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Claïmax : "La recherche de vérité a toujours été importante pour moi."

  • Photo du rédacteur: Samuel Massilia
    Samuel Massilia
  • il y a 13 heures
  • 5 min de lecture

Son premier EP s'inscrit dans cette tension rare entre l'intime et le regard porté sur le monde, là où les histoires personnelles deviennent des points d'ancrage collectifs. À travers une écriture incarnée, Claïmax compose un récit fragmenté, traversé par la mémoire, les déplacements et les rencontres. Affranchie des cadres attendus, elle y déploie une liberté artistique totale, explorant sans contrainte les formes et les registres. Cette autonomie nourrit un désir plus profond : celui de créer une nouvelle forme d'expression. Et derrière cette recherche, une évidence persiste : le théâtre n'est jamais loin. Claïmax évoque cette sensation presque physique, ressentie avant d’entrer en scène, lorsque le rideau est encore fermé : le sentiment que les voix passées circulent encore, que leur force persiste et vient nourrir la sienne. Rencontre.


© @ueart
© @ueart

« Claïna, ton premier EP Le Journal d’une adoptée sera disponible sur toutes les plateformes de streaming ce vendredi 27 mars. Quel a été le déclic pour que ta parole se libère ?

L’oncle de ma famille adoptante - vivant en France - est mort d’un cancer du cerveau. Je l’aimais beaucoup. Il avait de grands rêves et, sur son lit de mort, il s’est rendu compte qu’il n’avait pas pu aider les gens qu’il voulait. Il avait aussi envie d'être professeur, mais il a commencé ses études au même moment que l’annonce de sa tumeur au cerveau. Alors, pour lui, je me suis dit que la vie devait être vécue à fond.


Ton EP s’ouvre avec un prélude qui donne le ton : « Ici commence la vérité »…

Les préludes et les interludes ont été écrits après les chansons. À l’aube de mes 25 ans, j’avais envie d’aller de l’avant et la recherche de vérité a toujours été importante pour moi, le fait d’être sincère avec les autres et de ne pas faire de faux-semblants. Parfois, j’ai pu paraître un petit peu brutale ; j’ose dire quand je n’aime pas, mais sans méchanceté.


Ton écriture est très visuelle. Pour Mr5H, par exemple, on imagine bien la vie de ce sans domicile fixe. D’ailleurs, c’est en le rencontrant que tu as fait naître ce titre… Qu’est-ce qui t’a touché chez lui ?

Son rapport à l’écriture. Quand je vivais à Nice, je ne croisais pas de SDF dans la rue parce qu’il y avait des dispositifs mis en place pour les faire disparaître. À Paris, c’était la première fois que j’en voyais autant et je ne comprenais pas pourquoi les gens ne leur parlaient jamais ou les regardaient avec un œil de dégoût. Ce monsieur était extrêmement calme, il écrivait avec une canette de bière à côté de lui et je voyais dans ses yeux brillants et mouillés qu’il retranscrivait la vie dans son carnet. J’ai trouvé ça très beau.



Dans ce journal intime, il y a un premier interlude qui évoque ton arrivée à Paris et le rôle qu'a joué cette ville dans tes émotions et ton émancipation. On entend à la fois la foule du métro parisien, des paroles du Bénin et du rara haïtien. Musicalement, quelle était ton intention ?

J’adore les transports en commun ! (Rires) Quand on a vécu dans de grandes villes, on est habitué à les prendre. Dans le bus ou dans le train, j’écris des poèmes, j’écoute de la musique, je lis. Comme je suis aussi facilement insomniaque, il me suffit d’écouter le bruit du métro à Paris ou des cigales à Nice pour m’endormir (rires). Pour la partie Bénin et Haïti, il faut savoir qu’il y a beaucoup de racines béninoises dans le peuple haïtien, notamment par rapport à la traite d'esclavage. Le rara haïtien est un rythme utilisé pendant les cérémonies religieuses, c’est un mélange de percussions africaines et Taïnos (les natifs de l’île avant leur génocide) et ce chant permettait de se réunir.


