Amaury de Crayencour, 100% naturel !

Mis à jour : mai 13

Amaury de Crayencour est un comédien qui multiplie les projets en passant du théâtre au cinéma ou à la série télévisée. Gueule d'ange dans « Le Bureau des légendes », gendre idéal dans « Nos chers voisins », Amaury nourrit son travail d'acteur en visionnant beaucoup de films et séries. Rencontre avec Amaury de Crayencour, 100% naturel !


« Comment s'est passé ton confinement ? Le début a été brutal, nous étions en pleine tournée de « La Machine de Turing » avec Benoit Solès, on s'apprêtait à partir une semaine en Suisse puis deux semaines aux États-Unis. Cette tournée me manque mais le confinement se passe très bien ! C'est un confinement familial, mes enfants ont 3 mois et 2 ans et demi. Je passe mes journées à jouer, comme d'habitude en fait ! Ça fait du bien de passer autant de temps avec eux, on s'amuse beaucoup et on fait beaucoup de cuisine ! Il y a trois ans, tu étais « confiné » dans une chambre d’hôtel au côté de Fanny Valette dans le film « Passade ». Le film a connu un beau succès en festivals et est désormais disponible en VOD. En quelques lignes, peux-tu nous raconter le pitch du film ? C'est l'histoire d'une rencontre entre un homme et une femme. Une escort-girl et son client qui vont être amenés à se découvrir, au-delà des apparences. C'est une belle histoire qui parle d'amour. Un huis clos très sensible. C'est un film de Gorune Aprikian, une expérience qui m'a énormément appris.

© Stéphane Audran

On te connaît pour tes rôles récurrents au théâtre, au cinéma et à la télévision. Ton parcours artistique a démarré à quel moment ? Je fais du théâtre depuis mes 17 ans et c'est mon métier depuis ma sortie du Studio théâtre d'Asnières en 2010. C'est un Centre de Formation pour Apprentis comédiens. Une école qui te met le pied à l'étrier car tu travailles déjà pendant ta formation. On y apprend le chant, la danse, le masque, le jeu face caméra mais aussi l'écriture, la mise en scène, la technique. C'est très complet, et je travaille encore aujourd'hui avec des gens avec qui j'étais à l'école en 2007 !

Avant cette période compliquée, on pouvait te retrouver sur les planches de théâtre avec la pièce « La Machine de Turing » orientée sur une période de la vie du mathématicien Alan Turing. Quel est ton rôle dedans ? En fait j'en ai trois ! « La Machine de Turing » c'est l'histoire d'Alan Turing, mathématicien anglais qui a "cassé" le code secret grâce auquel les Allemands communiquaient pendant la guerre. Dans la pièce de Benoit Solès, Alan rencontre un policier, un gars de la rue et un champion d'échec.


© Stéphane Audran

Le sergent Ross enquête sur lui, Arnold Murray devient son amant et Hugh Alexander travaille avec lui au décryptage du code. Ce sont trois personnages issus de milieux sociaux différents, ils n'ont pas les mêmes vies ni les mêmes ambitions et donc ils entretiennent des rapports très différents avec Turing. C'est absolument passionnant d'interpréter les trois ! Beaucoup t'ont découvert avec ton rôle de Simon dans la série à succès de Canal + « Le Bureau des légendes ». Comment as-tu rejoint cette création originale ? Eric Rochant, créateur, auteur, réalisateur et "showrunner" de la série cherchait des comédiens pour cette nouvelle série. Il est venu me voir au théâtre dans "Le Porteur d'Histoire" d'Alexis Michalik et il a beaucoup aimé. J'ai ensuite passé des essais et il m'a proposé ce personnage génial de Simon. Quelle description donnerais-tu de ce personnage ? La première didascalie qui décrit le personnage évoque une "gueule d'ange". Simon est amené à "tester" des agents, c'est un dur, un mec qui n'a pas peur d'utiliser la manière forte pour obtenir ce qu'il veut. Mais ça ne se voit pas de prime abord. C'est quelqu'un qui cache bien son jeu et qui maîtrise l'art de la manipulation. Mais il a aussi du cœur... et c'est là que je m'arrête pour ne rien spoiler.


