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Rebecca Château : "Mon parcours est atypique."

  • Photo du rédacteur: Samuel Massilia
    Samuel Massilia
  • il y a 5 heures
  • 5 min de lecture

Attachée à la dimension collective de son métier, Rebecca Château investit chaque projet comme un espace de collaboration, où la circulation entre les acteurs et la direction artistique nourrit le résultat final. Son parcours ne cherche pas à répondre à un modèle, mais à construire, pas à pas, une présence singulière. Sans chercher à capter le regard, elle l’attire naturellement, par une forme de densité calme qui donne au cadre une intensité particulière. Rencontre.


© Victoria Vinas
© Victoria Vinas

« Rebecca, on t’a vu récemment dans Meurtres en Gironde, actuellement en replay sur France.tv. Qu'est-ce qui t'a donné envie de rejoindre cette collection ?

Mon agent, Christopher Robba (AS Talents), m’a demandé de participer au casting avec Julie David, directrice de casting. J’ai passé les essais en mars dernier et j’ai été prise pour mon premier second rôle à la télévision. Quelle fierté pour moi ! À la lecture du scénario, j'ai immédiatement décelé une faille très prononcée chez les personnages. Il était intéressant de faire « ma propre enquête personnelle » afin de comprendre les liens qui les unissaient.


Quelle a été ta préparation et quelles images te reviennent du tournage ?

J'ai été coaché par Nicolas Koretzky, rencontré dans un collectif d’acteurs et d’actrices, à Paris. Ensemble, nous avons travaillé sur le scénario et sur mon personnage, avant le début du tournage en juin. Nathalie Lecoultre est une réalisatrice au regard précis et méticuleux, d’une grande souplesse dans sa direction. J’ai eu beaucoup de liberté et de complicité avec elle et mes partenaires de jeu, Blandine Bellavoir et Marc Ruchmann. Ensemble, nous avons tourné la scène de l'interrogatoire au domaine de Malagar, un lieu qui m’a marqué. C’est une grande chance d’avoir pu travailler avec cette équipe, sans oublier les 80 technicien.nes dans ce cadre idyllique de la Gironde.


Comment est née ton envie de devenir comédienne ?

Avant d’être comédienne, j’ai eu une autre vie en tant que responsable des relations publiques chez Azzedine Alaïa, un créateur de mode franco-tunisien, nous ayant quittés en 2017. Ce furent des années merveilleuses et enrichissantes. Pour moi, il y a un vrai lien entre le costume et le personnage que l’on interprète, c’est aussi une sorte de protection et d’extension de qui on est ou devrait être. Je viens d’une famille d'artistes, il était difficile pour moi de m’inscrire dans cette lignée. Mais l’envie de faire du théâtre et du cinéma a mûri, j'ai pris la décision de démissionner pour faire ce que j’aime.


© Justine Roussel Armani
© Justine Roussel Armani

Quel a été le déclic pour te lancer ?

C’est en allant voir beaucoup de pièces de théâtre depuis toute petite avec ma mère, Stéfanie Jarre, scénographe et décoratrice. Quand j’étais dans son atelier, je l’aidais à faire des maquettes, à construire des petits personnages, à faire de la peinture sur ses miniatures. À maintes reprises, je l’ai accompagnée dans les ateliers de construction de décors, puis dans les théâtres lors des montages. Il y avait une effervescence de création au service d’une histoire et d’écritures qui m’a marqué. Les années qui ont suivi, je me suis forgé une culture théâtrale et cinématographique, je continue de voir le maximum de choses. Tout est une source d'inspiration, y compris ce qui nous entoure.


Innocence de Simon Stone au festival d'Art lyrique d’Aix-en-Provence fut un vrai coup de foudre. À partir de ce moment, j’ai eu envie d’en faire mon métier. Mon parcours est atypique, je n’ai pas fait les écoles nationales et je prends un peu plus mon temps. On peut prendre des chemins différents.


Tu as été formée à l’école Le Foyer et aux Artifex. Qu’as-tu appris ?

Au début, j’avais une peur bleue ! Surtout à l’audition d’entrée pour l’école Le Foyer. Quand j’en suis sortie, j’ai eu cette envie de continuer, d’apprendre encore et encore, comme une sorte d’addiction joyeuse. J’étais enfin à ma place. J’ai appris la technique du jeu mais aussi l’écoute, l’observation de mes partenaires. Apprendre des autres et apprendre de soi-même. Déconstruire pour renaître.


Je suis très reconnaissante envers Delphine Depardieu, Arnaud Denis, Béatrice Agenin (de la Comédie-Française) pour leur enseignement à la recherche de la vérité, de l’incarnation des personnages et à la justesse du texte, sans oublier Axel Blind m’ayant cité Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. »


J'ai également une pensée particulière pour la regrettée Nora Habib, directrice de casting qui m’a permis d’effectuer un stage jeu caméra. Il y a deux ans, j'ai rejoint le collectif Les Artifex où j'y ai fait des rencontres formidables.


Quelle serait ta définition du théâtre ?

La vie tout simplement. On y va pour s’interroger, rêver, oublier, apprendre, s’enrichir émotionnellement, se faire du bien et parfois, un peu de mal. Toutes les classes sociales peuvent s’y retrouver. Pour moi, l’accès à la culture est essentiel.


© Xavier François
© Xavier François

Comment te sens-tu avant de jouer au théâtre le soir ?

Chez moi, je suis hyper stressée, mon cœur bat plus vite, j’ai un peu de mal à manger (rires). Quand j’arrive au théâtre, je suis complètement détendue et avant de monter sur scène, je me mets dans une sorte de bulle de concentration, quelques instants, et j’entre dans mon personnage. Sur les planches, je me sens libre, comme si c’était une deuxième maison.


As-tu le souvenir d'une première représentation ?

Oui, c’était en parallèle de mes études au Foyer. Avec sept partenaires, nous avions monté une pièce adaptée de La Folle de Chaillot, de Jean Giraudoux, « Parvis » mise en scène et adaptée par Margaux Wicart. La pièce fut jouée au théâtre Montmartre Galabru, au Funambule et à la Fête de l’Humanité, une expérience des premières fois.


© Xavier François
© Xavier François

Du 3 au 25 juillet, tu seras au théâtre de l'Oriflamme pour le festival OFF d’Avignon avec la pièce Crystal Clear (production Christophe Paris) de Thierry Harcourt avec Clara Huet et Jean-Nicolas Gaitte. Quelle est la thématique abordée ?

Ce sera mon premier Avignon. C’est une pièce écrite par Phil Young sur le handicap, l’inclusion et la cécité, dans laquelle j’interprète une jeune femme aveugle. Le metteur en scène, Thierry Harcourt, est très pointilleux et sensible à la justesse des situations. Il prend des notes, nous fait travailler pour obtenir le maximum de nous, toujours dans cette quête de vérité et d’intimité. Il voulait absolument l’intégration de l’audiodescription non numérique sur scène. Nous avons joué quatre représentations au Théâtre Odyssée à Levallois et reçu un bel accueil. Deux dates sont programmées en juin au Théâtre de la Contrescarpe à Paris, en amont d'Avignon. Nous avons hâte de la suite.


Pour conclure cet entretien, aurais-tu une citation fétiche à me délivrer ?

Récemment, je suis allée voir l’exposition « Matisse, 1941-1954 » au Grand Palais, à Paris, et j’ai noté cette citation : « L’artiste doit apporter toute son énergie, sa sincérité et la modestie la plus grande pour écarter pendant son travail les vieux clichés. »

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© 2021 par Samuel Massilia.

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