brel à Barry White, de Bruce Springsteen au raï, ça allait dans tous les sens (rires). Et puis, à seize, dix-sept ans, j’ai été bouleversé par la voix et la trompette de Chet Baker. J’en avais les larmes aux yeux. Je l’écoutais dans l’appartement de ma sœur et en fouillant ces CD, je trouvais aussi ce type canon (rires). J’ai appris cette musique pendant un an dans une école de jazz, avant d’être sollicitée par le théâtre. Il fallait que la comédie soit ma vie et je ne vous cache pas avoir énormément travaillé pour ça.
Dans votre formation théâtrale, il y a eu dix années passées avec Jean-Claude Penchenat, l’un des fondateurs du Théâtre du Soleil. Qu’avez-vous appris à ses côtés ?
Tout. C’était mon papa de théâtre. J’ai connu avec lui des années exceptionnelles et appris l’importance du corps et de la voix, mais aussi la rigueur et le sens du travail. Son assistante prenait des notes et si vous fourchiez sur un mot ou le remplaciez par un autre, on allait toquer à votre loge pour le débrief (rires). C’était extrêmement rigoureux et j’adorais ça. Jean-Claude est d’une telle tendresse, il aime les comédiens. C’était magique.

Quels sont vos prochains projets ?
J’ai tourné dans un film avec Josiane Balasko, Fred Testot, Jamel Debbouze et Ilyes Djadel qui va prochainement sortir au cinéma.
Pour conclure cet entretien, auriez-vous une citation fétiche à me délivrer ?
« La tolérance est une vertu qui rend la paix possible. »



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