Sara Mortensen, une femme sans filtre !

D'une grande justesse dans son rôle d'Astrid Nielsen, Sara Mortensen est une comédienne qui n'a pas fini de nous épater. De parents artistes, c'est en foulant le parquet du Cours Florent que le déclic se révèle, la comédie est faite pour elle. Actrice tout-terrain, du théâtre à la sérié télé en passant par la case cinéma, Sara est une femme à l'état brut qui dégage une belle énergie positive. Rencontre avec Sara Mortensen, une femme sans filtre !

© Brulier Communication

« Vous tournez actuellement dans la saison 2 de la série Astrid et Raphaëlle. Quelle sensation cela vous procure de retrouver les plateaux après plusieurs semaines d'arrêt ?

On se sent comme un poisson dans un aquarium que l'on relâche dans la mer (rires). Ça fait du bien, surtout que mon personnage d'Astrid est incroyable, je suis très heureuse de la retrouver. Je tourne en même temps dans L'art du crime avec Elsa Bennett et Hippolyte Dard, j’ai un guest dans un épisode.


Dans cette série, vous y incarnez Astrid Nielsen, une jeune femme archiviste à la documentation criminelle. Est-ce la complexité d'incarner un personnage à la différence cognitive qui vous a motivé à rejoindre ce projet ?

C'est un projet très bien écrit, les intrigues policières sont quand même assez brillantes. Quand on est acteur, on cherche toujours, je pense, la récompense qu'on nous fasse confiance dans un rôle de composition à part entière. Astrid ne pense pas comme moi, ne bouge pas comme moi et ne parle pas comme moi. C'est un cadeau de l'incarner. Mettre Astrid à l’écran c’est prôner la différence. C'est un personnage qui fait partie du spectre autistique et il est important de mettre la différence en lumière quelle qu'elle soit.


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La première saison a connu un fort succès mérité. Aujourd'hui, est-ce un pari difficile de rejoindre une série pour la télévision quand on connaît la puissance des plateformes en ligne comme Netflix et Amazon Prime Vidéo qui se nourrissent majoritairement de séries et qui peuvent faire de l'ombre à la télévision ?

Quand il y a une série française qui sort, je regarde toujours. Je considère que ça fait partie de mon métier de voir ce qui se fait. La série Chefs que j'avais tournée avec Clovis Cornillac est passée sur Netflix. Il y a toujours une possibilité pour qu'une série finisse sur cette plateforme. Aujourd'hui, évidemment que la télé est concurrencée par toutes ces plateformes qui offrent tellement de contenus qu’il y a des séries qui finissent par se faire noyer dans le lot. Les scores d’Astrid et Raphaëlle sont quand même assez jolis. Avant, les acteurs de cinéma n'allaient pas à la télé, et maintenant ils y vont tous pour refaire du cinéma. Le cinéma, la télévision et les plateformes vont cohabiter ensemble. Et on verra bien celui qui perdure.


On sait que le format série demande beaucoup de rigueur car les tournages sont très rapides. Quand on tourne beaucoup pour des séries, on arrive avec plus d'aisance sur un plateau de tournage pour le cinéma ?

Pour moi, le secret est la préparation chez soi avant le plateau. Je crois beaucoup au travail en amont. Sur les plateaux de tournage pour le cinéma on va faire une séquence par jour, alors que sur Plus belle la vie on en faisait jusqu'à 11-12 et sur Astrid et Raphaëlle 5-6. Il ne faut pas oublier qu'au cinéma, si on fait qu'une séquence par jour, c'est que l'on doit faire que ça toute la journée. C'est une autre endurance. Au cinéma, on va chercher à améliorer, c'est comme une répétition de théâtre.


Chaque exercice est différent, et évidemment que quand on a fait un feuilleton quotidien comme Plus belle la vie on est un peu tout-terrain. Je travaille énormément dans l’ombre. Il y a toujours des imprévus sur le plateau, si le tournage était comme du papier à musique ça se saurait (rires). J’incarne toujours des personnages qui font des métiers qui ne sont pas le mien, je n'ai jamais joué une actrice, à part au théâtre. Je m'intéresse à chaque fois au métier de mon personnage. Pour Chefs, j'avais fait un service dans un restaurant gastronomique, j’ai appris à couper comme les cuistots et je coupais un kilo de carottes chaque soir (rires).


