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Clémentine Poidatz : "Comédienne, c’est vivre la vie de plein de gens."

Après le succès de Noir comme neige, on retrouve l'adjudant Constance Vivier dans Morts au sommet, « nos personnages ont grandi et leurs rapports sont plus apaisés tout en restant sur une action tendue. » Clémentine Poidatz, son interprète, a le sens du collectif : « j'aime les équipes de tournage. S'il manque une personne, le château de cartes s'effondre. » Malgré le froid, la beauté des paysages et l'aventure humaine restent en mémoire chez une comédienne qui navigue avec brio dans tous les genres. Rencontre.


© Natacha Lamblin

« Clémentine, on te retrouve demain dans Morts au sommet à 21h10 sur France 2. Quelle présentation ferais-tu de ton personnage, l’adjudant Constance Vivier ?

Cette femme est un petit peu en dehors des cases, elle n’est pas mariée, n’a pas d’enfants et son métier lui fait prendre énormément de risques. C’est une réalité, les personnes travaillant au PGHM sont confrontées aux morts en haute montagne. J’ai trouvé formidable de la part de la chaîne et de la productrice Élisabeth Arnac de confier cette fonction à une femme. Il y en a peu au PGHM, même si ça se développe de plus en plus. Je ne connaissais rien sur la montagne et comme c’est un rôle fonction, j’ai regardé beaucoup de documentaires sur les pelotons de gendarmerie de haute montagne.


Quelle avait été ton impression à la lecture du scénario, ainsi que du premier opus Noir comme neige ?

Quand Éric m’a proposé le rôle, je me suis sentie illégitime. J’ai souvent joué dans des films plutôt dramatiques, et de voir la dimension comique malgré le contexte absolument dramatique qu’il y a entre le capitaine Andréas Meyer (Laurent Gerra) et mon personnage m’a fait un peu peur. Mais j’adore avoir peur, c’est ce qui me motive le plus souvent à la lecture d’un scénario. Je n'ai jamais joué une gendarme, encore moins au PGHM, c’était donc très réjouissant ! J’étais aussi conquise par l’idée de jouer avec Laurent Gerra, je l’avais trouvé formidable dans le téléfilm L’Escalier de fer. Je savais que ça allait être une belle aventure humaine et professionnelle. J’aimais beaucoup comment mon personnage se dessinait, qu’elle devait résoudre des choses de son passé pour pouvoir s’épanouir. En lisant le scénario de Morts au sommet, je me suis demandé comment on allait faire toutes ses cascades et scènes d’action ! Toute l’équipe a eu l’intelligence, l’audace et l’envie d’être généreux envers le téléspectateur. Nous tournions très tôt le matin pour bénéficier au maximum de la lumière du jour. On partait au boulot en motoneige ou en télésiège (rires).


Margaux Ribagnac-Vin (Violette), Clémentine Poidatz (Constance), Zoé Héran (Skadi) et Pierre Kiwitt (Daniele Pietro) sur le tournage de "Morts au sommet"

Morts au sommet a été tourné dans la Vallée de la Haute-Maurienne en Savoie. On m’a dit que Laurent Gerra avait été un bon guide…

C’est un guide incroyable ! Il me parlait des courants chauds et froids, de la géologie et de l’histoire de cette région. Rencontrer les habitants et boire un café avec des gendarmes de Val-Cenis qui m’ont parlé de leur travail commun avec le PGHM, ça a été une main tendue vers mon personnage. J’ai pu découvrir des traits de caractères propres aux gens de la région, comment vivent-ils en hiver, quel est leur rapport à la montagne et à la mort aussi. Laurent a été d’une grande générosité.


Quel partenaire de jeu est-il ?

On s’est rencontrés une semaine avant le début du tournage. Nous étions en pleine prépa. C’est un partenaire de rêve, il est dans le travail et dès qu’il sent un petit coup de fatigue dans l’équipe, il nous fait une imitation et ça nous relance ! Laurent est à l’écoute, il ne tire pas la couverture sur lui. C’est un peu comme un grand frère, il m’appelle d’ailleurs sa petite sœur. On est toujours heureux de se retrouver.


© Jean-philippe BALTEL - LIZLAND - FTV

Le grand public a pu te découvrir dans plusieurs fictions françaises mais aussi internationales comme Mars ou Housewife. D’où vient ce désir d’être comédienne ?

