Déborah Moreau, l'art du mouvement !

Elle s'est lancé un sacré défi, celui d'interpréter avec brio une quinzaine de personnages dans la très réputée et puissante pièce Les Chatouilles ou La danse de la colère. Déborah Moreau est une imparfaite qui existe, une artiste qui n'a pas peur d'aller là où elle a peur. S'il n'y a pas qu'une seule façon de bien faire les choses mais un milliard, Déborah nous fait passer de l'émotion à l'humour sur scène, son espace vide sur lequel tout est possible. Rencontre avec Déborah Moreau, l'art du mouvement !

© Alex Delamadeleine

« On te retrouve actuellement dans la pièce Les Chatouilles ou La danse de la colère à la Scène Libre. Comment as-tu pris part à ce projet fort en ambition et en création artistique ?

Je suis danseuse depuis une quinzaine d’années, et j’ai connu Andréa Bescond, qui a écrit la pièce, dans le milieu de la danse. On n’avait jamais travaillé ensemble. Elle a écrit Les Chatouilles que j'ai adoré voir au festival d'Avignon en 2015. Trois ans après, elle souhaite faire la reprise du rôle, donc elle m’invite à l’audition à Paris qui a lieu sur trois jours. On était une quarantaine de filles. Andréa et Éric voulaient absolument que ce soit une danseuse plutôt qu’une comédienne. Le film est sorti pendant que je travaillais la pièce. C’était hyper enrichissant pour moi de voir les différentes interprétations des personnages par rapport à Andréa qui les jouaient tous. Ce spectacle est quand même un sacré défi (rires).


Pour le public qui souhaite découvrir cette pièce mise en scène par Éric Metayer, pourrais-tu leur dire comment le sujet est abordé ?

C’est une pièce qui commence à être très bien connue, c’est la sixième année qu’elle joue. Souvent, le sujet effraie, ce que je peux comprendre car il s’agit de l’histoire d’une petite fille qui s’appelle Odette, qui a subi des violences sexuelles durant son enfance par un ami de la famille. Elle va, par la danse, se reconstruire et faire tout un travail à travers le corps. Ça peut paraître effrayant mais la pièce est vraiment bien écrite. Je ne dis pas ça parce que je suis dedans (rires). On passe du rire aux larmes avec des scènes touchantes et d’autres où la pression se relâche.

L’avantage du théâtre est d’avoir un retour direct de la part du public. Quels messages as-tu reçus ?

Je croise toujours les gens après le spectacle, même si maintenant ils sont masqués. On arrive à se croiser et tant mieux, j’ai besoin de ce lien direct avec le public. Andréa m’avait dit que ce spectacle suscitait des émotions chez les gens. J’ai beaucoup de personnes qui m’envoient des messages en restant pudiques, ce que je peux comprendre car je vois que l’histoire d’Odette est aussi celle d’énormément de gens. Il y a certes la violence sexuelle mais aussi le lien avec la mère, le déni, l’absence du père et d’autres thèmes qui s’entrecroisent.


Dans ce seul en scène, tu incarnes tour à tour une quinzaine de personnages. Quelle est ta dose de travail pour déployer une énergie aussi incroyable ?

On a fait ça dans l’ordre chronologique. J’ai d’abord appris le texte puis ensuite on a fait scène par scène. À chaque fois que l’on travaillait sur une scène, Andréa et Éric me racontaient les enjeux, le poids des mots, la psychologie des personnages, leur dynamique, leur débit de parole. Chaque personnage a son univers. C’était un gros travail en amont. Il fallait réussir à switcher d’un personnage à l’autre en apportant à chaque changement l’univers du personnage.


La danse est un art qui t’anime depuis toujours ?

J’ai fait beaucoup de gymnastique quand j’étais enfant et j’ai commencé à danser vers l’âge de 14 ans donc ce n’est pas si petite que ça (rires). J’ai tout de suite adoré, j’ai fait tous les styles de danse que je pouvais faire chez moi à Angoulême. À 18 ans, j’ai eu envie d’en faire mon métier et je suis arrivée à Paris dans une école de danse et je n’ai pas arrêté de danser.


© Alex Delamadeleine

Un an à l'Ecole Internationale de Théâtre de Jacques Lecoq…

J’avais envie d’aller du côté du théâtre physique pour m’ouvrir encore plus à l’interprétation et au jeu du corps et de la scène. C’était une année vraiment bouleversante pour moi, j’ai appris à passer par d’autres chemins que ceux que je connaissais. Ce que je retiens, c’est qu’il n’y a pas une seule façon de faire les choses, il y en a un milliard.


Quelle sensation te procure la scène ?

La scène a un côté mystique, presque magique (rires). Je ressens pas mal de responsabilités quand je suis sur scène car des gens nous écoutent, ils ont payé pour être là donc il y a une attente. C’est un espace vide où tout est possible.


Quels sont tes futurs projets ?

L’année dernière j’ai beaucoup joué, d’ailleurs samedi dernier j’ai fait ma 140ème représentation. C’est super de pouvoir autant jouer un spectacle parce qu’on a le temps de l’explorer et de le faire évoluer. Mais je n’ai pas eu le temps de faire d’autres projets à côté.


C’est une pièce d’1h40 et je ne l’ai jamais joué de la même façon. Chaque soir est différent, moi-même quand je rentre sur scène je ne suis pas pareil d’un jour à l’autre. Il y a plein de facteurs qui font que ce n’est jamais deux fois la même sensation.


Aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

« Mieux vaut être un imparfait qui existe qu’un parfait qui n’existe pas ». Mon père me bombarde avec ça depuis que je suis adolescente (rires). On se met souvent cette pression d’être parfait mais l’essentiel est d’être le plus vrai possible.


Que peut-on te souhaiter pour le futur ?

D’être en forme (rires). Et de continuer à aller là où j’ai peur. »

© 2018 par Samuel Massilia.