Baya Rehaz, une femme active et motivante !

Mis à jour : mai 13

C'est en CE2, avec des ateliers de théâtre qu'elle tombe sous le charme de la comédie. Abonnement au cinéma, fidèle lectrice de biographies et formée pour se sentir légitimer, Baya Rehaz est un exemple pour tous ceux qui n'osent pas se lancer dans un métier précaire. Auteure, comédienne et réalisatrice, elle est une artiste multi-facette qui s'adapte à toutes les situations. Rencontre avec Baya Rehaz, une femme active et motivante !


© Sabrina Ghames

« Comment s'est passé ton confinement ? J’étais un peu confiné avant car j’ai accouché de mon deuxième enfant en début d’année et depuis, ma principale activité est de m’occuper de lui et de sa grande sœur. Nous sommes à la maison en famille donc pour moi ça se passe hyper bien. Sur l’aspect créatif, j’étais jusqu’au dernier moment sur la post-production de « Baby Clash » et je trouve le temps d’écrire un nouveau projet. Depuis le 30 avril, nous pouvons découvrir ta web-série « Baby Clash » sur Youtube. En quelques lignes, raconte-nous le synopsis. C’est l’histoire de Thomas, un jeune célibataire de vingt-cinq ans, qui rentre avec une jeune fille qui s’appelle Mina et qu’il a rencontrée en soirée. Ils ne se connaissent pas et vont très vite se laisser entraîner dans le tourbillon de l’amour. Elle va s’installer chez lui dans sa coloc. Et après quelques semaines de relation seulement, elle va tomber enceinte. Cette grossesse et cette naissance vont mener à une crise dans la vie de ce couple dont le fonctionnement va être totalement bouleversé. Cette crise à un nom : le baby clash. Tu as fait le choix d’une « dramédie » en format rapide. Etait-ce un exercice compliqué ? C’était un exercice sinueux, compliqué. Je suis assez exigeante artistiquement. Pour moi, le manque de moyens ne justifie pas de faire quelque chose d’amateur. Ceux qui regardent ne sont pas censés connaitre les conditions de tournage et ils s’en fichent d’ailleurs, eux ils veulent voir quelque chose de qualitatif et je ne peux pas faire autrement que de faire en sorte que ça le soit. Je suis de nature perfectionniste. Je me suis entouré de gens qui étaient prêts à s’investir avec moi malgré les conditions restrictives que comporte ce genre de projet en auto prod. Ils se sont beaucoup investis parce qu’ils me connaissaient et avaient travaillé sur « Paris, un jour de… » et étaient prêts à remonter à bord avec moi si je puis dire, sinon pour les autres que je ne connaissais pas, ils sont venus après lecture du projet, visionnage de « Paris, un jour de… ». Et discussion avec moi où on a échangé sur ma vision, sur les moyens dont je disposais et sur ce qu'ils pouvaient apporter.



Je les remercie car ils ont tous à leur niveau donner le meilleur d’eux-mêmes. On était tous ensemble soudé. Il y avait vraiment une super ambiance bien qu’on ait eu affaire à pas mal d’obstacles, de la prépa à la post-prod. Tout le monde a fait en sorte de trouver des solutions avec moi. Je trouve que le résultat est à la hauteur du travail fourni par chacun. Vraiment faut le dire. Le cœur était le nerf de ce projet. Au casting : Mickaël Lumière et Yasmina Talibi. Tu les avais en tête dès le début du projet ? Pour Mickaël, c’était très évident dès le début du projet. Je le connais depuis très longtemps. Il est solaire, gentil, très touchant. Pour le rôle de Mina, je suis passée par deux, trois étapes avant de tomber sur Yasmina Talibi. Elle m’a été conseillée par sa coach qui est une amie. Je l’ai rencontrée, on a échangé, je savais que c’était un risque parce qu’elle n’avait rien fait avant mais je voulais prendre ce risque avec elle. Yasmina est une jeune actrice qui a envie d’apprendre. Elle a une super énergie de travail. Je ne l’ai pas lâchée sur le plateau. Elle a beaucoup travaillé. Et puis je ne le savais pas mais elle connaissait Mickaël puisqu’ils ont été au Cours Florent ensemble. Donc ça c’était un signe pour moi. Dans les cinq épisodes, le visuel est très fort en faisant passer des messages sans la prise de paroles. C’était l’un de mes défis. Il fallait encrer beaucoup de choses très rapidement. Le format est tel que je dois aller à l’essentiel et dessiner des personnages avec des caractéristiques bien définies. Au moment où Mina est enceinte, on a fait un travelling avant sur elle et j’avais fait le choix de ne pas filmer Thomas. C’était son moment à elle. Elle portait la vie. J’avais envie de filmer son regard, un mélange de peur, de bonheur et d’excitation.



