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ELEV8ON : "Un manager n'est pas là pour cocher des cases, c'est un véritable associé du talent."

  • Photo du rédacteur: Samuel Massilia
    Samuel Massilia
  • il y a 24 heures
  • 5 min de lecture

À l’heure où les frontières entre Hollywood et le cinéma européen deviennent de plus en plus poreuses, certains acteurs de l’industrie œuvrent en coulisses pour bâtir de véritables passerelles entre les deux continents. Avec Elev8on, Florent Lamy et Daniel Blanc développent une approche hybride du management et de la production, inspirée des grands modèles américains, tout en répondant aux attentes spécifiques du marché européen. Entre stratégie de carrière, accompagnement artistique, développement international et outils d’analyse de données comme St8r, ils défendent une vision du talent pensée sur le long terme. Rencontre avec deux professionnels qui entendent redéfinir les échanges entre les États-Unis et l’Europe à l’approche du Festival de Cannes.



Florent Lamy & Daniel Blanc


« Florent, tu es le fondateur de l’agence Elev8on. Quelle a été l’étincelle de départ qui t’a donné envie, en 2015, de la créer ?

Quand je travaillais comme attaché de presse, il y a plus de vingt ans, je passais beaucoup de temps avec des managers américains et j'ai compris une chose : c'est un métier où l'on construit des trajectoires très claires avec une vision sur dix ans, pas des castings ou d'apport de projets au coup par coup. Un manager n'est pas là pour cocher des cases, c'est un véritable associé du talent, sur le plan artistique comme entrepreneurial.


À force de travailler avec les Américains, j'ai identifié un angle mort : les talents US voulaient venir en Europe, mais leurs agences (CAA, UTA, WME, Gersh, Untitled, Mosaïc etc..) n'avaient pas de relais structuré sur le continent. À l'époque, cette demande montait à peine, aujourd'hui elle est massive. J'ai créé en 2013 Elevate Management, aujourd'hui rebrandé Elev8on avec mon associé, pour être ce pont transatlantique unique. On représente, en exclusivité européenne, des talents comme Megan Fox, Jeff Goldblum, Djimon Hounsou, Keke Palmer, Elsa Pataky, Lisa Kudrow, ou Holt McCallany, en coordination étroite avec leurs agences américaines. La preuve de notre travail le plus récent, c'est Holt McCallany dans Gourou de Yann Gozlan : numéro un du box-office français, 2,5 millions d'entrées. Quand un talent américain trouve son public en Europe sur un projet européen, c'est exactement la trajectoire que nous construisons.


Daniel, vous êtes une figure du monde sportif et médiatique. Qu'avez-vous appris de cette expérience et qu'appliquez-vous aujourd'hui avec Elev8on?

J'apporte la lecture américaine, puisque je vis et travaille toujours aux États-Unis. Mon parcours est atypique : sportif professionnel, puis journaliste, puis producteur. J'ai lancé plusieurs chaînes en Europe avant de lancer la première chaîne de football aux États-Unis, Fox Soccer Channel, pour Rupert Murdoch. C'est à la Fox que j'ai basculé du côté production et que j'ai construit mon réseau cinéma à Los Angeles et New York. Avec un associé producteur, on a monté pendant une décennie des projets indépendants, dont une partie nourrit aujourd'hui le pipeline d'Elev8on.


Le constat est simple : les Américains regardent l'Europe avec un appétit qu'ils n'avaient pas il y a dix ans. Avec Florent, on travaille à donner une vraie identité européenne aux projets que l'on développe ou que l'on rapporte des États-Unis, pour qu'ils trouvent leur place sur les marchés clés que sont la France, le UK, l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne. C'est exactement ce qu'on va déployer à Cannes.


Comment accompagnez-vous concrètement un talent américain pour le faire réussir en Europe?

F : Tout commence par une discussion en profondeur avec le talent : ses envies, ses zones de confort, ses zones d'inconfort, sa lecture de sa propre carrière. La stratégie n'est pas la même pour Jeff Goldblum, qui a un statut mondial installé, que pour Clara McGregor, qui appartient à la nouvelle génération et qu'on accompagne sur le long terme. Quand un talent américain veut faire du cinéma d'auteur en Europe, on l'accompagne avec les bons producteurs et les bons réalisateurs, on travaille son repositionnement d'image avec Karolyne Leibovici qui dirige notre PR et nos partenariats de marque, et on construit un récit cohérent dans la durée. C'est là le cœur du métier : construire des trajectoires avec une vision claire et précise


D : Notre approche est full-service, dans la lignée de ce que font des agences hybrides américaines comme Range Media Partners. Quand c'est pertinent dans la logique de marque personnelle d'un talent, on l'accompagne aussi sur ses extensions de carrière, ses partenariats stratégiques, ses investissements en Europe. C'est ce qui rend la relation cohérente entre le cinéma, les médias et le marketing.


F : L'idée est toujours d'apporter quelque chose qu'ils ne trouveront pas aux États-Unis. C'est notre valeur ajoutée et c'est ce que les agences américaines ont compris très vite quand on leur a présenté la démarche.


L'année dernière, à la Mostra de Venise, vous avez annoncé le lancement de St8r. Quelle présentation en feriez-vous?

F: St8r, qui sera accessible après Cannes, est la première plateforme qui mesure la valeur commerciale d'un talent territoire par territoire en Europe. L'idée est née d'un constat très concret : quand je proposais des talents américains à des producteurs européens, on me répondait souvent : « Il n'a pas de valeur sur mon territoire » sans jamais pouvoir le démontrer avec des données. Avec Daniel, on s'est posé la question simplement : comment objectiver la valeur d'un talent en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne ou au UK, et sur quel genre, comédie, drame, action ?


Concrètement, St8r agrège plusieurs sources de données, et en sort une lecture consolidée par pays. Si un producteur français hésite à caster un talent comme Jenna Ortega, St8r lui dit où elle pèse vraiment en Allemagne, en France ou en Italie, et sur quel type de projet. La plateforme s'adresse aux producteurs, distributeurs, agents de ventes et financiers qui veulent fiabiliser leurs décisions de casting et de financement. Au-delà du ranking général, on a aussi développé St8r Emerging Talents et European Rising, pour identifier les talents de demain.


Quels retours avez-vous reçus ?

F : On a fait tester la version bêta auprès d'une dizaine de producteurs et distributeurs européens. Le retour le plus récurrent : aujourd'hui, pour évaluer un talent étranger, ils croisent IMDb Pro, Google, ChatGPT, les réseaux sociaux et leur intuition. C'est chronophage et peu fiable. St8r leur donne une lecture consolidée et factuelle en quelques secondes, sur un seul espace. Le lancement officiel est le 13 mai à Cannes.


Quels sont vos objectifs au prochain Festival de Cannes?

D : Cannes 2026 est un moment charnière pour Elev8on. Nous serons présents du 12 au 19 mai, avec nos rendez-vous organisés à l'hôtel du Gray d'Albion. Trois objectifs prioritaires. Premièrement, le lancement officiel de St8r le 13 mai. Deuxièmement, des rendez-vous avec les producteurs et distributeurs européens autour de notre roster et de nos projets de production en développement, dont Lady-Bird, Floating in Provence et la série Fantax. Troisièmement, consolider nos relations avec les agents de ventes et les financiers européens. Cannes reste l'endroit où se construit, en une semaine, la stratégie d'une année entière. »

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© 2021 par Samuel Massilia.

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