Jules Porier, un ticket pour le cinéma !

Mis à jour : mai 15

Il hume de la pellicule depuis l'enfance. Si l'avenir appartient aux curieux de profession, Jules Porier est un biscuit dur, un jeune comédien qui construit sa cinéphilie personnelle et son parcours d'artiste avec maîtrise et ambition. Jules parle de son art sans complexe, il a un pied dans la galaxie du septième art et se donne les moyens pour s'y installer sur la durée. Son visage est à scanner, nul doute que son nom figurera en haut de l'affiche. Rencontre avec Jules Porier, un ticket pour le cinéma !


© Gaëtan Rolle

« Les salles de cinéma vont rouvrir très prochainement. C'est un soulagement pour toi ?

Ce sera un gros soulagement si ça rouvre. Je pense et j’espère qu’il y aura un élan, même ceux qui n’ont pas l’habitude d’aller au cinéma, ça va leur donner envie d’y aller. Je sais que pas mal de projets sont figés. C’est un peu galère mais je ne me plains pas, c’est comme ça pour tout le monde et pas uniquement pour les gens du cinéma. Il faut faire avec.


Les salles obscures, ça t'évoque quoi ?

C’est un lieu très agréable. Regarder un film dans une salle de cinéma, ce n’est pas pareil que regarder un film sur son canapé. Dans une salle, on est dans une ambiance de partage. J’essaie de m’intéresser à tous les genres de films, même quand ça ne m’intéresse pas trop. Je peux aussi bien aller voir un Marvel qu’un film Serbe. Ce qui est aussi cool, c’est que tous les films classiques sont sur Netflix. Si on veut se faire une culture cinématographique, on le peut avec un petit abonnement.


Tu es un jeune comédien avec trois beaux films dans ton CV. Mais tu n'as pas attendu les premiers rôles pour commencer, puisque tu t'es lancé avec des courts-métrages indépendants sur Youtube, notamment avec Joker. D'où te vient ce goût de la création ?

Alors déjà, désolé pour t’avoir infligé de regarder Joker (Rires). C’était il y a longtemps, le scénario n’est pas fou mais le maquillage était cool. Sur Youtube, j’ai supprimé pas mal de vidéos. Petit, j’aimais bien faire des petits spectacles devant mes parents. Un de mes premiers souvenirs de films, c’était Bambi en cassette chez ma grand-mère. J’avais pleuré (Rires).


En 6ème, j’ai connu Youtube et j’ai voulu faire ça. C’était affreux, il n’y avait aucun sujet mais j’ai dû faire cinq ans sur Youtube. J’aimais bien créer et partager. Le cinéma, c’était un rêve, un cran au-dessus.



L'envie de faire ce métier a suscité quelle réaction autour de toi ?

Quand t’es petit et que tu dis que tu veux être acteur, les gens sont en mode « oui, oui, c’est bien ». J’ai eu la chance que ça devienne concret très vite avec un gros rôle dans le film d’Anne Fontaine. Ça a donc été très facile à accepter pour mes proches, ils me soutiennent.


Un an de Cours Florent mais surtout du théâtre d'improvisation...

J’ai adoré ça ! En général, c’est très peu connu du grand public. L’improvisation au théâtre se mélange avec le sport. Il y a un arbitre, des cartons, on a des maillots et une sorte d’arène, de ring avec des règles dedans. Je vous conseille d’y aller.


Il y a toujours un scénario auquel il faut se tenir. Savoir improviser, ça met très à l’aise, même pour la vie de tous les jours. Je vais te donner l’exemple le plus typique. J’ai des potes qui étaient très timides, ils ont fait un peu de théâtre et ça a été beaucoup mieux.


Quel est ton défaut qui pourrait être une qualité au cinéma ?

J’aime bien l’adrénaline et dépasser mes limites. Dans la vie de tous les jours, c’est surtout un défaut car je fais pas mal de conneries. Mais sur un plateau de tournage, ça t’aide pour jouer à fond.


© Ludovic Baron

En parlant d’adrénaline, comment t'es-tu senti pour ton premier tournage dans Marvin ou la belle éducation ?

Le casting avait été très long. Cinq mois avant que je sois pris, je n’y croyais pas. Je n’étais jamais allé sur un plateau et là je vois cinquante personnes, une énorme caméra, j’ai commencé à flipper de ouf. Mais ça s’est très bien passé.


