Hubert Delattre, apprendre & transmettre !

Dernière mise à jour : 21 mai

Il pourrait avoir le prix de camaraderie. Hubert Delattre aime son métier un peu, beaucoup, passionnément. Son personnage de Nounours dans Zone Blanche s'invite dans les foyers des quatre coins du monde, une belle récompense pour cet enfant dans l'âme, amoureux de jeu et de personnages qu'ils dessinent aussi, à l'image de Robert et ses petits ballons. Rencontre avec Hubert Delattre, apprendre & transmettre !


© Thomas Pirel

« On t’a vu récemment dans Poulets Grillés sur France 3. La fiction de Pascal Lahmani a connu un gros succès avec 4.9 millions de téléspectateurs…

L’écriture était très ambitieuse. C’est une enquête policière sous forme de comédie. Le mélange des deux était très sympa et c’est ça qui a beaucoup plus, au-delà des espérances. On va sans doute pouvoir faire un numéro deux et souhaiter que ça aille plus loin dans la comédie. L’équipe est super, il y a eu un bon groupe de comédiens. Les gens ne se prennent pas la tête avec ce téléfilm. Je crois qu’on a besoin de ça en ce moment, de cette simplicité, de cette détente. Nos flics sont complètement déjantés et même pour la police je trouve ça sympa, l’image que ça véhicule. On est bien sûr loin de la réalité, cette quatrième brigade n’existe pas (rires).


Un mot sur Lebreton, ton personnage ?



Il est en dépression après avoir perdu son petit copain. La brigade accueille des petits flics avec des problèmes. Lebreton prend des risques inconsidérés puisqu’il estime que la vie ne vaut plus grand-chose. Après la première lecture, on a trouvé avec le réalisateur ce côté ultra sensible qui fait qu’il est vite très ému. Il a la larme facile, il pleure pour un rien, c’était assez délirant à jouer. C’est un personnage attachant. On aime les gens sensibles.


Poulets Grillés fait partie de ses fictions qui montrent que la télévision a de belles ressources…

Il y a quelques années, ce qu’on voyait à la télé était un peu lisse. Maintenant, les chaînes s’ouvrent à d’autres façons de réaliser. Ils essaient aussi d’autres écritures, d’autres formats et d’autres acteurs. On l’a vu avec les plateformes, des séries ont cartonné dans le monde entier alors qu’on ne connaissait personne dedans. Il y a une multitude d’acteurs et d’actrices incroyables mais sous-côtés en France.


Ce succès télé s’ajoute aux précédents que tu as connu sur le petit écran. Hubert, qu’est-ce qui t’a donné envie d’être acteur ?

Ça remonte (rires). J’ai toujours voulu faire ce métier mais bêtement, je n’arrivais jamais à passer le cap. Je n’ai pas fait de théâtre quand j’étais jeune. J’étais plutôt timide. Quand il fallait faire un exposé devant la classe par exemple, je n’étais pas vraiment le premier à y aller. Et puis après j’ai fait des études de droit assez longues. J’ai perdu mon papa et je me suis dit que je n'allais pas emprunter ce chemin-là. À 26 ans, j’ai eu envie de faire ce que je voulais faire depuis toujours. À l’époque j’habitais Strasbourg. Je suis parti à Paris et je suis allé toquer à la porte des Cours Florent.


© Céline Neiszawer

Comment se passe l'apprentissage du métier ?

Ça va super vite. La première fois que j’entre au Cours Florent, j’entends une voix derrière la porte que je connaissais, je tombe sur Vincent Lindon. Il avait fait la Classe Libre à Florent. Je me suis senti à ma place lorsque j’ai franchi cette porte et que je me suis retrouvé à côté de lui. J’étais heureux.


À Florent, on fait une petite semaine de stage - que j’ai plus tard moi-même dirigé pour des élèves - pour voir si on a les aptitudes pour la scène. La première journée, tu te rends compte à quel point tu te confies à des gens que tu n’as jamais vus et avec qui tu partages plus qu’avec des gens autour de toi, voire de ta propre famille. C’est un univers assez dingue.


Les cours à Florent, c’est trois fois trois heures par semaine. Mais tu peux aussi venir à 8h et repartir à 23h et je t’avoue y avoir passé des journées et soirées entières ! J’adore apprendre. Mon seul regret, c’est que j’étais trop vieux pour passer les Concours, les écoles nationales. Et en même temps, à un moment, quand t’as 30 ans, il vaut mieux se mettre à bosser rapidement !


Et puis tu apprends sur chaque tournage !

Ça n’arrête jamais ! Il ne faut pas se mentir, c’est aussi un métier où on fait des projets qu’on n’a pas envie de faire avec des rôles pas super au début. On a besoin de manger, de vivre. 


