Renaud Bertrand : "Je préfère donner des émotions aux téléspectateurs."
- Samuel Massilia

- il y a 1 jour
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Dernière mise à jour : il y a 9 heures
Qu'il explore une comédie ou un récit plus sensible, Renaud Bertrand garde ce même fil : raconter sans surligner, faire confiance au jeu et à ce qui circule entre les êtres. Derrière sa caméra, il y a une attention constante aux acteurs et aux émotions qui finissent toujours par toucher juste. Cette approche donne à ses réalisations une texture particulière, à la fois simple et profondément incarnée. Rencontre.

« Renaud, vous êtes le réalisateur du téléfilm Elles deux, diffusé mercredi prochain sur France 2. Qu’est-ce qui vous a fait dire oui à cette fiction ?
Ce sujet porte sur les familles et les proches des combattants terroristes. Et avant ce film, je sentais en moi une espèce d’hostilité, de rejet instinctif vers ces revenantes et leurs enfants. Ce sentiment m’a gêné, car il ne correspond pas à ce que je suis. Alors, quand on m’a proposé de réaliser un film sur ce sujet, c’était l’occasion d’approfondir mon ressenti et surtout, de le dépasser.
Le film n’est pas seulement porté par Sandrine (Sylvie Testud) et Hasna (Meriem Serbah), mais par ce trio qu’elles forment avec Hicham (Kassim Lemaitre). Comment a-t-il été repéré ?
Il avait déjà tourné dans la série De Grâce, sur Arte. Kassim a ce métier dans le sang, il adore tourner. Pour ce film, il y a eu un casting d’enfants assez important. Ils étaient tous extraordinaires mais j’ai choisi Kassim parce qu’il avait à la fois une douceur, un regard, un mystère et une violence. Ce mélange-là m’a plu chez lui.
Vous désirez que ce soit un film d’impressions et de sensations. Lesquelles ?
Bonne question. Plutôt que d’être didactique, c’est-à-dire de donner des explications ou des leçons aux téléspectateurs, je préfère leur donner des impressions et qu’elles les amènent à une émotion et, peut-être, une réflexion, mais sans leur expliquer le chemin. Ça peut être de la gêne, du plaisir, du rire. C’est surtout avoir une impression de vérité.
Vous avez réalisé plusieurs fictions télé : Je te promets, Résistantes, Murder Club. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’être derrière la caméra ?
J’ai toujours eu envie de raconter des histoires et, surtout, je me suis toujours intéressé à la vie des gens, à leur parcours. J’aime entrer dans un côté émotionnel et sociologique, sans avoir un côté intello. Petit, je n’avais pas la télé. Mon père m’emmenait assez rarement au cinéma. C’est lors de mes premiers séjours linguistiques en Angleterre, dans une famille ouvrière, que j’ai découvert la télé avec la BBC. Ça m’a donné envie de faire des bons films pour la télévision.
Au début des années 90, vous avez été premier assistant auprès de Jacques Deray. Qu’avez-vous appris à ses côtés ?
Je l’ai assisté pendant dix ans, dans un rapport de mentor à élève. Avec lui, j’ai appris le travail avec les acteurs, à manager une équipe tout en étant sincère et jamais dans la manipulation ou dans la maltraitance. J’ai aussi appris l’exigence, la rigueur. J’ai beaucoup appris en le voyant travailler avec des acteurs comme Alain Delon dans Un crime et Yves Montand dans Netchaïev est de retour.
Pour conclure cet entretien, auriez-vous une citation fétiche à me délivrer ?
« On n’est pas obligé. » Cette phrase a longtemps guidé ma vie. Si on se donne le luxe de pouvoir faire ce qu’on aime, on fera tout avec enthousiasme et sincérité. J’ai dit non à beaucoup de projets, mais je ne regrette rien. La vie est trop courte, donc si en plus on doit faire des choses qu’on n’a pas envie… (rires) »



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