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Nina Melo : "Ce film est un beau cadeau de la vie."

Elle adore les films fantastiques et de science-fiction, « j'aimerais aller vers des personnages policiers, des soldats, à l'opposé de moi. » Dans Black Tea, Nina Melo incarne une femme embarquée dans un voyage initiatique où chaque personnage se raconte et s'exprime sur un passé qui reste dans la tête. Récemment présente à La Berlinale, Nina revient sur ce qu'il a motivé à devenir comédienne et comment cet art l'anime au quotidien. Rencontre.


© Pénélope Caillet

« Nina, tu es à l’affiche du nouveau film d’Abderrahmane Sissako, Black Tea, en salles demain. À la lecture du scénario, quel a été ton premier ressenti ?

J’ai flippé par rapport au personnage d’Aya, une femme ivoirienne en quête d’identité tout au long du film. J’ai un tempérament assez explosif et Aya est tout en retenue. Je me suis demandée si j’allais être capable de pouvoir être subtile avec ce personnage, elle est très féminine alors que je suis un peu plus androgyne dans la façon d’exprimer mon genre. Ma crainte était de ne pas faire honneur à la beauté du personnage. En lisant le scénario, ma chérie m'a dit qu'Abderrahmane était un génie, pour elle c’était une évidence, j’en étais totalement capable.


Quel partenaire de jeu a été Han Chang ?

Il a été super. Han prenait le temps de bien articuler et de m’apprendre quelques mots en mandarin pour que je puisse saisir certaines de ses improvisations. Pendant le tournage, Abderrahmane pouvait changer ou ajouter certaines répliques. Heureusement, j’avais une répétitrice sur place. Sur le plan humain, Han est quelqu’un de très généreux et de très posé. Il n’avait pas le même stress que moi, celui d’être dans un pays étranger, sans ses proches. Il m’a apporté une certaine sécurité de par qui il est. Et à cet endroit, je le trouve assez proche de son personnage. On avait une alchimie naturelle.


Quelles images te reviennent du tournage ?

On a commencé le tournage avec les scènes où le personnage de Tsai apprend à Aya comment servir le thé. C’était particulier, car nous n’avions pas forcément eu le temps de bien se connaître avant de jouer ces scènes où il y a une proximité, une sensualité entre Tsai et Aya. Ça a été bousculant pour moi et en même temps, on s’est jeté à l’eau. L’ambiance créée par Abderrahmane, très poétique, m’a vraiment emportée. Le champ de thés, c’était un rêve ! Les décors étaient aussi beaux dans la réalité que dans le film, du marché de nuit où se trouve le quartier de Chocolate City, au salon de thé, à la cave et au magasin, c’était magnifique. Ce film, je l’ai vécu comme un beau cadeau de la vie.



Dans une scène, ton personnage partage ses rêves à Tsai autour d’un thé. Quels sont les tiens en tant que comédienne ?

Wouah ! (Rires) C’est assez vaste, j’ai beaucoup de désirs. Sur le plan pro, ce serait simplement de continuer à rencontrer des réalisateurs tels qu’Abderrahmane, un artiste que j’admirais avant de travailler avec lui. Une porte s’est ouverte pour moi avec son film, ça m’a apporté plus de confiance. J’ai envie d’aller vers ce genre de projet unique, qui parle d’individualité et représente les valeurs et les idéaux que je veux voir éclore dans le monde. C’est-à-dire des relations hommes-femmes plus équilibrées, respectueuses, pour les enfants aussi. Je suis dans les grandes lignes du monde des Bisounours. J’aimerais aller dans des films où les identités de genre et de sexualité s’expriment avec poésie, subtilité, parce que dès qu’on est un peu différent ou atypique, on est amené à vivre un parcours de vie fort, mais plus compliqué.


D’où te vient ce désir d’être comédienne ?

Au début, c’était assez superficiel, j’avais besoin d’être vu. Ça vient des complexités de l’enfance où on a envie d’être le centre du monde (rires). Et puis, au fur et à mesure, quand j’ai commencé à bosser, j’ai senti une sorte de spiritualité à mon travail. Les personnages qu’on me proposait - et ceux pour lesquels j’étais choisie - me parlaient à un endroit profond, un endroit où j’avais besoin de travailler en plus. Cette introspection m’a permis de grandir en tant que personne. Aujourd’hui, je peux dire que je suis comédienne. Je me soigne à travers ce métier et les personnages que j’interprète. Avec Aya, on s’est choisi mutuellement. Elle m’a permis de raccrocher avec ma féminité, que ce soit sur le plan de l’esthétique ou de la manière de vivre ses émotions. J’ai reçu un joli soin avec Black Tea. En me confrontant à ce personnage, je me suis réconciliée avec une partie de moi. Quand tu me parles d’idéal pour plus tard, j’ai envie d’aller vers ce genre de voyages. J’ai été obligée de faire corps avec elle et de moins la juger. Au début, je pouvais trouver Aya faible de ne pas dire ses quatre vérités, de ne pas se rebeller face à une injustice. C’est beau d’accepter qu’on ait tous une façon différente de s’exprimer.


Comment s'est fait ton apprentissage du métier ?

J’ai rencontré mon premier agent et quelques mois plus tard, j’étais prise pour ma première expérience dans un téléfilm. Je découvrais un univers qui m’a plu, je sentais que je comptais sur un plateau de tournage. À la suite de ça, je me suis rendu compte que c’était un boulot (rires) de pouvoir solliciter ses émotions de façon spontanée, c’est un exercice qui me demande beaucoup d’entraînement. J’ai suivi des stages AFDAS, puis des cours mais très vite, les écoles ce n’était pas possible pour moi. Je ne sais pas si c’est une phobie sociale, mais je ne suis pas à l’aise avec le côté « compétition » qu’il peut y avoir. J’ai pris beaucoup de plaisir dans des petits ateliers avec des amateurs, je les voyais se déployer et prendre plus de risque, sans la peur du jugement. Ça m’a fait du bien. Quand j’aborde un personnage, je pense souvent aux comédiens amateurs qui découvrent un personnage comme des enfants, presque innocents.


Quels sont tes prochains projets ?

J’écris actuellement un documentaire avec ma compagne sur le parcours de nos parents et la relation qu’on a avec eux. Ma mère est née en Côte d’Ivoire et son père au Congo-Brazzaville. On partira de notre couple pour aller rencontrer les enfants qu’étaient nos parents, pour comprendre qui ils sont aujourd’hui. Ce projet me nourrit énormément. Ensuite, j’ai une série de programmes courts, dont j’ai reçu une bourse Adami Déclencheur. Je conjugue mes amours au féminin, je suis afro-française et j’ai envie de parler de mon parcours de vie, de faire profiter de mon expérience de comédienne, de mes challenges quotidiens.


Pour conclure cet entretien, aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

Il y a quelques années, j’ai joué dans le film Soleils d’Olivier Delahaye. Mon personnage était une jeune femme qui avait perdu la mémoire de ses origines et tout au long du film, son homme de sagesse lui rappelait constamment : « C'est la route qui est belle. » Depuis, je me la répète souvent. »

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