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Sabrina Nouchi : "Les victimes défilent comme dans un vrai commissariat."

L'affiche du nouveau film de Sabrina Nouchi est glaçante. Une femme, au visage ensanglanté par la violence, nous regarde droit dans les yeux. Ce regard, les officiers de la police judiciaire, dans le sanctuaire d'un commissariat marseillais, l'affrontent, l'écoutent. Comment accueillir ces récits sans jugement ni sentiment ? Le viol, ça arrive à n'importe qui, n'importe où, n'importe quand. Entre soupçons et convictions personnelles, la réalisatrice et scénariste Sabrina Nouchi nous emmène au plus près de cette brigade des mœurs. Rencontre.


© Sarah Fafet

« Sabrina, ton nouveau film Ça arrive a été présenté au marché du film du 77ᵉ Festival de Cannes. Comment est venue l’idée de départ ?

De l’envie et de la nécessité de raconter les confrontations, les témoignages de victimes au premier jet. Dans mon école de théâtre, La Fabrique de l’Acteur, une de mes élèves a fait une improvisation dans un rôle de composition - une prostituée trash - et en la voyant, je me suis demandé comment cette fille serait reçue si elle portait plainte pour viol. J’ai aussi eu envie de faire tourner plusieurs acteurs de mon école.


Tu as coécrit le scénario avec Catherine Sorolla, également comédienne dans le film. D’où viennent les histoires qu’on retrouve dans Ça arrive ?

On n’a pas fait d’interview de victimes. C’est plutôt venu de notre imaginaire, de l’actualité qu’on suit, des histoires qu’on a dû entendre il y a des années dans notre entourage. Le scénario était complètement différent des précédents. On a écrit plusieurs scènes, personne par personne. À la fin, j’avais un classeur avec trois, quatre pages par affaires. Il n’y a que les histoires des trois officiers de police judiciaire qui se suivent un peu.


Quelle présentation ferais-tu des trois enquêteurs ?

Sébastien Virende est en fin de carrière, il commence à en avoir marre, d’autant plus qu’il va se passer quelque chose avec son ex-copine. Toutes les affaires dépeignent sur lui et il ne voit pas où ça mène quand la justice n’applique pas les bonnes peines ou celles du Code pénal. Il est esseulé. Johanne, elle, adore son travail. Elle en a besoin, car elle vit seule depuis le décès de son mari. Elle a un bon instinct et arrive à repérer le vrai du faux. Et puis on a Anthony, fraîchement arrivé dans cette brigade, qui a encore l’espoir de changer quelque chose, de voir la justice faire son travail, mais c’est plus compliqué que prévu. Ces enquêteurs font leur travail sur le moment, ils n’ont pas la suite des histoires, même si parfois ils sont appelés à témoigner au tribunal.


Quels sont les premiers retours que tu aies reçus ?

Les gens ont du mal à en parler après l’avoir vu (rires). Ils ont mis quinze, vingt minutes à redescendre. Ce n’est pas un film traditionnel. Le fil conducteur, c’est le viol. Le spectateur est acculé jusqu’à la fin. Les victimes défilent comme dans un vrai commissariat, ça les place dans une position de réflexion ; l’émotionnel ne prend pas le dessus. Pendant cette immersion de deux heures, ils arrivent à se poser dans chacune des situations, à travers les policiers, les mis en causes et les victimes. Ce film est à la fois voyeuriste et demande, en même temps, de réfléchir sans les juger.


Quels sont tes prochains projets ?

J’ai toujours un petit scénario d’avance (rires). J’hésite entre une comédie noire et un thriller psychologique. »

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