Béatrice de La Boulaye, show must go on !

Elle a le spectacle dans la peau, le don de la mise en scène et un talent de comédienne incontestable. Béatrice de La Boulaye excelle sur tous les terrains. Girly Pop Soap dans la peau de Scotch Brit, personnage qu'elle a créé de toutes pièces, Béatrice et ses camarades d'Airnadette ont en commun la folie, l'absurde et le détournement des codes dans un show à savourer en famille ou entre potes, pour le rire et la bonne humeur. Rencontre avec Béatrice de La Boulaye, show must go on !


© Arié Elmaleh

« Ce vendredi est un rendez-vous à ne pas manquer avec le spectacle Airnadette - le Pire contre-attaque à l’Elysée Montmartre. Béatrice, comment te sens-tu à la veille de la représentation ?

Je suis particulièrement émue et un peu rouillée aussi (rires). C’est devenu très précieux de partager le spectacle vivant avec un public. On se prépare, on a envie d’y aller. Cette date a été beaucoup déplacée, reportée. On est très impatients. Airnadette, c’est un spectacle défouloir, tout le monde est impliqué, le public participe. On rigole et on assiste à un concert en même temps. C’est un bon mélange de plein de belles énergies. Ça va être une vraie fête.


C’est tout ce dont on a besoin en ce moment. Le public pourra (re)découvrir 70 ans de répliques de films, de publicités, de discours politiques ou encore de tubes à succès. C’est un véritable show qui a demandé quelle énergie et combien de temps pour mélanger tout ça avec humour ?

Avec le premier spectacle La Comédie Musiculte, on a un peu inventé notre propre méthode. C’est sept, huit mois d’écritures où on essaie plusieurs montages sons jusqu’à ce que ce soit drôle. C’est énormément de travail. À chaque représentation, les gens sont embarqués. On a réussi à inventer une recette d’écriture assez efficace. Apprendre à jouer le show demande six semaines de répétitions. On ne se lasse jamais de jouer Airnadette. Notre énergie se ressource à chaque fois qu’on joue. Ce spectacle est une boule d’énergie impérissable.


Vous avez aussi inventé une méthode de jeu, en plus des chorégraphies à apprendre et signées Julien Derouault…

C’est du mime synchronisé sur une bande-son, donc il faut que ce soit millimétré avec les chorégraphies. Et en même temps, il y a un côté cartoonesque. Julien est un chorégraphe de danse contemporaine. La rencontre était géniale. Sur scène, on bouge comme du Tex Avery, c’est assez étonnant et nouveau.



Dans ce spectacle, tu es Scotch Brit. Un personnage sautillant et futé dont on a vu pour la première fois le visage à la Nouvelle Star en 2008…

Exactement. Tu es bien renseigné ! J’avais créé le personnage pour l'exposition "Playback" au musée d’art moderne de Paris. La Fédération Française de air guitare nous avait calés là pour faire des démonstrations de brosses à cheveux. Scotch Brit est née à ce moment-là. On connaissait le rédacteur en chef de la Nouvelle Star et il m’a demandé de faire une blague au jury. Je n’ai pas chanté mais fait un playback silencieux, sans musique. C’était assez conceptuel et très amusant. Airnadette, c’est incarner le sentiment de la musique, de la pop culture. Matthieu Chedid disait qu’on était parfois plus expressifs que les musiciens et acteurs eux-mêmes. On amplifie la sensation.

Matthieu Chedid adore Airnadette. Il vous a fait monter sur scène à ses côtés...

On faisait une tournée aux Etats-Unis pour le tournage du documentaire United States of Airnadette pour Canal. Le dernier jour, Matthieu est venu nous voir en concert à Los Angeles, il a adoré et nous a promis de nous rappeler à son retour à Paris. On s’est dit qu’il ne nous rappellerait jamais mais il nous a appelés pour faire sa première partie à Bercy. On a complètement halluciné. Voilà quelqu’un qui tient ses promesses, c’était un très beau cadeau.


Ce spectacle a un passeport international : Espagne, Angleterre, Danemark…

Avec notre premier spectacle, on s’est lancé dans l’écriture en anglais. On a pris des références de films américains et anglais, tout en gardant la même histoire. On l'a transposé en anglais avec du Monty Python par exemple. On s’est ouvert un autre marché avec l’Ecosse, l’Angleterre, le Canada, la Pologne, la Suède… On a été un peu partout, c’est une super aventure. Airnadette, c’est quatorze ans d’enchantement. C’est une machine à concrétiser les rêves et la preuve qu’un rêve peut devenir réalité.


Il y a un réel attachement à l’univers d’Airnadette. On peut voir la web-série sur Youtube ou se procurer le t-shirt sur le site… C’est un peu comme un Marvel !

On a tous baigné dans la culture du super-héros. On est un peu des super-héros de la connerie, du rock’n’roll et de la pop culture. Chacun a son identité. Mon personnage incarne la musique pop, elle est aussi naïve, dans un univers sucré. MRodz défend la street culture et le hip-hop. Moch Pitt c’est toute la musique indé, tous les anti-héros c’est pour lui. Château Brutal a pris une pré-retraite - il est remplacé par l’excellent Bretzel Washington - et lui, c’est la musique des années 70, le rock à papa. Jean-Françoise c’est la dépressive du groupe avec toutes les divas qui s’épanchent sur leur malheur dans la chanson ou le cinéma, elle incarne toutes les fragilités de la pop culture.


Tous ces personnages sont superbement dessinés, sans oublier le manager Philippe Risotto…

C’est notre manager un peu véreux. Il est toujours en train de nous la faire à l’envers et il nous promet toujours les étoiles. Il est avec nous depuis le début avec son costard dégueulasse et beaucoup de femmes dans sa loge (rires).