C'est un moment très émouvant. Son regard et son sourire disent tout. Pourquoi vouloir absolument mettre des paroles... tout y est là et c’est plus fort avec ce travelling avant qui indique qu’on entre avec elle dans cette nouvelle étape. On va traverser ce qu’elle va traverser. On n’avait pas de rail donc c’est un travelling fait à la main. C’était sport à faire, j'aurais pu ne pas le faire mais ce plan-là j’y tenais. Le tournage a duré combien de temps ? Deux jours et demi. On a tourné un samedi de 13h à 23h car il y avait des séquences de nuit. Le dimanche, on a fait une journée entière et le lundi on a fini à 12h30 parce que Mickaël devait prendre un avion pour aller à l’avant-première du film « La Vérité si je mens : Les débuts » à Nice, sa ville natale. J’avais prévu trois jours mais il a appris ça cinq jours avant. Il ne pouvait pas le louper, impossible que je tourne sans lui et que je décale... donc je me suis adaptée et j'ai pris la décision de raccourcir d’une demi-journée. Ce temps restreint a été aussi inconfortable que challengeant. J’adore les défis, ça me pousse à la créativité. Arthur Tabuteau mon premier assistant avait cette difficile tâche de rentrer onze séquences sur ce temps restreint sans que l’on soit frustré à l’artistique.


Penses-tu à une saison 2 ?

Pas du tout (rires). Beaucoup de personnes me disent qu’ils veulent les revoir dans leur vie d’après. Ça demande beaucoup de travail. J’ai écrit ce projet après ma première grossesse et je l’ai tourné enceinte de mon deuxième enfant. J’ai fini les derniers points d’étalonnage mardi dernier pour une diffusion le jeudi. En tout, ça m’a pris neuf mois de mon temps de la préparation à la publication sans compter l'écriture. Après « Paris, un jour de… », ça m’a manqué de ne pas tourner de projet à moi. J’ai proposé « Baby Clash » à quelques productions qui l’ont refusé. Je me suis donc dit que je le ferai toute seule parce que le « non » est toujours moteur pour moi. Et me voilà repartie au combat. J’avais besoin de remontrer mon écriture, mon univers et d'avoir une carte de visite encore plus complète pour mes différents projets que je souhaite développer avec des productions. Ce n’est pas ta première série web puisque tu as démarré avec « Paris, un jour de... ». Parle-nous de tes débuts de créatrice. Je sortais d’une période très difficile dans ma vie professionnelle. Je n’avais pas mon statut d’intermittent, je n’avais pas de casting, bref il ne se passait rien. Au bout d’un moment, je me suis dit qu’il fallait y aller. Je lis beaucoup de biographies, ça me passionne et j'en ai tiré une leçon, il faut provoquer sa chance. Du coup, j’avais écrit un épisode « Paris, un jour de Saint-Valentin » que j’ai tourné en deux heures dans un bar, sans autorisation, sans micro, avec mes copines. C’était naïf mais voilà ça m’a permis de mettre le pied dedans. Il y avait cette énergie déjà présente et le projet a plu.



