Lazard Timsit, l'école Américaine !

Lazard Timsit et la caméra ne font qu'un. Ce jeune réalisateur a signé un premier documentaire puissant sur le monde de la nuit. Physio donne la parole à ceux que l'on rencontre toujours, les premières portes à franchir et garants des soirées réussies : les physionomistes. La sincérité des témoignages vient parfaitement se mélanger avec une mise en scène soignée, moderne et au goût cinématographique. L'identité artistique est déjà là et annonce le début d'une belle aventure pour le jeune enfant de la photo, révélatrice d'une passion innée. Rencontre avec Lazard Timsit, l'école Américaine !



« Lazard, ton premier documentaire Physio est disponible sur France.tv Slash. Comment est-il né ?

Je suis assez noctambule. Plus jeune, j’ai pas mal fait la fête ! J’avais beaucoup d’amis dans le monde de la nuit, j’ai rencontré pas mal de personnes dont Matt Brudo, il était le directeur artistique de l’Arc Club Paris dans les grandes années. J’ai été captivé par toutes les histoires qu’il m’a racontées. Un soir, je prenais un verre avec mon ami Quentin Sitbon et on s’est tout de suite dit qu’il y avait un documentaire à faire sur les physionomistes, ils sont les garants de la bonne soirée. Le sujet m’a passionné. Au départ, on se demande pourquoi ils sont aussi froids et fermés. Certains se sont fait tirer dessus, ont reçu des pressions ou encore des propositions d’argent pour entrer dans les clubs. Ce métier est aussi dangereux.


J’ai lu que tu te faisais souvent recaler…

On m’a dit : « Tu fais ce documentaire pour pouvoir entrer en boîte » (rires). Maintenant, ça va un peu mieux. De mes dix-sept à mes dix-neuf ans, j’étais le gars de la bande qui se faisait toujours recaler. Dans le doc, il y a Kouki, c’est un physionomiste qui m’a systématiquement recalé jusqu’à mes vingt ans ! Aujourd’hui, je le comprends. J’étais trop jeune et pas assez bien habillé, je ne faisais pas d’efforts.


Comment s’est formé le casting ?

Je connaissais de près ou de loin tous les physionomistes présents dans le documentaire. Je voulais qu’ils aient tous de l’expérience. C’est important d’avoir une expertise de vrais professionnels. Ils ont vu leur métier et leur milieu évoluer au fil des années. Ils travaillent dans des établissements à la renommée nationale et mondiale. C’était donc assez simple de connaître le casting. Le plus difficile a été de les convaincre et je le comprends tout à fait. La base de ce documentaire, c’est la confiance. Je leur ai expliqué ma démarche, que ce ne serait pas un film à charge mais un documentaire pour comprendre les dessous de la nuit et de leur fonction. Il y a eu beaucoup de discussions et d’échanges avec eux, le process a été long et fastidieux mais on y est arrivé.


Cathy (Castel, Paris), Kouki (Fresh Touch, Paris), Vlad (La Luna, Perpignan), Konka (Le Bazar, Marseille), Junior (Les Caves du Roy, Saint-Tropez) ©10.7 Production et Infinite Media


Quentin Sitbon est co-auteur du documentaire. Quel rôle a-t-il joué ?

Quentin est un ami de dix ans. On partage la même sensibilité et on a eu envie de faire le projet le plus qualitatif possible. Quentin a été un pilier. On a mis plus d’un an à le faire, en travaillant sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Quentin m’a aidé dans toutes les étapes de la fabrication du film mais aussi dans mes remises en question. C'était mon regard extérieur et avoir son avis sur mes doutes a été très important.


À la fin de ton documentaire, que doit retenir le spectateur ?

Chacun a sa propre histoire et son approche de la nuit. Les physionomistes sont le miroir de notre société. La plupart du temps, on se plaint de les voir faire des sélections à l’entrée des clubs. Mais si cette sélection n’est pas faite, on n’a pas l’impression de passer une bonne soirée. Qu’est-ce qu’on demande à un physio ? Des gens beaux, bien habillés et avec de l’argent. Ils répondent à des attentes, à un business. Derrière un physio se cache un être humain avec ses problèmes. J’espère que les spectateurs auront de l’empathie pour chacun d’entre eux et surtout, qu’ils comprendront pourquoi ils agissent ainsi.


Aujourd’hui, la tendance est-elle plutôt vers les festivals que les boîtes de nuit ?

Avant, la boîte de nuit c’était la Messe. Des gens de tous horizons économisaient toute la semaine pour pouvoir y aller et payer leurs bouteilles. Les filles étaient en talons aiguilles et robes de soirées, les garçons en chemise blanche et costume. Aujourd’hui, on préfère aller dans des festivals. La fête a beaucoup changé et je la trouve plus individualiste. Tu as 300 000 personnes devant un dance floor avec DJ mais finalement, elles dansent seules. Quand on voit les images de Saint-Tropez au début des années 2000, on avait l’impression que les boîtes allaient exploser !


La boîte de nuit est pour moi un lieu essentiel. C’est l’essence même de tout ce qui est primaire en nous : danser, rencontrer, s’amuser. C’est indispensable pour avoir une société saine. Pendant le covid, les jeunes ont été privés de ça et ont fini par exploser. Et il n’y a rien d’anormal à ça. On a besoin de rêver, de se distraire. Sans ça, la vie est monotone.


"Physio" disponible sur la plateforme France.tv Slash © 10.7 Production et Infinite Media

D'où te vient ce désir de réalisation ?

C’est assez familial. Mes parents travaillent dans le cinéma et m’ont fait baigner dans l’amour de regarder des grands films. Depuis tout jeune, je regarde avec eux tout le cinéma américain. Quand on est biberonné avec Coppola, Scorsese et Leone, on n'a qu’une envie : faire leur métier ! Leurs films sont tellement beaux qu’on peut les regarder à tous les âges. Je devais avoir six ou sept ans quand j’ai vu pour la première fois Les Affranchis, Casino, Taxi Driver et Le Parrain… ça donne le goût de la réflexion et de la concentration.


Tu as fait des études de cinéma aux États-Unis pendant cinq, six ans… Qu’as-tu appris de l’autre côté de l’Atlantique ?

Le cinéma américain des années 80 est ce que j’aime le plus au monde. Les Américains ont une industrie avec des codes et un savoir-faire, chez eux le cinéma est artisanal et c’est important d’apprendre leur règle qu’on peut ensuite transgresser. Dans mes cours de screenwriting, chaque semaine, on devait écrire un scénario de court-métrage et le vendredi, les autres élèves lisaient votre script. Ce qu’on a exprimé est sur le papier, donc pendant trente minutes tu n’as pas ton mot à dire, alors qu’on démonte ton scénario (rires). C’est l’école de l’humilité. J’y ai retenu ma plus grande leçon : « La meilleure idée gagne, peu importe d’où elle vient. » Ça a été très bénéfique d’apprendre avec eux, j’ai adoré cette expérience.


Pour conclure cet entretien, aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

Mon frère m'a toujours dit : « la fortune sourit aux audacieux. »