Kriss Goll, esprit positif !

Un jour elle est née, depuis elle improvise. Kriss Goll fait partie de cette nouvelle génération d'auteurs de talent. Elle imaginait déjà les applaudissements des spectateurs dans la salle, elle entendait déjà leurs rires, une visualisation devenue réalité avec sa première pièce À tout prix. Une comédie drôle, rafraîchissante qui nous offrent de la joie et du bonheur, tout ce dont nous avons besoin en ce moment. Rencontre avec Kriss Goll, esprit positif !



« Jean-Pierre Bigard, directeur du Palais des Glaces et de la Comédie de Paris : « Si on la sort par la porte, elle rentre par la fenêtre ». Quelle définition donnerais-tu de toi-même ?

Effectivement c’est bien moi. Je ne lâche jamais rien et je pense qu’il ne faut jamais rien lâcher dans la vie. Il faut être persévérant pour atteindre ses objectifs. C’est important d’aller au bout de ses rêves. Quand on est déterminé, les gens le ressentent.


Il t'a fallu beaucoup d'opiniâtreté pour faire naître ta première pièce de théâtre À tout prix...

Il n’y avait ni théâtre, ni financement. J’ai rencontré mon comédien Paul-Marie Beveraggi chez Castel, où je travaille également. Je lui ai envoyé ma pièce et une semaine plus tard, il est revenu vers moi en me disant qu’il a adoré et qu’il souhaitait jouer dedans. Mes comédiens étaient là depuis le début, ils ont tout de suite cru au projet À tout prix, et de les voir motivés comme jamais c'était d’ailleurs un des moments forts de cette aventure.


Une fois que l'on a le casting, on pense que le plus dur est passé...

C’est là où tout commence justement ! Dès que j’ai eu ma team, je me suis mise à chercher un théâtre. Déterminée comme jamais, je me suis présentée au culot au théâtre de Dix Heures avec une affiche. C’est Éric Delcourt qui m’a accueilli, très étonné de ma démarche, car habituellement cela se fait par mail ou téléphone. Je lui ai proposé une lecture de ma pièce et il m’a répondu « d'accord, on programme cela dans 2 semaines ».


Nous avons fait la lecture et à la fin Éric Delcourt m’a dit qu’il avait adoré la pièce, qu'elle faisait partie du haut du panier et qu’elle pourrait très certainement se jouait à la rentrée. Mais le problème c’est que le théâtre de Dix Heures n’avait pas de subventions pour monter des pièces. Il me manquait donc le financement ! Je me suis posé la question d'investir moi-même mais ça risque de coûter cher, de trouver une production mais quand on n’est pas connu c’est compliqué, ou alors de trouver des sponsors qui peuvent éventuellement investir.


© William Let

Et tu parviens à en trouver...

J’ai eu la chance de rencontrer le CEO de l’application Happn Didier Rappaport. Il a trouvé la démarche intéressante, et il m’a parlé de faire un placement de produit dans ma pièce. Il m’a également coaché sur le business plan. J’ai alors démarché d’autres investisseurs pour qu'ils deviennent les sponsors de ma pièce. J’ai fait un meeting, et à la fin tout le monde a levé la main y compris le notaire ! C’était dingue ! Je n’y croyais pas ! J’avais donc les investisseurs, le théâtre et les comédiens.


Pourtant, la pièce ne démarre toujours pas. Comment as-tu réussi à atteindre la ligne d'arrivée de ce projet ?

Un des investisseurs a voulu que je trouve un théâtre plus grand pour accueillir ses partenaires. Ce qui est mission quasi impossible, car les théâtres ont toutes leur programmation préparée six mois voir un an à l’avance. J’avais la Comédie de Paris en tête, car elle correspondait bien à ma pièce puis c’était une grande salle de 184 places.


J’ai décidé à nouveau de me présenter directement. J'étais devant les bureaux de Monsieur Jean-Pierre Bigard, j’ai appuyé sur la sonnette, la porte s'ouvre, j’ai monté les interminables étages, et arrivé devant l’assistante, je lui ai demandé si je pouvais parler à Monsieur Jean-Pierre Bigard, elle m’a demandé si j’avais un rendez-vous, bien évidemment je lui ai répondu que non… Puis elle m’a fait patienter quelques instants, et elle est revenue vers moi pour me dire « allez y Monsieur Jean-Pierre Bigard vous attend ! ».


Je lui raconte mon projet, il me dit que c’est compliqué pour faire jouer la pièce à la rentrée. Je lui montre mon décor que j’avais fait à la main et il le trouve trop imposant. Je le rappelle une semaine après, j’insiste deux, trois fois, je retourne le voir et il me redirige vers le technicien de la Comédie de Paris pour revoir le décor et en créer un plus minimaliste. Quatre, cinq jours après, Jean-Pierre Bigard m’appelle pour m'annoncer que ma pièce pourra se jouer dès janvier deux fois par semaine.



Un combat sans relâche pour atteindre ton objectif. Quels sentiments as-tu ressentis le soir du premier lever de rideau quand le public a désormais ton premier bébé artistique entre ses bras ?

À la première j'étais énormément stressée car la pièce appartient d’abord à l’auteur puis au metteur en scène puis aux comédiens et à la fin c’est le public qui choisit. On ne peut jamais savoir à l’avance si une pièce va marcher ou pas. On ne sait pas si les gens vont rire ou non. Finalement ça s’est super bien passé, j’ai eu des super retours et les gens ont beaucoup ri.


Pour ceux qui souhaiteraient la découvrir dès que les salles seront à nouveau ouvertes, quel est l'univers de cette pièce ?