Pour la première scène de ma vie, je me fais cracher dessus et taper, autant te dire que j’étais dans le bain (Rires). Ce tournage, ce n’était que du plaisir. Je sais que j’ai beaucoup de chance. Ils ont tous été géniaux avec moi. Je pense à Anne Fontaine et aussi à Finnegan Oldfield. On s’est beaucoup vu avant le tournage et ils m’ont mis à l’aise comme l’ensemble de l’équipe.


Pour toi, un tournage, c'est plus une aventure ou un voyage organisé ?

C’est voulu comme un voyage organisé mais ça devient une aventure. Dès que le tournage commence, il se passe toujours des imprévus.


L'an dernier, on t'a retrouvé dans deux films bien différents : Play et Madre. Comment as-tu vécu l'année 2020 avec la sortie de ces deux longs-métrages ?

C’était une année assez chargée. Je l’ai commencé à Londres pour apprendre l’anglais et faire une école de théâtre. Play est sorti en début d’année et Madre au cours de l’été. Ensuite, il y a eu le covid. J’ai vécu l’année 2020 à mille à l’heure avec beaucoup de bonnes choses. Même si c’était une année difficile, j’en garde un bon souvenir.


Dans le film Madre, je joue un personnage français et heureusement, je ne pense pas que j’aurais été pris si ce n’était qu’en espagnol (Rires). Les Espagnols ont une manière différente de tourner. Il y a des pauses sandwiches à 10h du matin (Rires). À l’avenir, j’espère pouvoir continuer à découvrir comment on tourne chez les autres. C’est très intéressant.


Avec Madre, tu gagnes une sélection aux Révélations des César 2021. Comment as-tu accueilli cette reconnaissance de la part du milieu ?

C’est impressionnant, surtout que le film est Espagnol. J’ai appris sa nomination sur Instagram, en story (Rires). C’était une grosse surprise. Les César, ça m’a permis de rencontrer d’autres acteurs de ma génération et de me faire des potes. C’est un petit milieu où tout le monde se rejoint.

© Gaëtan Rolle

Pour ce rendez-vous, Michel Hazanavicius a accepté d'être ton parrain. Pourquoi as-tu choisi le réalisateur de The Artist ?

C’était très important pour moi de prendre un réalisateur. J’ai été très content qu’il accepte. En réalisateur français, on fait difficilement mieux. On a pris le temps de parler, il a été super sympa et m’a donné pas mal de conseils sur la réalisation.


Quand on participe à ce genre d'événements, on se sent plus crédible aux yeux de l'institution ?

J’ai toujours l’impression de ne rien avoir à faire là. J’ai encore du mal à m’en rendre compte. Pour moi, ce n’est pas encore mon métier. Je fais partie de l’industrie mais quand on me demande ce que je fais, je ne dis pas que je suis acteur. Aujourd’hui, je fais une école de réalisation mais le jour où le cinéma sera ma manière de gagner ma vie à 100%, je me considérerai dedans.


Diriger des acteurs, filmer le visage humain, ça fait partie de tes ambitions sur le plus long terme ?

Carrément ! Je veux raconter des histoires qui font voyager et réfléchir. Quand je sors d’une salle de cinéma, même si je n’ai pas aimé le film, j’adore y penser pendant deux jours. J'ai vraiment l'envie de faire rêver les gens.


Ton parcours est très inspirant pour les jeunes créateurs en herbe qui n'osent pas se lancer...

Pour Marvin, j’ai trouvé l’annonce sur Internet. Au début, je me suis dit que je ne serai jamais pris mais comme je n’ai rien à perdre j’ai essayé et je me suis retrouvé au cinéma. Que t’es 10 ou 30 ans, tu peux commencer une carrière d’acteur. Il n’y a pas d’âge. Si tu ne trouves pas de rôles, tu peux les créer, les écrire. C’est un milieu difficile d’accès mais en même temps très libre.


Quels sont tes futurs projets ?

J’ai un petit rôle dans Simone Veil d’Olivier Dahan. Sinon, je n’ai pas de tournages prévus. D’ici cet été ou à la rentrée, je vais essayer de réaliser mon premier vrai court-métrage. En étant dans une école de cinéma, j’ai l’occasion d'avoir plusieurs moyens techniques. Ce que j’aime me dire, c’est que si j’arrive à parler plusieurs langues, ça fait plus de films dans lesquels je peux tourner. »