Pour en revenir au cours, je me souviens du premier. J’arrive dans une salle de vingt-cinq personnes. Il y a une chaise sur le plateau et un prof arrive. Il commence à faire l’appel et quand il t’appelle, il te demande de venir sur scène : « La scène est à toi ! » Certains se mettent à chanter, danser, hurler. Tu te dis qu’on est chez les fous !


Très rapidement, tu te rends compte que c’est dans ces cours, à l’école, que tu peux jouer les plus grands rôles de ta vie. Il n’y a pas de limites. Je n’avais jamais lu de théâtre et d’un coup, je lisais des tas de pièces incroyables à voix haute en faisant tous les personnages. C’était passionnant !


Il y a plus de dix ans que tu n’as pas joué dans une pièce de théâtre. C’est un manque de temps ou d’envie ? 

En ce moment, c’est un souhait de retourner sur les planches. J’aimerais beaucoup mais dans de bonnes conditions. J’ai eu un fils en 2011 et il y a aussi un moment où tu te dis : « J’ai 35 ans, est-ce que je suis encore prêt à aller passer quatre mois je ne sais pas où pour faire une résidence sans avoir la certitude que le projet arrive à terme ? » Tu vois ? C’est très fragile parfois.


Je donnais aussi des cours et ça ne permet pas d’avoir une grande liberté en tant qu’artiste. Dans les cours de théâtre, les gens sont extrêmement attachés à la personne qui donne le cours. Si tu t’échappes, tu perds des élèves. C’est assez paradoxal parce que je pense qu’il faut être acteur pour donner des cours et beaucoup ne le sont pas, après c’est personnel.


Quel est ton défaut dans la vie qui est une qualité pour ton métier ?

Je suis assez excessif. Quand j’ai découvert le théâtre, je l’ai fait avec excès. J’ai eu envie de tout faire très vite. Je peux te dire que ça ne me dérange pas de m’ennuyer. Je crois que Depardieu disait que c’était un métier de branleurs (rires). Tu peux avoir des journées où il ne se passe rien. Ça fait un moment que je n’ai pas joué au théâtre mais à l’époque, je ne pouvais rien faire de la journée parce qu’à partir de 11h, je pensais à la représentation du soir. Je comprends les comédiennes et les comédiens qui ne peuvent pas s’empêcher de travailler. Mais il faut savoir aussi prendre un peu de distance par rapport à ce qu’on fait. Ça reste un jeu. Pour revenir à ta question, on garde le côté excessif.


À la télévision, tu rencontres le succès avec la série Zone Blanche. Comment s’était présenté ce projet ?



Il y avait une volonté de la part de la production et des réalisateurs de partir avec une équipe de gens pas très connus. J’ai eu plein de castings pour des seconds rôles et souvent, ça n’allait pas au bout car il y a toujours ce truc de la chaîne qui préfère des personnes connues. On ne peut pas lutter contre, c’est le marché qui fait ça. Assez rapidement, je me suis retrouvé en finale de ce casting, face à un acteur nettement plus connu. J’ai eu la grande chance de jouer Nounours, personnage que j’adore et qui me manque encore aujourd’hui. Cette série est maintenant sur Netflix, elle fait le tour du monde. Sans mentir, je reçois toutes les semaines des messages d’Argentins, d’Américains, de gens de toute la planète la découvrant.


Il n’y avait pas beaucoup de séries françaises aussi ambitieuses à l’époque, visuellement c’était vraiment au-dessus. L’audience était là pour les premiers épisodes puis on a perdu le public sur la saison 2. On n’a pas été bien entouré. Il y a des séries dont t’entend parler six mois à l’avance et puis d’autres, comme Zone Blanche, tu ne sais pas pourquoi, ça ne le fait pas. Les gens ne savent même pas que ça passe à la télé. Tout ça, on ne le gère pas, ça nous échappe complètement. La série a été sur Amazon Prime puis rachetée par Netflix, ça n’arrive pas souvent je crois, c’est un peu la classe.


© Rémy Grandroques / EGO PRODUCTION

Tu aimerais jouer plus pour le cinéma ?


Oui évidemment ! En effet j’en fais peu. Malheureusement, le cinéma est encore plus cloisonné que la télé. Un film pour le cinéma se monte souvent sur un casting. C’est très dur de trouver sa place là-dedans. Il faut avoir les bons contacts, c’est un peu une famille. Mais ça va venir.


Pour toi, qu’est-ce qui compte le plus pour rejoindre un projet ?

Ça dépend. Déjà on entend souvent des comédiens dire qu’il faut bien choisir ses projets mais arriver au niveau où tu peux choisir, c’est du luxe. Parfois, on te dit : « Attention, c’est une première version, il y a d’autres versions derrière, ça va être réécrit. » Tu pars un peu à reculons, mais on te parle d’un acteur ou d’une actrice, t’as envie de tourner avec, tu y vas petit à petit. Et après on te dit que c’est tel réalisateur qui va le faire, alors tu y vas, mais au final tu tournes la version qui ne te plaisait pas trop.


