Benoit Joubert, la scène et lui !

Benoit Joubert a dix-sept ans dans sa tête. Le théâtre a endossé le rôle de thérapie pour cet ancien timide à la joie de vivre communicative. S'il a commencé sur les planches en duo, Benoit s'est également illustré seul-en-scène mais c'est avec son ami Gil Alma qu'il retrouve son premier amour : le spectacle à deux. Rencontre avec Benoit Joubert, la scène et lui !

© Eric Traversie

« Quelle a été ta réaction à l’annonce de ce nouveau confinement ?

Malheureusement je m’y attendais. Ce n’était vraiment pas une surprise pour moi. Avec Gil, on l’avait évoqué en début de semaine avant même l’annonce. Nos dates sont reportées mais pas annulées. C’est un peu particulier, on fait au jour le jour. C’est inconfortable mais on n’a pas le choix.

Il y a nous qui sommes sur scène mais aussi et surtout les régisseurs, les techniciens, les théâtres, c’est toute une famille qui est touchée. On ne peut pas se serrer dans les bras, mais il faut se serrer les coudes en attendant que cette crise ne devienne qu’un mauvais souvenir…

Tu étais d'ailleurs en tournée avec le spectacle Gil et Ben. Comment ce spectacle est né ?

Avec Gil, on se connaît depuis 10 ans et il produisait aussi mon spectacle et quand je ne jouais pas, je faisais sa première partie. Lors d’une date à Montbéliard, à la fin de son spectacle, il me fait revenir sur scène, on improvise deux trois conneries ensemble, et le public réagit super bien. Ce soir-là, on a décidé d’unir notre connerie et Gil et Ben est né.

Justement, quel est le thème abordé ?

Gil va se marier et il fait appel à son ami d’enfance, qui vient du sud-ouest, pour l’aider à préparer ce mariage. On va aller tous les deux au salon du mariage où on va rencontrer plein d’intervenant : des gendarmes qui font partie de l’adulterie nationale pour rappeler les règles de fidélité au sein d’un futur couple marié, des curés syndicalistes qui veulent révolutionner l’Eglise, des organisateurs de mariage espagnols qui proposent un mariage clé en main à 100 000 € la journée mais attention ça vaut le coup et on a aussi des intervenants belges qui viennent faire l’animation.

© Eric Traversié

Comment définirais-tu le ton de votre duo ?

Avec Gil on a un humour à sketchs. On est issu d’une formation de comédien et on aime incarner. C’est très clownesque, le clown blanc et l’Auguste. On nous a dit dernièrement qu’on faisait penser au duo Antoine De Caunes-José Garcia. On veut divertir les gens et aujourd’hui on en a besoin. Ce spectacle est un voyage, il faut s’embarquer avec nous et ça part dans tous les sens.

Quels sont les avantages et inconvénients de travailler à deux ?

Il y a plus d’échanges, j’aime être dans la réaction. C’est vachement plus moteur d’être à deux. En inconvénient, nous concernant, étant dans le sud et lui à Paris, parfois c’est compliqué de travailler. C’est le seul inconvénient, je n’en vois pas d’autres.

Ce n'est pas la première fois que tu joues en duo puisqu'en 2012 tu étais en tandem avec l'humoriste Farid Amziane…

Exactement ! J’ai commencé dans l’humour en duo. Je reviens donc à mes premiers amours. J’ai toujours aimé partager la scène. Et refaire ça avec Gil, c’est l’apothéose. On verra si c’est la même chose pour les gens (rires).


© Eric Traversié

Il y a quatre ans, tu proposais ton premier one-man-show Oh Merde !.... Dans quel état d'esprit étais-tu avec ce spectacle ?

Je pense déjà qu’il ne faut pas réfléchir sinon tu n’y vas pas (rires). Il faut avoir un peu d’insouciance. Pour te dire, je n’avais jamais joué ce spectacle et ma première a été au festival d’Avignon, le temple pour un humoriste. Gil m'a laissé un soir sa salle. Le public est très sévère, ils ont l’habitude de voir des spectacles et je ne sais pas si on a payé les gens mais j’ai eu une standing ovation. Gil a vu ça et a lâché une petite larme. Il était très ému de voir le public réagir par rapport à mon bébé que je présentais pour la première fois. C’était pile ou face, j’ai eu une chance sur deux et ça l’a fait.