Vos parents sont artistes : un papa plasticien et une maman actrice et metteur en scène. C'était tout naturel pour vous de suivre cet héritage culturel en prenant une voie artistique ?

Mes parents se sont rencontrés au Grand Magic Circus. Ma mère a choisi de faire une pause pour élever ses enfants. Je voulais être danseuse, vétérinaire ou pédiatre. J'ai fait des études d'histoire et je me décidais à être chercheuse spécialisée dans l'histoire de la femme. Je me suis inscrit à un stage d'été au Cours Florent, un peu pour passer le temps, et dès que j’ai mis les pieds sur les planches ça a été le déclic (rires). J'ai fini mon Master en histoire mais il ne fallait pas me demander de faire autre chose après (rires).


Vous avez la richesse d'être franco-norvégienne. Quelle différence feriez-vous entre le métier d'acteur en France et en Norvège ?

En Norvège, ils vont choisir une personnalité. Ils sont beaucoup plus dans le naturel que dans la composition. Ils ne vont pas choisir une grande blonde ou une petite brune, ils vont choisir ce que cette personne-là dégage dans l'énergie et le jeu. Le réalisateur est présent pendant les essais, des acteurs sont prévus pour donner la réplique et parfois il y a un peu de décor, ça peut durer trois heures. On fait d'abord une lecture, ensuite on parle du rôle et on fait la scène, c'est un vrai travail de recherche et de cohabitation entre les acteurs.


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En France, les essais peuvent durer dix minutes. Ce n'est pas la même méthode et puis si vous regardez les séries norvégiennes et nordiques, il y a très peu de maquillages, de coiffure, c'est hyper brut. Dans mon jeu en France, c'est ce que je recherche. Je ne supporte pas les nanas qui se lèvent d'un lit, après avoir fait l'amour, maquillées et coiffées avec la chemise repassée de leur mec de la veille. Quand je me réveille, je veux être ébouriffée avec les cheveux en bataille.


Votre dernière montée sur les planches a eu lieu en 2010 avec la pièce Une heure trois quart avant les huissiers. Le théâtre qui était votre premier amour artistique vous manque-t-il aujourd’hui ?

Il y a évidemment un manque de théâtre. J'ai envie de retourner sur les planches. Quand je tournais sur mon feuilleton quotidien, on m'avait proposé des pièces mais c'était difficile d'allier Paris-Marseille. Aujourd’hui, mes attentes ont peut-être changé. Je sélectionne mes projets, il faut que la pièce soit dingue, que le rôle soit super. Il me faut quelque chose à défendre pour aller jouer au théâtre.


En 2004, vous mettez en scène votre premier court-métrage intitulé Facteur chance. Est-ce que sur le long terme la réalisation, la fabrication d'un long-métrage vous intéresse ?

Je suis très heureuse d'avoir fait ça tôt, j’ai aussi été assistante à la mise en scène pour de nombreuses pièces. Beaucoup d'acteurs arrivent en pensant que c’est les rois du monde sur un tournage, alors que nous sommes la décoration du gâteau. J'ai un grand respect pour les équipes techniques et pour la pré-prod et la post-prod parce que nous les acteurs on arrive souvent trois ans après la bataille. J'écris encore et ça commence à me titiller de passer derrière la caméra.


Quels sont vos futurs projets ?

Je tourne jusqu'à début décembre donc je n'ai pas de place pour d'autres projets pour le moment (rires). Ce sera pour 2021 !


Auriez-vous une citation fétiche à me délivrer ?

Il y en a quelques-unes. « Ce qui ne tue pas rend plus fort ». Le parcours de ma vie pourrait vous le dire.


« N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ». C'est une citation de Simone de Beauvoir qui me tient à cœur, je pense qu'être une femme aujourd’hui c’est encore compliqué. Si être féministe c'est demander à être payé le même prix qu'un mec, alors je suis féministe. Je voyais un sondage comme quoi 20% de la population française pense que ne pas porter de soutiens-gorges serait une circonstance atténuante au viol. Je trouve ça juste hallucinant qu'en 2020 on se pose encore la question et que dès qu'un mec arrive au pouvoir il parle de l'avortement alors qu'on a le droit de disposer de notre corps comme on a envie.


La dernière citation est l'histoire du colibri qui prend quelques gouttes d'eau qu'il verse sur le feu d’Amazonie. Nous sommes tous responsables de notre planète. »

© 2018 par Samuel Massilia.