Il y a cinq ans, Canal + mettait en place une caméra cachée visant à piéger des candidats lors d’un entretien d’embauche pour la série. La chaîne te fait glisser dans la peau d’un recruteur chargé de tester le potentiel des candidats. Que t’évoque cette façon originale de promouvoir la série ? C'est génial ! Quelle belle idée ! J'ai adoré faire ça. Arthur Laloux a imaginé le concept, le Studio Bagel et Canal + ont produit et j'étais le faux recruteur. Allez voir ça sur YouTube si vous êtes fan de la série. Ça s'appelle "Entretien d'embauche sous haute tension". Je devais recruter des gens comme agent de renseignements mais eux pensaient venir pour un boulot de chargé de mission dans la com' ou dans le digital. Bien sûr après la caméra cachée ils avaient tous de vrais entretiens. Je me suis beaucoup amusé à faire ça. C'est intéressant en terme de jeu parce qu'il fallait que je sois 100% naturel pour ne pas me faire griller... ma légende devait rester intact. Dans « Nos chers voisins », tu interprètes un personnage aux airs de gendre idéal. Quel accueil as-tu reçu de la part des autres comédiens qui se connaissaient depuis un bon moment ? À mon arrivée ils m'ont fait une blague les coquins ! Ils ont fait semblant d'être très désagréables. "Ah c'est toi le nouveau ?!". Mais très vite j'ai compris qu'ils plaisantaient et on a beaucoup ri. Les quatre années de tournage de cette série ont été merveilleuses.

© Benoit Solès

Les journées de tournage étaient longues et rythmées. En intégrant ce programme de TF1, as-tu eu la sensation de rejoindre une troupe de théâtre ? Exactement ! En fait presque tous les acteurs de la série viennent du théâtre et il y avait réellement une atmosphère de troupe qui régnait sur le plateau.

Tu auras été pendant trois ans le docteur Derek. As-tu le souvenir d’une anecdote de tournage ? Le truc le plus dingue c'est un sketch avec Gil Alma. On a tourné un sketch où la porte devait s'ouvrir sur un ascenseur plein de pop-corn. On a été ensevelis dans des milliers de pop-corn, un ascenseur plein jusqu'au-dessus de nos têtes !

De quelle façon nourris-tu ton travail d’acteur ? Je regarde beaucoup de films, de séries et je vais au théâtre. On est des éponges, on a besoin de se nourrir du travail des autres. Pendant la tournée de « La Machine de Turing », je m'amusais d'ailleurs beaucoup à mettre des petites touches de ce que j'avais regardé la veille. « Mindhunter » pour les interrogatoires, des westerns pour les jeux de regards et la confrontation entre les personnages. « The Irishman » pour le gars de la rue. Et dans chaque scène de la pièce je jouais un peu différemment chaque soir.

En 2005, tu proposes ta voix pour le film « Munich » et diverses télénovelas. Quelle préparation as-tu quand tu prêtes ta voix ? Le travail de la voix a été une étape très importante dans ma construction en tant qu'acteur. La voix est quelque chose qui me fascine chez les acteurs, je me souviens encore aujourd'hui de la voix des comédiens des cassettes que j'écoutais le soir avant de me coucher... J'ai un souvenir très précis de Pierre Arditi lisant « Le Petit Prince » par exemple. Alors je fais attention, je la ménage, en hiver je bois beaucoup de citrons et de miel, du thym aussi avec des huiles essentielles, une vraie mamie ! Et avant de jouer je répète mon texte en exagérant ma diction pour bien échauffer les muscles de la bouche et de la langue.

© David Nicolas Parel

As-tu des projets en vue ou c’est difficile de se projeter ? Nous allons reprendre la tournée de « La Machine de Turing » et j'ai un projet de film. C'est drôle parce que c'est un film post-apocalyptique. Une histoire entre un père et son fils. Je joue le père. C'est une grande chance de pouvoir défendre un rôle principal dans un film alors j'ai hâte. C'est le premier long-métrage d'Anthony Lesaffre, jeune réalisateur très talentueux. Aurais-tu une citation fétiche à nous délivrer ? "Rien de plus futile, de plus faux, de plus vain, rien de plus nécessaire que le théâtre" de Louis Jouvet. Que peut-on te souhaiter pour le futur ? De continuer à faire mon métier dans de bonnes conditions en alternant les projets passionnants au théâtre, à la télévision et au cinéma tout en menant une vie de famille épanouie avec ma femme Baya Rehaz et nos deux enfants. »

© 2018 par Samuel Massilia.