Ça t’a permis d’être plus en confiance…

Exactement ! Sur un spectacle complet, j’avais quand même des bases en ayant fait des premières parties, je ne vais pas te faire le mec qui te dit que c’est la première fois, que c’est du génie, loin de là… C’est du travail, il faut beaucoup bosser. On prend de belles émotions grâce aux gens.


Lors de tes premières parties de Sébastien Cauet, Anthony Kavanagh, Michaël Grégorio, comment te sentais-tu avant de monter sur scène face à un public qui n'est pas là pour toi ?

C’est la meilleure école ! Tu es face à un public qui n’attend que le « vrai » (rires). C’est une forte responsabilité, il faut chauffer une salle, mettre en condition le public qui ne te connaît pas. Tu ne sais pas si ton humour, comme c’est tellement subjectif, va correspondre à ce public-là. Il faut aller les choper comme on dit. Je t’avoue que tu fais un peu d’huile, dans le sud-est on sait ce que c'est (rires). Je peux te dire que j’ai fait une production d’huile qui aurait fait mal sur les marchés (rires).


Et puis tu n’as pas fait ces premières parties dans des petites salles…

La première fois que j’ai fait une première partie c’était avec Michaël Grégorio au Zénith avec environ 3 000 personnes. On m’avait donné quinze jours pour me préparer et je peux te dire que là tu vis une sacrée sensation, tu te sens vivant (rires). Mais qu’est-ce que c’est bon ! Ce n'était que dans des grosses salles, je n’ai pas commencé par le plus facile. Je me mettais en danger directement mais c’est une chance de pouvoir se lancer dans le grand bain grâce à tous ceux qui m’ont fait confiance.

Ça peut être difficile parfois ?

Il ne faut surtout pas se démoraliser si on n’y arrive pas dès le début. C’est du travail, il faut affiner, insister, se casser la gueule. C’est dans les moments les plus difficiles qu’on évolue le plus.


© Eric Traversié

L’humour est un milieu avec beaucoup de concurrence où le plus original sort du lot…

Je ne vois pas l’humour comme une concurrence, il faut rester honnête avec soi-même, c’est très important de ne pas se calquer sur quelqu’un d’autre. Il existe plein de styles d’humour. Fais ce que tu as envie de faire et tu rencontreras peut-être des gens qui auront envie de te suivre dans ton humour. Il faut rester vrai dans ce que l’on veut proposer parce que ça va se voir si on triche. Le naturel reviendra toujours.


En quoi le théâtre t'a permis de t'émanciper dans la vie ?

Je suis un ancien timide qui avait quand même la connerie (rires). Je suis quelqu’un de paradoxal. J’avais dix-sept ans et c’est une copine qui faisait du théâtre qui m’a proposé de venir avec elle. J’ai fait un cours de théâtre et quand je suis monté sur scène, je me suis senti chez moi. J’ai ressenti quelque chose sur les planches, c’est comme ça que je me suis trouvé. Pour toutes les personnes qui n’arrivent pas à se positionner, il faut faire du théâtre.

En parallèle de ton métier d'humoriste, tu es également acteur. On a pu te voir dans Section de recherches, I Love Périgord ou encore dans Mission Pays Basque. Qu'est-ce qui te passionne dans le cinéma ?

Le cinéma c’est un autre travail, une autre approche. Dans ma tête, j’ai encore dix-sept ans. Un comédien c’est un joueur qui veut s’inventer plein de vies. Grâce au cinéma et au théâtre, j’ai eu la possibilité et la chance d’incarner un résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, de voir ses uniformes allemands, d’être plongé dans cet univers-là. Que ce soit le théâtre, le cinéma ou l’humour, quand on est joueur on a envie de tout ça. On est des privilégiés de pouvoir avoir toutes ces petites vies.

Aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

Improviser, s’adapter, dominer. C'est de Clint Eastwood. Aujourd’hui, on improvise beaucoup mais on a du mal à s’adapter (rires) et j’espère qu’on arrivera à dominer un jour.

Que peut-on te souhaiter pour le futur ?

De continuer à avoir de la chance mon ami (rires) et de toujours avoir dix-sept ans dans la tête. »

© 2018 par Samuel Massilia.