On m’a demandé d’en faire un autre et le deuxième a été un pilote pour aller en festival. À la suite de ça, j’ai envoyé le projet un peu partout et personne ne m’a reçu. Je l’ai posté sur Facebook et j’ai demandé à des copains influents de le partager le même jour à la même heure. Les gens de Dailymotion ont vu le projet et m’ont demandé si j’avais écrit d’autres épisodes parce que ça leur plaisait, qu’ils n’étaient pas producteurs mais qu’ils pouvaient pousser le projet en le mettant en avant, une fois posté pour qu’il ait plus de vues (aujourd’hui « Paris, un jour de... » a plus de 3 millions de vues, il a ensuite été sur des plateformes comme MyTF1, CanalPlay, WeLoveCinema et même à l’étranger). J’y suis allé au bluffe car je devais avoir un épisode en plus d’écrit mais j’ai dit oui.



Je me suis retrouvé embarquée là-dedans avec un planning de diffusion à respecter et donc pendant six mois à écrire, produire les épisodes, les tourner, les monter, préparer celui d’après. C’était assez fou. J’ai appris sur le tas. J’ai saisi ma chance sans me poser trop de questions sur le comment on fait. Et j’ai bien fait. Il y a eu un gros succès et la deuxième saison a été produite par Canal + et c’est comme ça que j’ai trouvé mon agent actuel, que j’ai fait des consultations de scénarios, que je développe des projets qui sont en prod… Parfois faut foncer. A trop réfléchir, on se trouve toujours des excuses. Tu gères tes projets de A à Z avec un regard dans tous les domaines. Ça te forge également en tant qu’artiste ? J’ai beaucoup de mal à déléguer, je suis assez autoritaire. Par exemple, je ne travaille jamais avec des scripts. Je suis du début à la fin au montage, je ne laisse rien passer. Je discute aussi avec ma monteuse Charlotte Teillard qui me donne son avis quand je doute et avec qui on partage beaucoup au montage. Je l’adore. Mais je maîtrise tout de A à Z parce que je n’ai pas le choix au final. C’est ton fardeau quand tu décides de monter un projet seul. Sur les tournages, quand je ne suis que comédienne, je regarde le positionnement des caméras, des lumières, la façon de diriger tout en restant à ma place de comédienne. Pareil avec les séries ou films que je vois, j’ai appris à regarder comment c’est fait. Je me nourris beaucoup de photos aussi, peintures... Pour moi, c’est plus compliqué de laisser un projet dans le tiroir que de le tourner. « Baby Clash » aurait pu ne jamais voir le jour mais je trouvais que ça valait le coup d’en parler. Et je crois que j’ai bien fait (rires) .


© Sabrina Ghames

Justement, quand est-ce qu’est né chez toi cet amour pour la comédie ? À l’école, en CE2, il y avait des ateliers de théâtre tous les jeudis. Je m’amusais comme une folle à faire des personnages, à tel point qu’au spectacle de fin d’année on m’a donné le rôle principal. Je n’avais pas du tout honte, j’étais très à l’aise et ça m’amusait tellement. Vraiment à huit ans je savais que je voulais faire ça. Après j’ai grandi tellement loin de ce milieu que ça paraissait inaccessible. Plus tard, vers l’âge de seize ans, une association s’est créée dans mon quartier pour amener le cinéma dans les banlieues. Ensuite, j’ai été à la fac, école de commerce, j’ai eu bac+5 en communication corporate et politique mais après un an dans le milieu du travail j’ai tout arrêté et je me suis inscrite dans une école de théâtre. Il était temps de réaliser mon rêve mais fallait être pragmatique et moi qui venait de nulle part je me devais de me former comme il se doit pour me légitimer. Tu te professionnalises ensuite à l’Entrée des Artistes, école dirigée par Olivier Belmondo. C’est une école qui a été très bienveillante, on était quinze élèves, les cours se passaient dans un théâtre dans le XIIIème. J’y allais trois fois par semaine, je faisais l’aller-retour de l'Essonne où je vivais et c’était ma bulle à moi. J’adorais ça. À l’époque, je ne gagnais pas d’argent. Mon seul hobby était d’aller au théâtre et d’acheter des livres chez Gibert Joseph. J’avais aussi la carte Gaumont dans laquelle j’avais investi pour nourrir ma passion du cinéma. Un abonnement que j’ai encore même si avec deux enfants j’ai moins le temps.

