Enya Baroux, née dans le cinéma !

C'est en faisant du théâtre au lycée qu'Enya Baroux a petit à petit effacé sa timidité. Cette jeune artiste commence ses premiers pas dans le cinéma sur les plateaux de tournage en tant qu'assistante mise en scène et très vite, elle se prend de passion pour la réalisation et a pour projet de fabriquer son premier long-métrage. Rencontre avec Enya Baroux, née dans le cinéma !

© Natacha Lamblin

« Comment s'est passé ton confinement ? J’ai beaucoup de chance, j’ai fui mon appartement parisien pour aller me confiner chez mes parents en Normandie. Je peux donc profiter d’un jardin et de ma famille en même temps. C’est un peu comme des grandes vacances de Noël ! C’est rare de se retrouver aussi longtemps en famille, c’est assez agréable, il faut en profiter. Tu as suivi une formation théâtrale au centre culturelle de Rueil-Malmaison. Quels sont tes motivations de comédienne ? J’ai commencé le théâtre au lycée, j’étais une grande timide à l’époque et ça m’a beaucoup aidé à me définir en tant qu’adulte, à avoir ma propre personnalité et oser dire ce que je pensais à voix haute, oser être une jeune fille un peu folle et bizarre sans peur du jugement. Le théâtre est un outil fabuleux, je trouve qu'il permet d’obtenir une ouverture d’esprit indispensable au quotidien. À l’époque je ne pensais pas vraiment devenir comédienne, je savais que je voulais travailler dans le cinéma, mais être comédienne me semblait être un métier inaccessible et beaucoup trop dur. Je suis donc d’abord passée par une école de réalisation pour apprendre la technique, le scénario, la caméra, le montage... Ça m’a passionné, j’ai ensuite beaucoup travaillé en tant qu’assistante mise en scène sur plein de tournages.


© Natacha Lamblin

C’est après toutes ces années en tant que « technicienne » dans le cinéma que j’ai eu envie de reprendre le théâtre, de passer des castings, de trouver un agent... Je me sentais plus légitime en ayant une meilleure connaissance du métier. J’avais moins l’impression d’être la gamine de 18 ans qui débarque et qui rêve d’être actrice comme plein de jeunes filles. Aujourd’hui je prends autant de plaisir à écrire, à jouer ou à réaliser.


Avec une petite préférence pour la réalisation dans laquelle je me sens beaucoup plus maître de mon destin si je puis dire, être comédienne c’est dépendre du désir des autres, correspondre à l’imaginaire d’un réalisateur, c’est un métier très difficile et le chemin est souvent long et fastidieux, semé de déceptions et de remises en question. Je prends ce chemin avec sérieux bien-sûr mais aussi avec beaucoup de recul et de légèreté, la réalisation et l’écriture m’aident à garder ce recul et à pouvoir générer mes propres projets sans être toujours dans l’attente.


On te retrouve pour la toute première fois au cinéma dans « Mais qui a re-tué Pamela Rose ? » avec Kad Merad. Quels souvenirs gardes-tu de cette première expérience de tournage ? « Mais qui a re-tué Pamela Rose » était mon tout premier stage d’assistante mise en scène sur un tournage de cinéma. J’ai fêté mes 20 ans sur ce tournage et j’en garde un super souvenir. Je faisais une silhouette qui dit juste « Bonjour ». Je me souviens que ce « Bonjour » m’a tracassé l’esprit pendant au moins un mois avant de le tourner. J’avais l’impression de jouer ma vie. Évidemment, le jour du tournage j’étais tétanisée, j’ai troqué ma casquette d’assistante contre une tenue d’hôtesse de l’air, je connaissais toute l’équipe donc j’avais vraiment l’impression de devoir jouer devant mes copains en colonie de vacances.


© Natacha Lamblin

C’était terrifiant. On a dû refaire la prise deux ou trois fois parce-que mon « Bonjour » sortait très faux. Bref, une petite catastrophe mais c’est un bon souvenir quand même ! Je me souviens avoir compris ce jour-là ce que c’était que de jouer, ce n'est pas si simple du tout, encore moins quand il faut dire deux mots... Bon, aujourd’hui, dix ans plus tard, heureusement je suis plus à l’aise qu’à l’époque et un simple « Bonjour » ne m’intimide plus!



Tu es littéralement passionnée par le jeu puisque l’on te découvre par la suite dans le clip de Vianney « Je m’en vais » et dans les vidéos du Studio Bagel. Quelles sont les facettes de ce métier qui te plaisent le plus ? « Jouer » c’est un verbe qu’on utilise beaucoup dans l’enfance et qu’on a moins la chance d’utiliser en grandissant. Ce métier permet de pouvoir quitter sa réalité et sa routine pour se mettre dans la peau de plein de personnages, parfois très proches de soi, parfois à l’opposé. Je pense que travailler dans le cinéma, la littérature ou le théâtre, c’est avoir l’opportunité de s’évader, de rêver, et de toujours rester dans l’insouciance de l’enfance. C’est assez plaisant pour des gens comme moi qui ne sont pas très fan du temps qui passe et de l’âge adulte ! Il y a une notion de partage dans ce métier que je trouve très importante, on partage des émotions : avec son réalisateur, son metteur en scène, ses partenaires de jeux, tout ça dans le but de créer une émotion chez le spectateur. Un tournage en soi est une grosse aventure émotionnelle, qu’on soit acteur, technicien ou réalisateur, on vit quelque chose qui sort de l’ordinaire. En 2014, tu passes derrière la caméra avec la réalisation de ton premier court-métrage « Je suis un souffle ». Tu réaliseras d’autres courts-métrages « Cache-cash », « Ton lapin » ou encore « Je suis grande maintenant ». La mise en scène est une corde à ton arc ? Plus qu’une corde à mon arc, je dirais que c’est un besoin ! J’ai toujours aimé écrire. Pendant longtemps j’écrivais dans des carnets sur tout et n’importe quoi, j’ai eu un journal intime jusqu’à mes 20 ans et parfois encore j’écris juste pour pouvoir me défouler sur un sujet qui m’a contrarié. L’écriture est un exutoire indispensable à ma vie. « Je suis un souffle » est un très court-métrage avec mes erreurs et mon innocence de débutante mais je l'aime beaucoup. Il parle du temps qui passe, de la vieillesse, du rapport à l’âge, des grands-parents (c’est ma grand mère qui joue dedans d’ailleurs).