Dans cet EP, il y a une autre personne à laquelle tu t’adresses : Léa. Qui est-elle et pourquoi c’était important de lui consacrer une chanson ?

C’est la première fille sur laquelle j’ai eu un vrai crush, mais ce n’était pas un amour réciproque. Je lui écrivais des lettres et des poèmes, et un jour elle m’a dit, à propos d’une lettre, que c’était la plus belle qu’on lui ait écrite. Elle m’a alors encouragé à en faire quelque chose et j’ai commencé à rendre public certains types de chansons, notamment de rap.



Tu es arrivée en France à l’âge de trois ans et demi. À quel moment la musique est-elle entrée dans ta vie ?

Dans ma famille, la musique était partout. Avec mon arrière-grand-mère et mes grands-mères, si on ne se comprenait pas à cause de l’âge, on se réunissait tout le temps autour de la musique. J’ai été bercée par de vieilles chansons françaises. Et puis je me souviens qu’en allant dans les maisons de retraite, j’adorais le moment du blind test ! Ma grand-mère pouvait détester une résidente à l’autre bout de la pièce et l’aimait quand la musique démarrait ! (Rires)


Est-ce que tu as eu très tôt l'envie d'en faire ton métier ?

Quand j’avais seize ans, je ressemblais visiblement beaucoup à Whitney Houston. On m’avait proposé de l’interpréter pour une comédie musicale et, à l’époque, je n’étais pas du tout fan d’elle. J’étais plutôt intéressée par le théâtre. Après avoir joué et chanté l’Opéra de Qat’Sous au festival d'art lyrique d’Aix-en-Provence, l’orchestre Le Balcon m’a dit : « Il faut que tu fasses quelque chose avec ta voix. Elle est vraiment sublime. » Ça a été le point de départ pour le chant.


Quel est ton rapport avec les planches ?

C’est là que tout a commencé. J’avais l’impression d’avoir trouvé l’un des rares endroits où je pouvais parler avec tout le monde et surtout, de pouvoir être réuni en même temps sur des émotions communes et toucher les gens avec les mots de quelqu’un d’autre. Ça m’a fasciné. Mon premier spectacle à cinq ans et demi, c’était avec une chaussure qui devenait un téléphone ou une brosse à cheveux. Tout ce que je faisais toute seule dans ma tête, en regardant les oiseaux, je pouvais le faire sur scène !


© @ueart
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Comment es-tu arrivée jusqu'à la Comédie-Française ?

Quand je suis arrivée à Paris à l’âge de 17 ans, je passais mon bac en même temps que la classe libre du Cours Florent. Un an et demi plus tard, la Comédie-Française m’a appelée pour faire un remplacement de Pauline Clément. J’ai passé une audition et préparé un seul en scène avec une chanson et ça a bien marché. Je suis d’abord entrée en tant qu’artiste auxiliaire puis en tant que pensionnaire. À 15 ans, j’avais dit : « Un jour, j'entrerai à la Comédie-Française comme Pierre Niney et je serai une des premières femmes noires. » Et j’ai été la deuxième !


Quels souvenirs gardes-tu de ton premier rôle dans la pièce Pinocchio Créature de Sophie Bricaire ?

Je pouvais tout faire physiquement : grimper à une corde, danser. J’avais un costume très complexe avec des articulations en fer qui me restreignait beaucoup dans mes mouvements. Ce spectacle parlait d’émancipation, et la dernière phrase était : « Je deviendrais moi-même. » Plus tard sort cet EP dans lequel je parle de… moi ! (Rires)


Quels sont tes prochains projets ?

Un single va prochainement sortir. Je l’ai chanté quelquefois en concert et le public l’a adoré. Ensuite, je vais jouer tout au long du mois de juillet dans Juliette et Roméo, en Avignon. Et à la rentrée, il y aura la deuxième partie de l’EP.


Pour conclure cet entretien, aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

Rêver grand. Au pire, tu échoues et au mieux, tu auras réalisé tes rêves. »

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© 2021 par Samuel Massilia.

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