Sur le grand écran, la réalisatrice Anne Depetrini t’offre ta première chance dans le film « Il reste du jambon ? ». Quels souvenirs en gardes-tu ? C’était incroyable. J’adorais Anne Depetrini, c’était Miss météo de Canal + et j’aimais l’énergie de cette femme. C’était un modèle. Je passe le casting pour ce rôle en pensant que je ne l’aurais pas. Anne demande à me voir très vite. Je la rencontre et elle me dit que j’ai un air de madone et que ce serait parfait pour le rôle qui était celui d’une jeune femme qui décide de porter le voile alors que jusqu’ici elle ne le portait pas.



Et le message d’Anne était très clair, c’était de montrer que contrairement à ce que parfois on peut entendre, ces femmes qui portent le voile pour la grande majorité elles le décident par elle-même. C’est une démarche personnelle. Le rôle était petit mais très intéressant. J’en garde un souvenir ému. Anne est devenue une grande sœur. J’ai rejoué dans son second film ensuite « L’école est finie ». J’ai aussi rencontré Leïla Bekhti sur ce tournage qui est devenu une amie. Nos enfants ont le même âge. 2013 est une belle année cinématographique pour toi : rôle de Meriem dans « La vie d’Adèle », réplique donnée à Éric Judor dans « Mohamed Dubois » et rôle principal dans le film « Afflicted » récompensé en festivals mais pas sortie en France. Que t’évoque cette année-là ? C’est le moment où je me dis ça y est « je suis actrice ». Abdellatif Kechiche j’avais envie de travailler avec lui. J’avais monté ma compagnie théâtrale et je l’ai invité à venir voir mon spectacle que j’avais mis en scène, produit et joué dedans. Il a adoré la démarche car lui aussi vient du théâtre. Il est aussi artisan dans la manière de faire ses films. Sur le tournage, j’ai rencontré Adèle qui est devenue une petite sœur. Dans « Mohamed Dubois », c’était de la comédie et je me suis beaucoup amusé avec Éric Judor. Et « Afflicted », c’était complètement dingue.



Aujourd’hui, je ne peux pas dire comment je me suis retrouvé sur ce casting (rires). Je tournais à l’époque les épisodes de « Paris, un jour de » avec l’appareil photo qu’on m’avait prêté et je reçois un mail en anglais. Le casting se passe avec les deux prods, les deux réalisateurs et ce n’était que de l’improvisation en anglais of course. Et je me retrouve en Italie, à Vancouver, je fais des scènes de cascade avec un coach pour les combats. Le rôle est génial, le film est hyper regardé mais n’est pas diffusé en France. Il remporte des prix dans plusieurs festivals. Je reçois encore tous les jours des messages sur ce film. Travailler avec des « anglo-saxons » a changé ma vision de ce métier. J’adore leur implication à tous les niveaux et leur force de travail.

Quels sont tes futurs projets ? J’étais en congé maternité et on avait la troisième session de la série « Tandem » qui devait durer cinq semaines. En juin, on devait avoir une autre session mais là tout de suite avec tout ce qui se passe ça semble compliqué de reprendre la direction des plateaux de tournage. Aurais-tu une citation fétiche à nous délivrer ? « Impose ta chance, sers ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront » de René Char. C’est mon leitmotiv. Que peut-on te souhaiter pour le futur ? De grandir encore plus en tant que comédienne et de pouvoir développer mes projets en tant que scénariste et réalisatrice. »

© 2018 par Samuel Massilia.