« Ton Lapin » et « Je suis grande maintenant » parlent du deuil. J’ai toujours aimé rire avec les choses qui me terrifient. J’adore voir un film sur un sujet très grave et pouvoir sortir de la salle en ayant le sourire. La mise en scène c’est magique, poser sur papier ses idées, travailler pendant des mois pour tout mettre en place, trouver ses acteurs, ré-écrire, rassembler une équipe qui va tout donner pour que le film ressemble à ce qu’il y a dans ma tête, et voir enfin le résultat : c’est une sensation indescriptible. Contrairement au métier de comédienne, on devient décisionnaire de tout quand on réalise.


« Cache-Cash » est une co-réalisation avec un ami, Martin Darondeau, c’était une expérience enrichissante : devoir prendre en compte le point de vue de l’autre, ses idées, assembler le tout pour créer un mélange qui donne un film unique. C’est un film forcément un peu moins personnel, mais j’en suis très fière. Nous avons réussi à mêler nos deux univers pour raconter une histoire, et quand il a été projeté en festival et que les spectateurs ont ri en le regardant, on s’est dit que c’était mission accomplie.

« Je suis grande maintenant » a pour thématique la difficulté de dire au revoir à quelqu’un. « Ton lapin » se penche sur le quotidien d’un homme solitaire. Où puises-tu tes inspirations ? Je pense qu’elles viennent de ma vie tout simplement ! Je suis assez fascinée par des sujets pas très drôles au premier abord. Cette curiosité m’a longtemps pesé adolescente, je me posais beaucoup de questions sur la mort, la maladie, le temps qui passe. Bref, à 16 ans j’étais déjà super nostalgique ! Quand je vis une de ces épreuves difficiles de la vie j’ai tendance à la sur-analyser et à décortiquer toutes mes sensations un peu comme une psychologue. C’est assez éprouvant, j’aurais adoré savoir comment faire pour taire mes émotions et mes questionnements, mais au lieu de ça j’ai trouvé ma solution : les écrire et en faire des histoires qui soulagent un peu mes angoisses. Je traite ces sujets d’un angle assez positif à chaque fois, et surtout avec beaucoup d’humour. Sur ton compte Instagram, tu partages souvent des clichés de films culte. Avec quel cinéma as-tu grandi ? J’ai été élevée à la comédie. Mon père m’avait acheté la cassette de « Mister Bean » quand j’étais enfant et je la regardais en boucle. Je me marrais toute seule pendant deux heures. Je pense que mes goûts sont assez éclectiques, « Amour » de Michael Haneke et « 40 ans toujours puceaux » de Judd Apatow sont à mes yeux deux chefs-d’oeuvre.

© Natacha Lamblin

Je crois que pour aimer le cinéma il faut être ouvert et ne pas se cantonner à un seul genre. Le drame sert à la comédie et inversement. J’ai regardé des comédies toute mon adolescence et en grandissant je me suis intéressée à des films dit « d’auteur », (d’ailleurs je déteste ce terme, derrière chaque film il y a un « auteur », donc ça ne veut pas dire grand-chose), des films traitants des sujet plus difficiles, moins légers. C’est un vrai mélange de ces deux univers opposés qui m’intéresse.


Comment faire rire d’un sujet grave ? C’est une question à laquelle les réalisateurs Toledano et Nakache répondent avec brio par exemple. Je trouve que c’est assez simple de faire pleurer quelqu’un, la plupart des sujets qui nous font pleurer sont connus et universels. Par contre, faire rire, c’est une autre paire de manches. La tristesse ce n'est pas vraiment subjectif, mais le rire... Personne ne rit de la même chose, c’est un défi assez difficile à relever. C’est pour ça que je trouve ce genre très noble. Aurais-tu une citation fétiche à nous délivrer ? « Un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche » de Michel Audiard. Je trouve que cette phrase résonne beaucoup dans ce monde où la critique est star. Les réseaux sociaux sont devenus les premiers juges du moindre élan artistique. Avoir le courage de créer et d’avancer sans avoir peur du jugement aujourd’hui est assez difficile. Cette citation incite à avancer, et à ne pas trop se poser de questions. Quitte à être le con qui marche. Quels sont tes futurs projets ? Je suis actuellement en train d’écrire mon premier long-métrage, qui sera produit par Nathalie Algazi et Martin Darondeau qui ont produit « Cache-Cash ». Ça fait déjà un an que je travaille sur le scénario, c’est une grande aventure un peu effrayante mais très excitante ! J’ai hâte. Que peut-on te souhaiter pour le futur ? Que le coronavirus disparaisse, qu’on puisse tous se faire des câlins et aller au cinéma. »

© 2018 par Samuel Massilia.