Ça peut sentir bon au début et au final, le résultat ne te plaît pas. C’est pareil dans le sens inverse. Il faut aussi savoir donner sa chance parfois. Je tourne en ce moment dans la série Septième Ciel sur OCS. Ça fait partie de ses projets plus compliqués à financer, où il y a moins d’argent pour tout le monde, mais quand tu as dans les mains un truc aussi bien écrit tu fonces.


J’ai aussi appris à prendre des vents. Tu reçois le scénario, tu t’enflammes, le réalisateur te veut, tu cartonnes aux essais, tu le ferais même gratuitement s'il te le demandait et t’as plus jamais de nouvelles. Six mois après, le projet se fait avec une autre personne qui n’a rien à voir avec toi. Si t’as un peu de chance, le projet au final n’est pas génial et t’as moins de regrets. Si t’as pas de chance, c’est génial et t’es dégoûté.


Généralement, qu’attends-tu de tes partenaires de jeu ?

Du partage et de la simplicité. Un acteur que tu as connu et aimé quand t’avais quinze, vingt ans, que tu rencontres pour un tournage et là, c’est un gros con, tu es très déçu. Mais si le gars est génial et comme tu l’avais imaginé c’est super. Pareil pour un comédien que tu trouves super bon, si c’est un con, il est toujours bon mais tu as moins envie de partager avec lui. J’adore travailler en détente, dans la bonne humeur. C’est un rêve de faire ce métier, tu peux faire des rencontres incroyables et c’est le cas la plupart du temps.  


© Thomas Pirel

Tu adores travailler tes textes, ça doit être agréable de te donner la réplique… 

Le plus dur pour apprendre un texte c’est pour les essais ou alors quand c’est très mal écrit, sinon c’est un vrai plaisir. Quand tu as trente jours de tournage de suite, tu apprends tes textes un peu de loin dans un premier temps, comme on ne tourne pas dans la continuité c’est inutile d’apprendre une scène que tu vas tourner dans un mois. Surtout que, quand t'es dans le perso toute la journée, le soir tu lis une fois les scènes du lendemain et c’est bon, tu connais presque tout. Il ne faut pas se faire mal à la tête avec le texte non plus, il faut que ça reste un plaisir. J’aime bien faire des petites corrections même si je ne change pas grand-chose.




Hubert, il faut qu’on parle de Robert et les petits ballons. J’ai trouvé ça sur Youtube et j’ai adoré !

Mais non t’as vu ça toi ? C’est marrant. Je te parlais de mon côté un peu excessif (rires). Tu veux que je te raconte l’histoire de Robert et les petits ballons ?



Mais carrément !

Elle est très simple. À un moment, je ne tournais pas beaucoup. Il fallait passer la seconde donc j’ai décidé d’arrêter de donner des cours, c’était en 2013 je pense. On m’a demandé une bande-démo et c’est difficile de récupérer ce que tu as fait, surtout quand tu n’en as pas un milliard ! Il te faut aussi de la qualité, tu ne peux pas mettre de la crotte.


Mon super pote Clément Beauvais est réalisateur. On a fait Robert et les petits ballons ensemble ! Pour une seule raison : remplir ma bande démo. Je n'ai eu que des retours sur ce passage de ma bande démo, alors on en a fait d’autres pour se marrer.


Un jour, mon agent m’appelle : « J’ai eu un producteur au téléphone, il aimerait te rencontrer. » J’y vais et le gars me parle de Robert et les petits ballons pendant deux heures. Il trouve ça incroyable, l'anti héros parfait. Il me dit d’arrêter les petites pastilles pour faire un long-métrage. Trois semaines après, je le revois avec un bout de scénario mais l’idée ne lui a pas plu. Un mois après, pareil, ça ne marche pas. J’ai abandonné. À la base c’était pour faire rire les potes.


De temps en temps, je croise une personne sur un tournage qui me parle de Robert et les petits ballons. C’est dingue ! Ça a fait très peu de vues mais il y a quand même un petit fan-club (rires). J’en ai remis sur Instagram il n’y a pas longtemps, mais ça ne marche toujours pas (rires). Quand ça veut pas, ça veut pas.



Quels sont tes prochains projets ?

On va attaquer la suite de Poulets Grillés après l’été, ça va être délirant de retrouver tout le monde. J’ai hâte de le lire surtout, puis de tourner. Sinon, j’attends des réponses comme d’habitude. Je suis également en écriture avec un ami comédien Vincent Heneine, une pièce de théâtre où il jouerait tous les personnages. La mise en scène me manque, j’en faisais plein en tant que prof.


Une citation fétiche à me délivrer ?

« Choisis un travail que tu aimes et tu n’auras pas à travailler un seul jour de ta vie » c’est de Confucius je crois. On peut dire que ça me ressemble bien. »