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Julia Lùmni : "C'était la voie que je devais prendre."

  • Photo du rédacteur: Samuel Massilia
    Samuel Massilia
  • il y a 7 heures
  • 5 min de lecture

Elle explore les choix de vie et les trajectoires émotionnelles dans son dernier titre, Courbe sinusoïdale. Julia Lùmni a créé une œuvre musicale avec une véritable narration, un univers oscillant entre regard d'enfance et conscience adulte, et dans lequel chaque texte devient un écho des hauts et des bas que chacun traverse. Sa voix éraillée épouse ces variations, passant de moments retenus à des envolées puissantes, tandis que la production moderne et rythmée amplifie ces oscillations. Rencontre.


© Tumi de La Cruz
© Tumi de La Cruz

« Julia, ton dernier titre Courbe sinusoïdale est disponible sur toutes les plateformes de streaming. Pourquoi ce titre ?

Dans la vie, on a le choix entre suivre une ligne droite, toute tracée, ou emprunter une courbe un peu plus risquée. Chacun la rattache à ce qu’il veut, à ce qu’il a vécu. Souvent, quand j'écris une chanson, je pars d’un constat de ma vie mais aussi de ce que l’on me raconte. Ça a en fait une vérité générale que je souhaite écrire.


En écoutant tes chansons, j’ai senti, dans chacune d’entre elles, la voix de la petite fille que tu étais…

Je pense que tu ne te trompes pas (rires). Faire de la musique mon métier était un rêve de petite fille, c’est elle qui s’exprime dans mes chansons. Les enfants ont un regard pertinent et spontané, ils n’ont pas de filtre. J’aime analyser avec ce regard-là, accompagné d’un ton sarcastique, aussi. J’ai toujours posé des questions et été dans l’observation. Plus jeune, on me trouvait un peu bizarre par rapport à ça et, finalement, j’ai essayé d’en faire quelque chose (rires).



Comment est née cette passion pour la musique ?

Dès l’âge de trois ans, quand j’ai su parler, je passais tout mon temps à chanter enfermée dans ma chambre. Je passais des CD d’Hélène Ségara et je m’amusais à reproduire sa voix et celles d’autres chanteuses. Puis, à huit ans, j’ai vécu ma première scène, par pur hasard ! Il y avait un concert de La Compagnie créole dans mon petit village du sud de la France. À la fin de la soirée, un karaoké était organisé sur cette même scène et j’ai voulu essayer. Le public était encore là et c’était vraiment cool ! Ensuite, j’ai fait des concours de chant et j’ai fait partie de groupes de rock, de soul et de folk dans l’adolescence, avant de lancer mon projet Julia Lùmni il y a trois ans.


Quand on ne grandit pas dans une famille de musiciens, est-ce facile de s’autoriser à faire ce métier ?

Non, ça ne l’est pas. Avant la chanson, j’étais professeur des écoles. Un métier sécuritaire. Quand j’ai pris ma décision d’arrêter pour me lancer pleinement dans la musique, j’ai vu du jugement dans les yeux de mes proches, surtout chez les plus âgés qui ne comprenaient pas cette décision. Pour eux, mon métier dans la fonction publique représentait une sécurité. Quand on ne connaît pas le milieu du spectacle, on pense qu’on va être un saltimbanque de rue et qu’on ne va pas s’en sortir dans la vie. Ce n’était pas un manque de confiance vis-à-vis de moi, mais plutôt de l’inquiétude. Dans ces cas-là, il faut continuer à croire en son idée même si ce n’est pas facile de persister quand personne n’y croit.


© Lehocq Pascal
© Lehocq Pascal

Quel a été le déclic pour quitter l'Éducation nationale ?

Je l’ai eu en voyage. J’ai pris une demi-année sabbatique, appelée mi-temps annualisé dans l'Éducation nationale, pour partir six mois au Costa Rica, au Mexique et au Guatemala avec des amis. Durant ce voyage, j’ai eu un assez grave accident de vélo qui m’a permis de comprendre que j’aurais des regrets si je ne tentais pas ce que je voulais vraiment. Alors, à mon retour en France, j’ai annoncé à mes proches mon envie de prendre une année de disponibilité pour essayer de faire de la musique mon métier. Certaines choses ne me convenaient pas non plus dans le système de l'Éducation nationale. Moralement, je n’étais pas bien. Après avoir pris cette décision, tout s’est aligné pour moi. J’ai suivi une formation musicale, à Montpellier, où l’on m’a appris les clés pour devenir artiste et développer un projet. J’ai aussi été acceptée dans un accompagnement à la SMAC Paloma (Scène de Musiques Actuelles) à Nîmes. C’était la voie que je devais prendre.


Qu'as-tu appris ?

Qu’il n’y a pas de recette magique (rires). Il y avait tout un écosystème à comprendre, notamment les différents métiers présents dans l’industrie musicale et comment se structurer juridiquement car, en tant qu’artiste, on a un statut particulier. On nous apprend aussi le côté business même si l’art reste en premier. Plusieurs directeurs de labels sont venus nous faire cours et c’était très enrichissant.



Te souviens-tu de l'écriture des premiers textes ?

J’ai beaucoup de notes dans mon téléphone et des carnets depuis très longtemps. Les idées me viennent à la volée, aussi bien au volant de ma voiture que dans le train. Ils m’arrivent de dessiner mes chansons avant de les écrire ou de les rattacher à un film que j’ai dans ma tête. Pour Branchemin, le piano a été composé dix ans auparavant et pour l’écriture des paroles, je m’étais retrouvé devant un arbre à 1h du matin, avec plusieurs pensées dans ma tête, avant d’enregistrer un vocal de neuf minutes. Et presque toutes les paroles étaient là. Je les ai ensuite affinées pour avoir de belles sonorités et de la rime. De mes premiers jets découlent toutes mes paroles.


Hypersensible raconte l’histoire d’une jeune fille isolée, qui devient muette par peur du regard des autres. En te documentant sur l’hypersensibilité, qu’as-tu découvert ?

J’ai appris qu’il y avait plusieurs types d’hypersensibilités et je me suis plutôt senti concerné par l’hypersensibilité pop corn, dont je parle dans la chanson. Ces personnes ont du mal à canaliser toutes leurs idées et se sentent débordées comme si une machine à pop-corn allait exploser à l’intérieur de leur cerveau. L’hypersensibilité, c’est ressentir plus fort. Tout est décuplé. Quand je prenais à cœur certaines choses, on me répétait comme une insulte : « Mais toi, t’es une hypersensible. » Ça me faisait encore plus mal et j’ai eu envie de comprendre ce que c’était.


À la fin de ta vidéo « Comment je suis devenue un artichaut… », tu barres le mot hypersensible pour le remplacer par vivante…

Bien vu ! (Rires) Je voulais abolir l’idée reçue des personnes hypersensibles qui ne font que pleurer. Le mot vivant nous concerne et nous décrit bien.


Pour conclure cet entretien, aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

« Ne crains pas le changement, crains plutôt la routine. »



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© 2021 par Samuel Massilia.

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