Béatrice dans la peau de Scotch Brit © DR

Béatrice, ce que je trouve remarquable chez toi, c’est ta polyvalence. Metteur avec un (e) en scène, comédienne, doublage, auteure. Ce goût très prononcé pour l’art est-ce un héritage culturel avec un papa peintre par exemple ?

En effet, mon père est peintre et ma mère orthophoniste et psychothérapeute. Je suis la parfaite symbiose de mes deux parents. L’artiste et la parole ont donné une comédienne, auteure et metteur en scène. Le langage est mon outil. J’ai toujours aimé explorer plein de choses. Cette polyvalence est ma façon de comprendre le monde dans lequel j’ai décidé de travailler. C’est aussi de la curiosité et une façon de se donner du travail. J’ai eu la sensation de commencer ce métier un peu tard, même si ce n’était qu’à vingt ans. Je voulais le faire plus tôt mais j’ai fait des études, histoire de satisfaire mes parents…


Dès le départ, j’ai eu envie d’en découdre, de comprendre comment ça marchait. J’ai appris la production et surtout, à rendre les projets concrets pour qu’ils ne restent pas dans une boîte à idées. Quand on sème plein de graines, il en pousse toujours quelques-unes. Au bout de vingt ans, il y en a plein qui ont poussé pour moi (rires). Pour un artiste, la liberté de création est précieuse. Je me suis toujours créé des dynamiques pour pouvoir être libre de créer ce que je voulais.


À Dublin, à Trinity College, c’est un professeur de dramaturgie qui te pousse à la mise en scène ?

Je suis allé à Dublin par Erasmus et là-bas, j’ai pris un cours de mise en scène. On ne pouvait mettre en scène que vingt minutes, j’étais frustrée et le prof m’a dit que je n’avais pas besoin de l’école pour mettre en scène. En France, il y a ce truc où il faut faire plein d’études, valider plein de diplômes alors que chez les Anglo-Saxons, c’est l’inverse. En rentrant en France, j’ai mis en scène Fin de Partie de Beckett. Je me suis planté sur certains trucs mais c’est une super école, on ne fait jamais rien de parfait. Cette pièce a été jouée trois ans à Paris, c’était génial, ma première histoire de mise en scène. Depuis, je n’ai jamais arrêté.


Tu as monté le collectif La Comédie Presque Française

Je dirige la collection artistique avec ma cousine Célia (Jean-Françoise dans Airnadette). C’est une nouvelle façon de créer des projets. France Télévisions nous a commandé cinq pièces pour 2022, l’année des Molières : A base de Misanthrope Hop Hop Hop, en comédie musicale hip hop, L’Avare, la Brute et le Truand en western, Don Juan-les-Pins en teen movie gore, Le Malade Imaginaire en télénovelas et le petit dernier, Le Scapin de Noël pour les fêtes. Ça va être très sympa (rires).


© Arié Elmaleh

Un joli programme ! Et les téléspectateurs de France 2 pourront être devant la saison 3 de Tropiques Criminels

Quand on commence une série, on ne sait jamais si ça va marcher. Les chaînes sont de moins en moins patientes, elles ont des objectifs de réussites immédiats. Pour nous, ça a marché tout de suite. Avec Sonia (Rolland), on aime beaucoup nos personnages. On est très fières de la série, elle est utile, en plus de divertir. France Télévisions a de l’audace avec l’envie de se démarquer. Parler des territoires d’Outre-Mer, de la diversité, ce sont des sujets importants et pas si traités que ça dans les séries. On a une production très volontaire. Cette série a été créée par les producteurs et ils ne se laissent pas déstabiliser par les circonstances, ils ne baissent pas les bras. Il faut les féliciter pour ça.


Je me rends compte que je suis hyper fidèle ! Trois ans avec Anne-Sophie Mansard dans KD2A, quatorze ans d’Airnadette, quatre ans Les Feux de l’amour et du hasard et quatre ans avec Gaelle Crivelli. Je suis toujours en bande. Je n’ai que des histoires qui durent, j’ai très peu d’amourettes (rires).


Béatrice, je te propose de faire un tour d’horizon de tes prochains projets. De quoi peux-tu me parler ?

J’ai un projet d’écriture avec Bérengère Krief. On cherche le format qui convient. C’est une adaptation de son spectacle Amour, qu’elle joue actuellement. J’ai aussi un projet d’écriture avec l’illustratrice Bénédicte Voile. Elle a su que j’avais eu un cancer du sein droit en février et elle m’a proposé d’écrire un bouquin mode d’emploi, un peu dédramatisant pour les filles qui découvrent ça.


Au cinéma, le film Zaï Zaï Zaï Zaï sort le 26 février. On l’a tourné il y a tellement longtemps… Je suis une grosse passionnée de FabCaro. J’étais tellement contente de faire partie du film. François Desagnat m’a fait un très beau cadeau… euh, ce n’était pas un cadeau puisque j’ai passé le casting (rires). Je suis très fière de faire partie de cette aventure et j’ai hâte de voir comment le public va l’accueillir. Et en parlant de cinéma, on a co-écrit avec François le scénario d’Airnadette. Il est dans le très long embouteillage des films qui doivent se faire. Alain Attal est venu nous chercher il y a dix ans. On ne sait pas si ce sera l’épisode final d’Airnadette. J’ai le script à la maison et je peux te dire qu’il est très bien (rires).


Pour conclure cet entretien, aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

Il en faut peu pour être heureux. Baloo. »