Shawter, le leader de Dagoba !

En 1997, une bande de potes lycéens originaires de Marseille passionnés par le métal décident de créer leur propre groupe. Dagoba voit le jour et après des années d'efforts, de travails et de concerts, ils connaissent une notoriété mondiale dans le death métal. Des centaines de dates et des milliers de vues sur Youtube, ce groupe marseillais prépare son huitième album. Rencontre avec Shawter, le leader de Dagoba !

© Morgane Khouni

« Pourquoi avoir choisi le nom de Dagoba ?

Quand on a monté le groupe, je voulais un nom qui finisse en A avec peu de syllabes, que ce soit facile à retenir et à scander pour le public. Et comme je suis plutôt fan de la saga « Star Wars », je suis tombé sur ça et c'est devenu Dagoba.


Vous êtes originaire de Marseille, ville qui n'est pas très rock, non ?

Ce n'est pas très rock 'n' roll mais il y a quand même une petite scène locale. Après, je pense que dans tous les cas, la musique est universel. Peu importe d'où l'on vient, on peut se faire entendre de partout.


Comment évolue le métal en France ?

Culturellement, ce n'est pas le pays le plus rock du monde comparé à nos meilleures ennemies britanniques par exemple. Mais il y a toujours eu quand même un certain vivier avec ses hauts et ses bas. Les cinq dernières années étaient plutôt en haut, là, j'ai l'impression que ça rechute. Quand on voit l'explosion de gros festivals comme l'Hellfest ou le Download Festival, on voit que le public répond toujours présent. Ça arrive quand même à rassembler des centaines de milliers de personnes donc apparemment, les gens sont toujours là. Comme on dit : rock 'n' roll never die.

Est-ce qu'il y a des groupes qui vous ont donné l'envie de faire ce métier ou c'était une vocation ?

Je pense que c'était à 80 % en moi. Après, les 20 %, c'était effectivement la musique que j'écoutais notamment des groupes comme Metallica ou Pantera qui ont une carrière incroyable. Le mode de vie, la liberté que provoque la musique métal correspond bien à ma personnalité.


En trois mots, comment décririez-vous votre groupe ?

Martial, mélodique et marseillais.

Recherchez-vous à retransmettre un message au public ?

On a jamais franchi les frontières du politique ou du religieux donc il n'y a pas ce type-là de messages par contre, on a toujours voulu essayer de véhiculer l'image d'un groupe qui fait strictement ce qu'il a envie d'un point de vue artistique. Si on veut mettre de l'électro et du classique, on le fait. C'est cette liberté qui me plaît énormément dans le métal et que l'on ne retrouve pas forcément dans les autres styles de musique. On peut entendre des samples classique dans le hip-hop, des boucles électroniques dans la variété par contre on a rarement de la double pédale à fond, des guitares saturés, des hurlements en plus de tout ça. Dans le métal, on est vraiment libre de mettre n'importe quel élément et cela me va très bien.

Dagoba - Stone Ocean (Official Video)


Depuis des années, vous enchaînez les tournées internationales. Comment vous préparez-vous ? Y a-t-il une condition physique et mental ?

Pour ma part, il y a une grosse préparation physique. Par exemple, quand on part aux Etats-Unis au mois de mars, on peut arriver à Chicago où il fait -30° et trois jours après, aller à Los Angeles où il fera plus de 30°. Il faut quand même être prêt physiquement surtout que dans notre métier, on n'a pas de banc de remplaçant. S'il y en a un qui est malade, on a personne pour le remplacer. Il faut que l'on soit en super bonne condition. Mentalement, c'est surtout de s'éloigner de sa famille, de ses proches pendant une certaine durée. C'est la vie qu'on a choisie donc on l'accepte. La force d'un groupe est d'aider un membre qui est moins en forme pour le tirer vers le haut. On occulte pas le fait que l'on mène une vie de rêve avec un métier de passion, on ne peut pas se plaindre.

Vous avez fait le tour du monde et découvert tous les continents. Quels pays est le plus death métal ?

Honnêtement, tous les pays sauf la France. Pour la Scandinavie, l'Espagne, la Suisse, les Etats-Unis, le Japon et l'Allemagne, c'est un style musical courant contrairement à nous.


Quelle scène a été la plus insolite ?

Récemment, on a fait une croisière métal avec plusieurs groupes qui jouent non-stop pendant une semaine sur les eaux intercontinentales. Ça fait partie des petits plaisirs insolites.

Shawter sur les planches allemandes, françaises et bulgares


Un public amateur de votre musique pourrait-il venir à vos concerts ?

Oui, bien entendu. C'est le propre de l'art de provoquer une émotion et je pars du principe que peu importe le métier que tu fais, s'il est bien réalisé, il peut intéresser des gens. Je pense qu'il y a beaucoup de personnes qui sont aptes à découvrir le métal en France.


Très prochainement, vous repartez pour dix dates avec Black Nova. Vous avez ce besoin d'être constamment sur scène, proche du public ?

On a toujours était un groupe live. On fait entre 90 et 100 dates par an depuis une vingtaine d'années. C'est un aspect du job qui nous plaît beaucoup. Aller à la rencontre des gens, dans des grandes capitales ou dans des villages, c'est très important pour nous. On sait que sans eux, on est rien. C'est aussi devenu une certaine nécessité pour les groupes de notre envergure parce qu'avec le téléchargement, on ne peut plus vraiment compter sur les ventes d'albums.

Les dates du « Black Nova Tour » en 2018


Ça continue de marcher pour les ventes d'albums ?

On a la chance que la courbe de croissance de vente de notre groupe continue à grimper malgré le téléchargement. La courbe de vente s'est presque écroulée pour tout le monde.

Aujourd'hui, la promotion se fait par les réseaux sociaux. Vous n'êtes pas un grand fan de ça ?

On a plusieurs Community Manager mais j'essaie quand même de mon côté, sachant que je ne suis pas le meilleur internaute du monde, de me servir des réseaux sociaux pour rester au contact de mon public. Comme je leur dis sur le web, je n'ai parfois pas le temps pour aller les voir à la fin de nos concerts parce que l'on est fatigué ou que l'on doit repartir. Du coup, quand j'ai du temps libre à la maison, s'ils me posent des questions, j'essaie de répondre à tout le monde.


Préparez-vous un huitième album ?

On prépare un prochain album dont la sortie est prévue pour fin 2019. Je pense que l'on va repartir sur une petite centaine de dates pour ce nouvel album.


Vous êtes un passionné de chasse sous-marine. C'est un moyen pour se relaxer et se détendre après une longue tournée ?

Oui, bien sûr. C'est une passion première et un monde complètement opposé à celui de la musique. Un univers de silence et de solitude, c'est un peu relaxant. Je fais ça un peu de partout, du moment qu'il y est un point d'eau, je mets la tête dedans.

L'OM également ?

Je suis un gros suiveur du club. J'ai la chance d'avoir quelques amis champions d'Europe avec qui on rigole bien. C'est une passion et en tout bon Marseillais, je supporte l'OM.


Vous avez beaucoup de tatouages, il y en a un qui est important pour vous ?

Mon bras c'est un peu une fresque aquatique avec toutes mes origines dessus. Le Frioul, le Vietnam, les dates de naissance de mes enfants et le 13 bien sûr pour faire honneur à notre chère cité phocéenne.

Que peut-on vous souhaiter pour le futur ?

Que la vie continue d'être aussi belle pour notre groupe et que l'OM soit sur le podium. »

Merci à Shawter de m'avoir accueilli chez lui pour une interview rock 'n' roll

© 2018 par Samuel Massilia.