C'est une pièce avec de l’intrigue, qui parle d‘un couple au bord de la rupture, qui vit encore ensemble et qui ne sait pas que dans leur salon une grosse somme d’argent est cachée. Et ce pactole doit être récupéré À tout prix par Daniel, un vrai bras cassé. C’est une comédie rythmée, drôle, jeune, avec plein de rebondissements et beaucoup de quiproquos, et avec un public complice des acteurs.



Tu as écrit cette première pièce à l'âge de 22 ans et c'est seulement sept ans après que ce beau projet voit le jour. Comment expliquerais-tu ça ?

Je pense que je n’étais pas prête, j’avais peu confiance en moi, malgré que j’étais toujours aussi culotté. J’ai rencontré Fabrice Blind, auteur de plusieurs pièces, j’ai insisté pour qu’il lise ma pièce, il m’a beaucoup appris et m’a aidé à structurer mon écriture.


Par la suite j’ai imprimé trois, quatre pages de ma pièce et dès que je voyais quelqu’un de connu je lui donnais. Edouard Baer a lu ma pièce, et quelques semaines après il m’a dit qu’elle était amusante mais qu’il ne voyait pas comment il pourrait m’aider. À 21 ans, je pensais que tout allait se faire comme ça (rires).


Un autre jour, Jacques Weber, il a été super gentil en nous invitant avec une de mes collègues à le voir jouer au théâtre. Et à la fin il m’a fait un débriefing de l'extrait de ma pièce que je lui avais donné, en me disant que le théâtre boulevard c’est tout ce qu’il détestait. Alors j’ai perdu confiance et j’ai rangé ma pièce dans un tiroir. J’ai trop vite laissé tomber. Puis un jour je me suis dit qu'il faut aller au bout de ces rêves !


Aujourd'hui il est malheureusement très difficile de se projeter dans la situation actuelle. As-tu une idée de quand reprendra cette pièce ?

Aujourd’hui, je pense que ce n’est pas encore le bon créneau pour la relancer. Je préfère être patiente et attendre 2021. Le 13 mars, j’avais rendez-vous avec un tourneur pour signer une tournée en Province. Mais c’est arrivé le lendemain du discours de Macron qui nous annonçait le confinement. Tout a donc été annulé.



Pourrait-on te voir dans la peau d'actrice dans l'avenir ?

J’ai fait deux, trois petits projets dans le cinéma. Au théâtre, j'ai joué dans Clan des Divorcés. J’étais là au bon moment au bon endroit, car je n’ai jamais fait de cours de comédie, j’ai été repéré. Donc pour le moment je me sens mieux derrière le rideau, mais peut-être que dans ma deuxième pièce je jouerais dedans, qui sait !


Faire ce métier n'était pas un rêve d'enfant ?

Ma mère faisait partie d’un club de théâtre donc à huit ans j’avais déjà assisté à ma première pièce, c’était Boeing Boeing. J’adorais faire des spectacles avec mes copines et ce qui était très rigolo c’est qu’en mars, pendant le confinement, j’ai trié mes papiers un peu comme tout le monde et je suis retombée sur un cahier où j’avais commencé à écrire une pièce de théâtre, j’avais 9 ans.


À la naissance on hérite d’un don et souvent, on l’oublie ou on le met de côté. Si parfois on est perdu professionnellement, il faut se rappeler ce que l’on aimait faire lorsque l’on était enfant. Parfois on peut passer à côté. Moi c’est à 30 ans que j’ai su ce que je voulais faire. C’est vraiment ma passion et j’espère que cela perdura.


Tu soutiens ardemment le théâtre en association avec l’agence de marketing digital Smart Culture. En plus de ton âme de créatrice, tu as une âme d'entrepreneur…

J’adore l’entreprenariat, et j’ai développé Smart Culture pour soutenir la culture à travers le soutien financier des entreprises, comme je l’ai fait avec ma pièce À tout prix. Il y a plein de magnifiques pièces qui méritent d’être jouées mais qui ont malheureusement un manque de financement. Les entreprises peuvent aider, c’est un bon moyen aussi pour elles de communiquer. Les pièces de théâtre sont vectrices de certains messages, ont une notoriété grâce aux acteurs. À travers la pièce, les entreprises peuvent faire leur propre pub.


Comment vis-tu cette période qui nous dispense d'accéder à la culture ?

Ce n’est pas facile car on a besoin de la culture en France, ça fait partie de notre patrimoine. Je suis de nature optimiste et je n’aime pas perdre de temps, donc en attendant j’écris ma deuxième pièce, je lance Smart culture et un jour tout recommencera, il faut être prêt.



Sur tes réseaux sociaux tu diffuses des ondes positives mais aussi le pouvoir de visualisation...

Sans parler de spiritualité, je pense que tout est possible à celui qui rêve et visualise ses objectifs. Je me rappelle très bien avoir fait des sessions assises où j’imaginais très clairement les différents steps de mon aventure. J'éprouvais les mêmes sensations que dans la réalité.


Pour les investisseurs, je savais que j’allais trouver des financements, j’imaginais tout le monde levait la main à la réunion, sauf le notaire (rires). Il faut se projeter et ne pas en avoir honte. Dès lors, on devient plus attentif aux opportunités qui se présentent à nous, cela nous aide à choisir avec notre intuition et non par notre mental. Il y a une étude qui dit que le cerveau ne fait pas la différence entre l'imagination et la réalité. Alors à vous de tester !


Aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

« Tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais. L’action est la clé fondamentale de tout succès ».


Que peut-on te souhaiter pour le futur ?

Que les théâtres rouvrent, que la pandémie soit derrière nous et que les gens viennent voir mes pièces et en ressortent avec un grand sourire. »

© 2018 par Samuel Massilia.