Petite, quand je croisais des gens dans la rue, j’essayais toujours d’imaginer leur vie. Ça me fascinait, comme dans cette chanson de Serge Reggiani Le monsieur qui passe. Je m’ennuyais un petit peu dans la vraie vie, même si j’ai eu une enfance très heureuse avec mes copains et l’amour de mes parents. J’aurais adoré être grand reporter, mais en même temps je n’avais pas du tout le courage qu’il fallait pour le devenir. Comédienne, c’est une manière de vivre la vie de plein de gens finalement. Mais ce n’est pas arrivé tout de suite. Pendant un moment, j’ai cru vouloir être script après avoir vu Nathalie Baye dans La nuit américaine de François Truffaut. J’ai alors commencé des études d’art du spectacle et assez rapidement, j’ai eu envie d’être comédienne. J’ai pris des cours de théâtre, puis j’ai passé le Concours de La Classe Libre au Cours Florent pour obtenir la gratuité de la scolarité pendant deux ans.


Et puis il y a eu le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique…

En dernière année, je me suis posé la question de mon bonheur à être sur une scène de théâtre. Un jour, Antoinette Boulat (directrice de casting) est venue au Conservatoire et m’a demandé de passer le casting pour le film Marie-Antoinette de Sofia Coppola. Je l’ai réussie et ma première expérience a été ce petit rôle de la belle-sœur de Marie-Antoinette avec vingt-six jours de tournage. Tout d’un coup, j’ai eu l’impression de trouver un espace de travail qui me correspondait davantage qu’une scène de théâtre où je me sentais toute petite.


Ensuite, il y a eu La frontière de l'aube de Philippe Garrel, présenté au festival de Cannes...

J’avais l’un des rôles principaux et le film a été très mal accueilli au festival de Cannes, c’était assez douloureux. Après une période sans travail, j’ai été à la télévision avant de voyager pour mon métier. J’ai tourné dans le film Oppression avec Naomi Watts, l’une de mes comédiennes préférées. Après, j’ai travaillé sur la série Mars et quand j'ai envoyé mes essais, je me suis dit que ça ne marcherait jamais. Le rôle était américain et pendant deux ans, l’aventure était complètement dingue ! C’est assez grisant et chouette de fréquenter plein de genres différents.


© Natacha Lamblin

Des cours de théâtre et des tournages, qu’as-tu appris sur toi ?

Que je suis beaucoup plus courageuse sur un plateau que dans la vie. Par exemple quand j’ai tourné dans le film Housewife du réalisateur Can Evrenol, j’étais beaucoup nue alors que je suis assez pudique dans la vie, le film questionnait le désir et l’épanouissement féminin. Donc il fallait y aller. Quand j’incarne un personnage même très éloigné de moi, ça reste quand même moi. Je suis une personne calme, mesurée et très polie et je peux me découvrir finalement pleine de violence quand je joue un personnage violent... En tant qu’acteur, on prend peut-être plus conscience de notre humanité en se confrontant à des personnages qui ne sont pas nous.


Tu arrives facilement à te déshabiller du personnage ?

Je crois à tout ce que je fais entre « action » et « coupez ». Je sors d’un long tournage d’Alain Tasma, la série Une amitié dangereuse pour France 2, sur l’époque de Louis XIII. Pour moi, c’était une normalité de nous voir tous en costumes, de se sentir à la maison dans les châteaux, de parler à la manière du XVIIè siècle. Je ne rentre jamais chez moi avec un personnage, même si quand on plonge dans un rôle pendant un mois non-stop, on peut garder des traits de caractère. Sur Noir comme neige, Constance est plus brute de pomme que moi, et après le tournage, j’ai été dans une forme de confrontation pendant une semaine. Sur Mars, pendant deux ans, je suis devenue complètement fan de cette planète, jusqu’à me demander si je ne voulais pas devenir astronaute. On travaillait avec la NASA, SpaceX pour comprendre ce que ça voulait dire réellement d’aller vivre sur Mars et quels étaient les défis et les enjeux pour coloniser cette planète. Ça m’a habité un moment.


Quels sont tes prochains projets ?

Il y a donc la série Une amitié dangereuse sur la violence de la Cour et la jeunesse de Louis XIII, il avait 14 ans quand il accéda au trône, puis épousa Anne d’Autriche (fille du roi d’Espagne) dans un mariage forcé. La série évoque cette violence et comment exister en tant que femme à cette époque-là. Alain Tasma est un très grand réalisateur, exigeant, précis, c’était une belle aventure. Ensuite, je peux te parler du film Reine mère avec Camélia Jordana, Fianso et Damien Bonnard, une comédie dramatique dans les années 90 à Paris. Puis je joue un guest dans Panda pour TF1 avec Ophélia Kolb et Julien Doré dans les rôles principaux. L’épisode en question est réalisé par Jeremy Mainguy qui est un réalisateur avec qui j’ai adoré travailler.


Pour conclure cet entretien, aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

Je vais te citer ma grand-mère : « Qui se sent morveux se mouche. »

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